Neuchâtel: La présidente du Conseil synodal de l’EREN s’en va pour raisons de santé

Apic Interview

Rien à voir avec les finances catastrophiques de l’Eglise réformée

Par Valérie Bory, Apic

Neuchâtel, 9 mai 2006 (Apic) Isabelle Ott-Baechler a démissionné de la présidence du Conseil synodal de l’Eglise réformée du canton de Neuchâtel (EREN) où elle avait été élue à 45 ans en 1999. Première femme à occuper ce poste dans le canton, Isabelle Ott -Baechler quitte le navire pour raisons de santé, à fin août 2006. Elle reprendra alors son « métier » initial, pasteure, dans le canton.

Non, la présidente du Conseil synodal (exécutif) de l’Eglise réformée de l’EREN, ne démissionne pas à cause de la situation grave des finances de l’Eglise, dont les comptes 2005 affichent un déficit de 1,47 million, comme le dernier Conseil synodal d’avril 2006 l’a communiqué. Des mesures drastiques ont été prises (voir Apic du 2 mai 2006). Mais l’érosion des finances est un souci récurrent dont avait déjà hérité la présidente Isabelle Ott-Baechler. En effet, elle a été engagée avec le mandat de rationaliser l’EREN, déjà en proie à un manque chronique des contributions ecclésiastique volontaires, dans ce canton où règne la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ce dernier finance toutefois les tâches sociales d’intérêt public de l’EREN. Les réformés neuchâtelois représentaient 67’923 personnes à fin 2005 sur une population cantonale de 168’980 citoyens

Apic: Pouvez-vous déjà faire un bilan de ces 7 ans passés à la tête du Conseil synodal?

Isabelle Ott-Baechler: J’ai été élue en vue de la réalisation d’EREN 2003, un projet d’Eglise qui restructure les paroisses. On est passé de 52 à 12 paroisses. Que ce soit au niveau de la direction d’Eglise, ou au niveau de la direction sur le terrain, il était nécessaire de travailler en équipe. Cela a été un succès de l’EREN au sens où ce changement assez important devait passer en votation auprès des paroissiens. EREN 2003 a été accepté largement, donc avec le soutien de la base. Cela ne veut pas dire que le projet soit parfait. On devra y amener des correctifs.

Apic: Ce projet de rationalisation était-il lié à la raréfication des fidèles et des ressources?

Isabelle Ott-Baechler: Ce n’était pas le but principal. Le but était de répondre aux attentes extrêmement diversifiées de la population, et on ne peut plus y répondre quand on est un seul pasteur généraliste dans sa paroisse. Quelles attentes? Vous avez des fidèles qui comprennent parfaitement la tradition réformée, qui veulent des approfondissement, qui veulent aussi une meilleure connaissance théologique, et vous avez des gens qui ne savent rien, qui sont intéressés mais ne connaissent pas le langage de l’Eglise. C’est une population à laquelle on a aussi envie de s’adresser, qui sont des gens sans aucune culture religieuse et peut-être même d’origine protestante, parfois.

Apic: Un phénomène de société alors?

Isabelle Ott-Baechler: C’est dû à une société où pas mal de gens ne savent pas où se situer; la transmission ne s’est pas faite. Le projet d’Eglise c’était ça, au fond, être mieux présent à la société parce que le christianisme et en particulier la tradition réformée n’est vraiment plus majoritaire dans la pensée.

Apic: Que reste-t-il à améliorer selon vous parmi les buts fixés par EREN 2003?

Isabelle Ott-Baechler: Une évaluation déterminera ce qui est réussi, ce qui l’est moins. Je pense que l’on n’a pas atteint tous les buts mais dans l’ensemble c’est une avancée positive. Il y a encore un travail à faire sur la question du langage. C’est encore un langage trop limité. Quand l’Eglise s’exprime, il y a beaucoup à faire, surtout au niveau de l’outillage des laïcs pour témoigner de leur foi avec un langage qui ne soit pas un langage d’initié. Tout l’aspect de transmission de la foi à tous les niveaux demande encore du travail. Comme celui de la visibilité, non seulement des activités de notre Eglise mais de son message fondamental. Nous avons d’ailleurs créé un demi poste de chargé de la communication. L’idée est encore que l’Eglise va à la rencontre de, plutôt qu’elle attende que les gens viennent à elle. Il y a aussi à améliorer la collaboration des permanents. Car il y a des laïcs professionnels, si je puis dire, et des bénévoles.

