La menace d’excommunication pèse sur les nouveaux évêques

Chine: Le Saint-Siège dénonce officiellement la violation de la liberté religieuse en Chine

Rome, 4 mai 2006 (Apic) Le Saint-Siège a officiellement dénoncé jeudi « la violation de la liberté religieuse » en Chine, suite à l’ordination de deux évêques catholiques sans son consentement. Dans une déclaration du directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, le 4 mai 2006, Joaquin Navarro-Valls a qualifié ces ordinations d’ »illégitimes ». Elles « créent de nouveaux obstacles » dans le dialogue entre Pékin et Rome.

Le Saint-Siège a aussi menacé d’excommunication les nouveaux évêques ainsi que ceux qui les ont ordonnés. Cette réaction officielle survient au lendemain de l’ordination le 3 mai 2006 de Mgr Joseph Liu Xinhong, âgé de 41 ans, comme évêque « officiel » – sans l’approbation du Saint-Siège – du diocèse de Wuhu, dans le sud de la Chine. Il s’agissait de la deuxième action de ce type en quatre jours, après l’ordination le 30 avril dernier de Mgr Ma Yinglin, âgé de 40 ans, à Kunming, dans le sud-ouest de la Chine.

« Profond regret » du pape

Le pape Benoît XVI, qui n’a pas caché son intérêt pour une normalisation des relations avec la Chine, a appris ces nouvelles « avec un profond regret », a indiqué Navarro-Valls. Condamnant le non respect des exigences de la communion avec le pape, il a souligné qu’il s’agissait « d’une grande blessure dans l’unité de l’Eglise ». Il a rappelé que le droit canon prévoit des sanctions dans ce cas, faisant référence à l’article 1382 du Code de droit canon.

Utilisé en particulier en 1988 contre Mgr Marcel Lefebvre et les 4 évêques qu’il avait ordonnés sans l’aval de Rome, celui-ci précise en effet que l’évêque qui, sans mandat pontifical consacre quelqu’un évêque, et de même celui qui reçoit la consécration de cet évêque encourent l’excommunication latae sententiae réservée au Siège apostolique.

Des évêques sous pression

Cependant, l’article 1324 du Code de droit canon stipule que le coupable n’est pas frappé d’une peine latae sententiae si le délit a été accompli « par qui a agi forcé par une crainte grave ». Or, Joaquin Navarro-Valls a expliqué que selon les informations reçues, les évêques et les prêtres « ont subi de fortes pressions et des menaces, de la part d’organismes extérieurs à l’Eglise, afin de prendre part aux ordinations épiscopales, qui privées du mandat pontifical, sont illégitimes et, par ailleurs contraire à leur conscience ».

Si certains prélats ont refusé de telles pressions, certains n’ont pas pu faire autrement que de les subir, a-t-il rapporté. Il a ainsi explicitement disculpé les prélats ordonnés obligés contre leur conscience à accomplir ou à participer aux ordinations épiscopales, que ni les candidats ni les évêques ordonnant ne veulent effectuer sans avoir reçu le mandat pontifical.

De graves violations de la liberté religieuse

Le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège a aussi dénoncé ces pressions, les qualifiant de grave violation de la liberté religieuse, « bien qu’on ait cherché le prétexte de pourvoir des pasteurs à des sièges vacants afin de présenter ces deux ordinations épiscopales ». Le Saint-Siège, qui se dit attentif au chemin douloureux de l’Eglise catholique en Chine et conscient de certaines particularités d’un tel chemin espérait toutefois « que des épisodes aussi déplorables appartenaient désormais au passé ». En outre, il a manifesté le fait qu’au Vatican, on s’inquiétait des rumeurs faisant état de prochaines ordinations du même ordre.

Selon AsiaNews, l’agence missionnaire catholique en Asie, Anthony Liu Bainian, le vice-président de l’Association patriotique des catholiques chinois (APCC) aurait en effet prévu au moins 20 autres ordinations du même type, bien que les postes vacants à repourvoir en Chine soient encore plus nombreux. « Le Saint-Siège rappelle la nécessité du respect de la liberté de l’Eglise et de l’autonomie de ses institutions face à n’importe quelle ingérence externe, et espère donc vivement que des actes aussi inadmissibles de violence et de contrainte ne se répètent pas », a ainsi déclaré Joaquin Navarro-Valls.

Il a finalement souligné que le Saint-Siège avait « à différentes occasions, rappelé sa disponibilité pour un dialogue honnête et constructif avec les autorités chinoises compétentes pour trouver des solutions qui satisfassent les exigences des différentes parties en présence ». Ces ordinations ne favorisent pas, selon lui, un tel dialogue, mais créent de nouveaux obstacles.

Un revirement de Pékin

La raison pour laquelle l’Etat chinois a décidé de ces deux ordinations sans l’autorisation du Saint-Siège reste « un mystère », avait-on expliqué au Vatican à l’agence I.MEDIA le 3 mai 2006. « Tout cela est dû aux pressions du gouvernement, et non à des pressions de l’Eglise patriotique », avait-on laissé entendre. Ce revirement de Pékin face à Rome reste incompris au Saint-Siège, après les 4 dernières ordinations épiscopales consensuelles faites en Chine entre juin dernier et avril 2006. Le dernier exemple d’ordination épiscopale dans l’Empire du milieu sans autorisation de Rome remonte au 6 janvier 2000.

Des sources diplomatiques avaient par ailleurs confirmé le 3 mai 2006, que la décision d’ordonner les deux évêques venait « des plus hautes autorités chinoises ». Ce camouflet de la Chine communiste à l’autorité du pape pourrait donc compliquer les difficiles négociations entre Pékin et le Vatican en vue d’une normalisation des relations diplomatiques rompues en 1951.

Le cardinal Joseph Zen Ze-Kiun, évêque de Hong Kong, a ainsi invité avec force le Vatican à « suspendre toute négociation avec la Chine ». Cité par l’agence missionnaire AsiaNews, il a accusé les autorités chinoises d’avoir « détruit la confiance ». Le cardinal hongkongais avait aussi expliqué à la chaîne de télévision publique italienne Rai Uno, le 24 mars 2006, jour du consistoire ordinaire public, que les jeunes générations d’évêques en Chine n’acceptaient plus de se faire ordonner sans la permission du Saint-Siège, en dépit des pressions exercées par le gouvernement.

En Chine, malgré leur souci de rester fidèles au Vatican, prêtres et évêques appartenant à l’Eglise officielle sont obligés de jurer fidélité à l’Etat. « Il y a un tel contrôle, que la situation n’est pas compréhensible hors de la Chine », expliquait alors le haut prélat. Le gouvernement chinois considère, depuis les années 50, l’autorité du pape pour nommer les évêques comme une interférence dans ses affaires internes.

Deux Eglises, mais une seule foi

Il existe en Chine deux communautés catholiques: l’une officielle et l’autre dite « clandestine ». L’Eglise dite « patriotique », créée en 1957, est reconnue officiellement par l’Etat qui en contrôle la nomination des membres et en gère les biens matériels. L’Eglise dite « souterraine » ou « clandestine » se veut pour sa part en communion avec Rome. Ces deux communautés cohabitent en Chine, plus ou moins harmonieusement selon leur répartition géographique et la sévérité des autorités locales. Aujourd’hui pour le Saint Siège, il n’existe qu’une seule Eglise chinoise. Le pape a en effet reconnu ces dernières années la nomination des évêques de l’Eglise officielle. (apic/imedia/hy/be)

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