Seulement 10% des cas sont rapportés par les médias locaux
Karachi, 4 mai 2006 (Apic) En 2005, plus de 1’000 personnes ont été assassinées dans des « crimes d’honneur » au Pakistan, révèle « Madadgaar Help Line ». L’ONG pakistanaise, dont le siège est à Karachi, écrit que l’année dernière 1015 femmes et hommes sont morts « au nom de l’honneur ».
Mais en réalité, les chiffres pourraient être beaucoup plus élevés. En effet, les médias locaux ne rapportent que le 10% des cas, car souvent ces lâches assassinats ne sont pas dénoncés par peur de représailles, relève l’agence de presse catholique AsiaNews à Milan.
Malgré les lois en vigueur pour prévenir la violence contre les femmes, pas toujours défendues dans les tribunaux pakistanais, les cas de « crimes d’honneur », appelés aussi « karo kari », sont encore nombreux, notamment dans les campagnes de la province méridionale du Sindh.
Dans d’autres parties du pays, ce sont avant tout les femmes qui sont accusées de mauvaise conduite sexuelle et mises à mort pour soi-disant « sauver l’honneur de la famille ».
Des crimes d’un autre âge, commis au sein de la famille
Le rapport de la « Madadgaar Help Line » offre des estimations précises: plus de 475 délits d’honneur ont été répertoriés dans la seule province du Sindh, 337 dans le Punjab, 128 au Baloutchistan et 76 dans la Province de la Frontière du Nord-Ouest (North-West Frontier Province/Nwfp). Parmi les victimes de ces crimes d’un autre âge, 536 sont des femmes mariées, 75 des femmes célibataires, 373 des hommes et 6 des enfants. 85 hommes et femmes ont été exécutés pour avoir choisi librement, sans contrainte, le partenaire qu’ils voulaient épouser.
Dans 380 cas, les responsables des assassinats sont inconnus, mais pour la majeure partie, il s’agit de parents de la victime. Selon ce rapport, 146 femmes mariées ont été exécutées par leurs frères, 240 par leurs maris, 60 par leurs beaux-parents, 11 par leurs soeurs, 2 par leurs beaux-fils, une par un beau-frère, une autre par son ex-mari, une autre encore par sa mère, et 71 par des parents à des degrés divers.
Dans le cas des femmes non mariées, l’ONG estime d’après les informations parues dans la presse, que 49 sont été assassinées par les parents, 33 par les oncles paternels, 16 par les frères, une par la soeur.
En tout, 618 victimes ont été accusées de zina (fornication) et 337 de supposées relations sexuelles illicites. Selon le rapport, 901 victimes sont mortes sur le coup; 5 ont été gravement blessées; des victimes ont été trouvées mortes sans que l’on puisse définir précisément les causes du décès.
Au Pakistan, certains décrets, ordonnances et lois maintiennent la discrimination féminine, en violation de la Constitution pakistanaise et des textes internationaux, à commencer par la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, qu’Islamabad a ratifiée en mars 1996. Ceux qui se mobilisent pour le respect de ces textes (associations, organisations humanitaires, presse, avocats) sont souvent l’objet de violentes campagnes de dénonciation. (apic/asianews/be)
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