Apic: Au point de vue personnel qu’est-ce que ces années vous ont apporté?

Isabelle Ott-Baechler: J’ai appris un nouveau métier. C’est un plein temps. Une expérience unique et qui m’a marquée par la qualité des personnes avec qui j’ai collaboré au sein du Conseil synodal en particulier . Je voudrais souligner la qualité des laïcs que nous avons dans ce Conseil. Dans la capacité de développer une union d’Eglise, dans les compétences théologiques de ces laïcs et dans leur sagesse puisqu’on gère aussi des conflits humains, quand on est dans un exécutif.

Apic: Vous dites démissionner pour raisons de santé. Est-ce que la mauvaise situation financière de l’EREN a accru les soucis liés à ce poste?

Isabelle Ott-Baechler: J’ai une maladie qui est la maladie d’Addison (insuffisance surrénale). Je pense qu’une fatigue s’installe au bout de 7 ans de présidence avec des charges qui sont très lourdes. Si je n’avais pas eu cette maladie, me serais-je trouvée dans la même situation? Je ne peux le dire. C’est une maladie qui fragilise, car l’équilibre de santé est assez difficile à garder et elle affecte l’entier de la personne si ça fonctionne mal. Quant aux problèmes financiers, ils sont récurrents dans notre Eglise. Lorsque j’ai commencé, ils existaient déjà.

Apic: Est-ce lié aux contributions ecclésiastiques volontaires, du fait de la séparation de l’Eglise et de l’Etat dans le canton de Neuchâtel?

Isabelle Ott-Baechler: Oui, c’est évident. Les contributions sont volontaires, certes c’est un facteur, mais il y a une crise économique ou financière dans le canton de Neuchâtel . L’Etat déplore les 23 millions de moins de contributions des personnes physiques. Donc une situation peu favorable.

La rentrée des contributions ecclésiastiques suit en général la situation du canton.D’autres institutions sont touchées, des communautés, des associations, etc.

Apic: Serait-ce donc lié aussi à un phénomène de société? Baisse du religieux?

Isabelle Ott-Baechler: Je dirais qu’il n’y a pas tellement une baisse du religieux qu’une désaffection des institutions en général. Que ce soit pour la Croix Rouge Internationale ou autre, il est devenu difficile aux institutions traditionnelles de récolter des fonds. Les gens préfèrent contribuer sur un coup de coeur et participer eux-mêmes. Ils iront volontiers en Afrique construire une école et trouveront des fonds dans leur quartier, auprès de leurs copains, leurs amis, mais donner à quelque chose qui existe depuis très longtemps n’est plus « porteur ».

Apic: L’Eglise protestante a subi l’érosion due à l’immigration catholique même à Neuchâtel puisque ce phénomène a fait passer l’Eglise catholique au premier rang en Suisse?

Isabelle Ott-Baechler: Oui, il y a une baisse démographique des protestants depuis 1940 en Suisse. Il manque un renouvellement. Actuellement on est encore majoritaires dans le canton de Neuchâtel mais de relativement peu par rapport à l’Eglise catholique romaine.

Apic: Devant cette situation, le canton Neuchâtel pourrait-il aider l’Eglise protestante, qui fait partie de la culture même de la région?

Isabelle Ott-Baechler: Vous êtes idéaliste! En 1960, il y a eu une votation populaire de nationalisation de l’Eglise protestante, qui a été refusée par le peuple. Et actuellement si vous suivez la tendance en Suisse, et particulièrement en Suisse alémanique, on est plutôt dans la tendance séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il y a des phénomènes multiples à l’origine de cette évolution: le fait qu’il y ait maintenant en Suisse d’autres religions amène que l’on commence à se poser la question du rôle des religions traditionnelles.

Apic: On serait alors tenté de se demander si elles ont encore leur place!

