La coopération au développement, un devoir moral
Fribourg, 7 mai 2006 (Apic) Plus de 400 personnes, venues principalement de Suisse alémanique, se sont retrouvées samedi à l’Université de Fribourg pour fêter les 50 ans de l’oeuvre d’entraide des travailleurs chrétiens «Brücke – Le pont». Des partenaires du Sud – venus du Nicaragua, du Salvador, du Togo, du Bénin, de Bolivie et du Brésil – ont également témoigné de l’engagement à leurs côtés de Brücke – Le pont».
Tout d’abord ce fut un rappel sur grand écran des petits et grands événements qui ont présidé à la naissance en 1956 de l’oeuvre d’entraide «Brücke der Bruderhilfe» à l’initiative du Mouvement des travailleurs et des travailleuses catholiques (KAB), comme l’insurrection hongroise ou l’hiver le plus froid du siècle. Un mouvement de solidarité des travailleurs dont l’idée remonte aux temps du cardinal Cardijn, fondateur de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), a rappelé le Lucernois Ferdinand Luthiger, président du Conseil d’action de «Brücke – Le pont», et ancien directeur de l’Action de Carême.
Puis vint le grand gâteau d’anniversaire, avec les voeux des personnes massées dans l’Aula magna: souhaits pour un monde plus juste, pour un plus grand respect des travailleurs, avant les rythmes endiablés du groupe «afro» Pilipili, alternant avec les musiques andines d’un groupe bolivien.
De nombreuses personnalités présentes
La conseillère d’Etat socialiste fribourgeoise Ruth Lüthi, ainsi que le conseiller national chrétien-social Hugo Fasel – président de «Brücke – Le pont» – étaient présents pour célébrer l’événement. Mais d’autres personnalités avaient fait le déplacement, notamment une poignée de députés fribourgeois, des représentants de la ville de Fribourg, de nombreuses oeuvres d’entraide comme Fribourg Solidaire, l’Action de Carême, Caritas, E-Changer, la Communauté des missionnaires laïques, les Soeurs Ursulines de Ste-Agnès, l’Oeuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO), sans oublier les représentants de la Direction du développement et de la coopération (DDC), Serge Chapatte, vice-directeur, et Konrad Specker, directeur de la section ONG de la DDC, un partenaire suisse privilégié de «Brücke – Le pont».
Plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent avec moins d’un dollar par jour, a lancé Hugo Fasel. Et d’interpeller la foule présente: «Comment peuvent-elles vivre ainsi ? Le monde a besoin de mouvements comme ’Le pont’, et ’Le pont’ a besoin de vous!». «Nous devons penser globalement et agir localement, créer des liens, développer des réseaux», a renchéri Dorothée Guggisberg, directrice de l’organisation.
Les partenaires du Sud – le Brésilien Luis Soares, du Centre pour le travail et la culture (CTC) de Recife, ou le Togolais Issifou Gbandi, directeur de Parrains – Tiers Monde – ont abondé dans le même sens: la solidarité du Nord, dans des économies locales ravagées par le néolibéralisme, est plus urgente que jamais. Partenaire de «Le pont» au Salvador, Montserrat Arévalo n’a pas mâché ses mots: si les Salvadoriens n’ont plus à souffrir comme dans les années 80 d’une dictature militaire sanglante, ils doivent désormais faire face à la dictature des multinationales «avec la complicité de notre gouvernement néo-libéral», et «une partie de notre peuple souffre de la faim».
Intervenant par écran interposé – elle se trouvait en visite officielle au Pakistan -, la ministre fédérale des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey a salué le rôle important joué par les oeuvres d’entraide suisse, notamment dans les campagnes de désendettement des pays du Sud ou pour le commerce équitable. S’adressant à «Brücke – Le pont», elle a déclaré: «Je me félicite que vous soyez là», et de relever combien les petites ONG peuvent elles aussi être utiles, «mais elles doivent fonctionner selon des critères d’efficacité!»
Apportant les félicitations du gouvernement fribourgeois pour ces 50 ans d’engagement, Ruth Lüthi a également rappelé que la coopération internationale est un devoir moral, et s’est dite fière que la nouvelle Constitution fribourgeoise contienne un article sur la solidarité internationale.
La conseillère d’Etat a rappelé qu’avec 0,41% du PIB pour 2004, la Suisse est encore loin des 0,7% prônés au niveau international, avant de lancer une mise en garde contre les risques de désolidarisation: «La solidarité est menacée, on le voit dans certains cantons avec le débat sur la fiscalité!» Pour continuer sur le ton de la fête, Hugo Fasel a conclu que la coopération au développement, ce ne sont pas seulement des souffrances, mais également de la joie, de l’enthousiasme, de l’engagement et du partage. JB
Encadré
Les délégués du Sud dénoncent les immenses profits des banques et des transnationales
Les délégués des pays du Sud présents samedi à Fribourg ont été confrontés ces jours-ci aux discussions sur les salaires des «top managers» des grandes banques suisses (30 millions de francs suisses par an, voire plus) ainsi qu’aux gains records de ces banques, notamment ceux de l’UBS (3,5 milliards de SFr pour les 3 premiers mois de l’année).
Dans un communiqué, ces partenaires de «Brücke – Le pont» – en provenance de Bolivie, du Brésil, du Nicaragua, du Salvador, du Bénin et du Togo, relèvent qu’ils vivent dans leur pays l’autre face de la médaille de la globalisation et subissent les «forces catastrophiquement destructrices du néo-libéralisme». Et de mentionner les salaires de misère (150 dollars par mois) payés par les entreprises multinationales dans les «maquilas» d’El Salvador, qui ne permettent de loin pas de couvrir les coûts de la vie dans ce pays d’Amérique centrale, ou le prix que ces entreprises paient pour leur café aux familles des petits paysans du Togo, qui ne peuvent plus en vivre.
Ils dénoncent le fait que les transnationales inondent les marchés locaux de produits à bas prix, mettant ainsi en danger l’existence même de millions de familles, tandis qu’au Brésil, ces entreprises possèdent d’immenses propriétés, chassant les paysans sans terre qui ne savent où vivre. Les élites et les gouvernements de ces pays du Sud sont corrompus par ces entreprises, «et s’en font des complices, les gardiens d’esclaves de leur propre peuple».
Les signataires de la déclaration se disent persuadés que les profits exorbitants de ces entreprises transnationales et des grandes banques sont réalisés «non pas grâce aux mérites des managers des banques», mais en grande partie parce que les travailleurs dans les pays pauvres sont exploités et que les matières premières ne sont pas payées à leur juste prix. Ils concluent qu’une grande partie de ces gains appartiennent en fait aux travailleurs des pays du Sud et que ces dirigeants devraient être amenés devant la justice non seulement en raison des dommages économiques qu’ils causent, «mais aussi avant tout pour la destruction des principes sociaux et moraux de nos pays pauvres». (apic/be)
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