Rome: Le Saint-Siège espère que Pékin arrête ses ordinations épiscopales illégales
Rome, 3 mai 2006 (Apic) Le Saint-Siège se dit «surpris» des deux dernières ordinations épiscopales en Chine faites sans son consentement et espère que cela ne se reproduira pas. Il s’agit en effet «d’actes graves contre l’Eglise», a-t-on confié le 3 mai au Vatican à l’agence I.MEDIA, partenaire de l’Apic à Rome.
La raison pour laquelle l’Etat chinois a décidé de ces deux ordinations sans l’autorisation du Saint-Siège reste «un mystère», a-t-on expliqué à I.MEDIA. «Nous ne savons pas» ce que les autorités chinoises veulent, «nous essayons de comprendre». «Même les catholiques sur place n’ont pas d’explications» à donner, on encore expliqué ces sources du Saint-Siège.
Ces deux ordinations épiscopales, considérées illégitimes au Vatican puisque faites sans le consentement du pape, y sont aussi qualifiées «d’actes graves contre l’Eglise». Ce sont deux cas «de fortes pressions, de démonstration de force, de menace». «Tout cela est dû aux pressions du gouvernement, et non à des pressions de l’Eglise patriotique», a-t-on encore confié à I.MEDIA. Ainsi, les ordinations ont été imposées aux catholiques chinois. On les a en outre «forcés à y assister», a-t-on dénoncé, qualifiant cette attitude de «violente».
Cette rupture dans l’attitude de Pékin est «étrange», on ne sait pas quel est «le plan derrière», a-t-on encore estimé au Vatican, mentionnant les quatre dernières ordinations épiscopales faites en Chine entre juin dernier et avril 2006, dans un consensus tacite entre le Saint-Siège et Pékin. Le dernier exemple d’une action de ce type, de «geste hostile et violent» envers le Saint-Siège, remonte au 6 janvier 2000, avec 5 ordinations illégitimes à Pékin, a-t-on en outre relevé.
Retour à une «guerre ouverte»?
Le climat est donc «pessimiste» au Vatican, où l’on espère que cette attitude «ne durera pas», sous peine d’un retour à une «guerre ouverte» de l’Etat chinois «contre l’Eglise, comme en 1958». Ces actes sont «des obstacles» à l’amélioration des relations entre le Saint-Siège et la Chine, a-t-on conclu.
Des sources diplomatiques ont par ailleurs confirmé le 3 mai à I.MEDIA que la décision d’ordonner les deux évêques venait «des plus hautes autorités chinoises». L’absence de réaction officielle du Saint-Siège y manifeste un certain «embarras», a-t-on aussi estimé. Selon ces mêmes sources, plus que de «négociations», il ne s’agirait actuellement entre le Saint-Siège et Pékin que de simples «contacts».
Le 3 mai 2006, Liu Xinhong a été ordonné évêque sans l’approbation du Saint-Siège à Wuhu, dans la province orientale de l’Anhui. Il s’agit de la deuxième action de ce type en quatre jours, puisque le Père Ma Yinglin a été ordonné évêque de la même façon le 30 avril à Kunming, dans le sud-ouest de la Chine. Agé de 40 ans, Ma Yinglin est recteur du séminaire de Hebei, mais aussi secrétaire général de la Conférence épiscopale de l’Eglise ’officielle’ depuis 1998. Il fait également partie des trois députés de l’épiscopat au parlement, la ’Conférence consultative politique du peuple chinois’ et a été élu, en 2005, à la présidence de l’association catholique patriotique chinoise de la province du Yunnan.
Il semble que l’ordination de Mgr Ma Yinglin était «inévitable», ont ainsi confié des sources diplomatiques à I.MEDIA, car il pourrait bientôt être appelé à succéder aux responsables de l’Eglise officielle, des évêques âgés ou malades dont Mgr Michael Fu Tieshan, président de l’Association patriotique.
Le Vatican a voulu empêcher l’ordination de Liu Xinhong
Ces décisions pourraient cependant compliquer les difficiles négociations entre Pékin et le Vatican en vue d’une normalisation des relations diplomatiques rompues en 1951. Selon AsiaNews, le Vatican aurait fait, le 2 mai 2006, une dernière tentative pour empêcher l’ordination épiscopale de Liu Xinhong. Selon l’agence missionnaire catholique en Asie, Antonio Liu Bainian, le vice-président de l’Association patriotique chinoise, aurait prévu au moins 20 autres ordinations du même type.
Le cardinal Joseph Zen Ze-Kiun, évêque de Hong Kong, a ainsi invité avec force le Vatican à «suspendre toute négociation avec la Chine». Cité par l’agence missionnaire AsiaNews, Mgr Zen a accusé les autorités chinoises d’avoir «détruit la confiance», car «d’abord elles dialoguent puis elles nous mettent devant le fait accompli».
Les temps semblaient mûrs pour un rétablissement des relations
Fin mars 2005, le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, Mgr Giovanni Lajolo, avait espéré l’établissement de relations diplomatiques stables avec la Chine continentale. «Les temps sont mûrs», avait-il estimé, estimant que l’attitude de Pékin concernant la mise en place de relations plus stables entre la Chine et le Saint-Siège n’était pas «à la fermeture mais à l’ouverture». Il avait cependant souligné que des «signes contradictoires venaient de la Chine».
L’élévation au rang de cardinal, en mars dernier, de l’évêque de Hong-Kong Mgr Joseph Zen Ze-Kiun, avait été considérée par certains comme un signe de l’intérêt du pape pour l’Empire du Milieu. Mais, très engagé en faveur de la liberté religieuse en Chine, son accession au cardinalat n’avait pas été vue d’un bon oeil par tous. Autre signal lancé à Pékin, Benoît XVI avait appelé au Vatican, en octobre 2005, quatre évêques de Chine pour participer au synode des Evêques sur l’Eucharistie. Toutefois, le gouvernement chinois ne leur avait pas donné l’autorisation de s’y rendre. (apic/imedia/ar/ami/bb)
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