Isabelle Ott-Baechler: Mais bien sûr! C’est un choix de société. Il faut savoir si on est une société du marché du religieux, comme aux Etats-Unis, où chacun essaie de se profiler et de trouver les fonds nécessaires – un mode de société que je ne partage pas mais qui existe -. Ou bien plutôt comme dans le canton de Neuchâtel, où l’Etat cantonal régule le phénomène religieux, puisque nous sommes une Eglise reconnue par l’Etat.

Ce n’est pas rien. On a une collaboration avec l’Etat et des relations tout à fait remarquables. L’exécutif cantonal participe à nos synodes, nous participons à des groupes de travail de l’Etat, etc. Je trouve que c’est une forme très intéressante de collaboration avec l’autorité civile. Mais je vois mal comment à terme une Eglise très minoritaire peut rester une Eglise financée tout de même par l’Etat (subventionnement pour certaines des actions sociales de l’EREN). Et je pense qu’il faudra plutôt trouver des formules où il y ait un soutien de l’Etat.

Apic: Puisque l’Etat vous subventionne pour certain nombre de tâches sociales que vous effectuez, trouvez-vous favorable qu’il n’y ait pas de contribution fiscale globale pour soutenir l’Eglise protestante dans le canton?

Isabelle Ott-Baechler: Ce n’est pas la tradition du canton de Neuchâtel. Nous avons une Eglise qui traverse de gros problèmes financiers mais comme toutes les entreprises. Et qui vit comme les gens dans la société. Qui n’est pas en somme préservée. Donc cela créée aussi un esprit d’entreprise. Il est clair que c’est lourd, difficile, que ça pose des tas de problèmes. Je trouverai plus intéressant, plutôt que d’aller vers le canton, de poser la question aux citoyens. Est-ce que les citoyens veulent continuer à bénéficier des services d’une Eglise qui est au service de toute la population? Alors, il faut qu’ils la soutiennent.

Si 2000 personnes payaient leur impôt d’Eglise, on n’aurait pas de problèmes financiers. Les personnes actuellement qui paient un impôt d’Eglise choisissent de le faire volontairement. Il s’agit en gros d’une moyenne de 500 francs par année. Cela suffirait, car nous avons une gestion absolument rigoureuse.

Les autres Eglises ne se rendent pas compte: on a un rapport qualité prix absolument imbattable en Suisse. Seule l’Eglise protestante de Genève pourrait entrer dans la comparaison. On est une Eglise très bon marché. Des salaires très bas: 85% de notre budget, ce sont des salaires, donc nous avons peu de dépenses administratives.

Apic: Au niveau des prestations de l’Eglise, êtes-vous une Eglise qui facture les mariages ou autres services religieux?

Isabelle Ott-Baechler: Non, pas du tout. On demande aux gens de payer leur impôt d’Eglise. Ceux qui demandent un service à l’Eglise, on leur demande de payer leur contribution ecclésiastique de l’année.

Apic: Contrôlez-vous ces versements pour ceux qui vous demandent un service religieux?

Isabelle Ott-Baechler: Non on ne contrôle pas. Mais on réfléchit à cette question. Faut-il varier les modes de paiement? Faut-il faire des tarifs pour les actes ecclésiastiques? On n’y a pas encore répondu. Peut-on aussi proposer une autre forme de soutien financier pour l’Eglise, en plus de la contribution ecclésiastique?

Pour l’instant, j’ai de la peine à prendre le recul nécessaire sur mes activités de ces 7 ans car je suis encore en plein dedans jusqu’à fin août. Mais je ne voudrais pas qu’on en déduise que rien n’est perfectible! Après mon élection, je parlais au Synode d’enthousiasme. C’est vrai que j’ai toujours pu accomplir mon ministère, en tant que pasteure de paroisse, aumônier de jeunesse et maintenant présidente, avec enthousiasme. Ce ministère de présidente avec les difficultés que cela comporte et les aspects de remise en question – parce qu’on voit aussi des aspects pas toujours positifs de l’Eglise, des conflits entre personnes – n’a pas entamé mon enthousiasme par rapport à la mission de l’Eglise et à son rôle dans la société. (apic/vb)

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