Zimbabwe: Des ministres se refont une «santé morale» en professant leur foi chrétienne

Fidèles déconcertés

Harare, 5 mai 2006 (Apic) Six des politiciens les plus en vue au Zimbabwe, dont les deux vice-présidents, Joseph Msika et Joice Mujuru, ont proclamé ouvertement leur appartenance à la religion chrétienne au cours des dernières semaines, ce qui a déclenché un débat, certains se demandant si elle était authentique ou d’inspiration politique.

«Nous avons vu des responsables d’Eglise soutenir la violence pratiquée par les pouvoirs publics et on peut se demander s’il ne s’agit pas là du prolongement d’une stratégie visant à apaiser l’Eglise» a affirmé Jonah Gokova, coordinateur de la Conférence nationale des pasteurs au Zimbabwe, un groupement de pasteurs de diverses confessions. «Il y a eu des cas d’infiltration de l’Eglise par des hommes politiques» a déclaré Jonah Gokova à l’hebdomadaire sud-africain «Mail and Guardian», cité par l’Agence oecuménique ENI.

Les six politiciens, qui appartiennent à des Eglises différentes, sont tous membres de l’Union nationale africaine du Zimbabwe (Zanu-PF), le parti du président Robert Mugabe. Mais tous disent avoir été seulement animés du désir d’affirmer leur foi en Dieu.

Ce pays d’Afrique australe, gouverné depuis 26 ans par le président Mugabe, un catholique qui fut un fidèle dévot de l’Eglise dans sa jeunesse, est en train de traverser la plus grave crise qu’il ait connu depuis son indépendance en 1980.

Le pays connaît le taux d’inflation le plus élevé au monde, officiellement il est de 913 %, mais d’aucuns estiment qu’il pourrait être beaucoup plus élevé encore.

Le vice-président Joseph Msika a été récemment nommé collaborateur laïc dans un diocèse anglican de Harare par l’archevêque anglican Nolbert Kunonga, qui soutient publiquement la Zanu-PF et Mugabe. Nolbert Kunonga avait été au centre d’une controverse il y a deux ans lorsqu’il avait reçu une ferme du président après que son propriétaire et les 40 familles qui y travaillaient et y habitaient eurent été chassés de leur terre.

Avec la bénédiction de l’archevêque anglican

Selon l’archevêque, ce sont les services rendus au pays en tant que politicien qui lui ont valu cet honneur. «J’exhorterai les ministres du gouvernement à accomplir la volonté de Dieu et à éviter les conseils du diable», a fait observer Joseph Msika.

Joice Mujuru, l’autre vice-présidente du Zimbabwe, est un membre actif de l’Armée du Salut. Elle a été promue capitaine dans son Eglise lorsque le Zimbabwe a accueilli le Congrès de l’Armée du Salut de Toute l’Afrique en 2005.

Par ailleurs, des dirigeants de l’Eglise méthodiste du Zimbabwe ont confirmé que le Ministre de l’exécution des politiques publiques, Webster Shamu, ainsi que le Ministre des finances, Herbert Murerwa, avaient demandé à recevoir une formation pastorale dans l’Eglise méthodiste, demande qui a été acceptée.

Le ministre du logement rural et des équipements sociaux, Emmerson Mnangagwa, a été vu dans des Eglises de différentes confessions et aussi officiant à un enterrement. «J’ai senti que Dieu m’appelait à rejoindre le monde des chrétiens» a déclaré à un hebdomadaire Emmerson Mnangagwa, un vétéran de la guerre de libération du Zimbabwe dans les années 1970. Emmerson Mnangagwa avait utilisé les chaires de plusieurs confessions chrétiennes pour faire campagne avant les élections de 2005.

Phillip Chiyangwa, président destitué de la province occidentale du Mashonaland, de la Zanu-PF, a annoncé récemment qu’il était désormais membre actif des Faith Ministries, une Eglise pentecôtiste établie au Zimbabwe depuis 30 ans. Cette annonce est intervenue peu après sa mise hors de cause par les tribunaux dans une affaire d’espionnage concernant le président Mugabe. (apic/eni/pr)

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