Chine: Ordination d’un nouvel évêque, ancien étudiant aux Etats-Unis, avec l’accord papal

Cardinal Joseph Zen: «En Chine, une seule Eglise catholique»

Hong Kong/Shenyang, 10 mai 2006 (Apic) «En Chine, il n’y a qu’une seule Eglise catholique et tous veulent être guidés par le pape». Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, évêque catholique de Hong Kong, ne se fait pas d’illusion suite à l’ordination ce week-end – avec cette fois-ci l’accord du pape – d’un jeune évêque chinois ayant étudié aux Etats-Unis.

Les catholiques du diocèse de Liaoning, au Nord-Est de la Chine, se sont rassemblés en nombre dimanche pour l’ordination épiscopale du Père Paul Pei Junmin, âgé de 37 ans. L’ordination comme évêque coadjuteur de ce jeune prêtre, approuvée tant par le Vatican que par les autorités chinoises, a été présidée par Mgr Pius Jin Peixian, évêque du Liaoning, à la cathédrale du Sacré Coeur à Shenyang (l’ancienne Moukden), capitale de la province du Liaoning. Le nouvel évêque est diplômé en théologie et en études bibliques au séminaire de St-Charles Borromée à Wynnewood, en Pennsylvanie.

Ce sont les prêtres, les religieuses et des représentants des laïcs du Liaoning qui ont élu Mgr Pei évêque coadjuteur le 12 janvier dernier, rapporte l’agence catholique asiatique UCANews, basée à Bangkok. Il est le quatrième évêque ordonné cette année au sein de l’Eglise officielle, reconnue par le gouvernement chinois, et le second qui bénéficie de l’approbation du pape.

La semaine dernière, le Saint-Siège a officiellement dénoncé «la violation de la liberté religieuse» en Chine, suite à l’ordination de deux évêques catholiques sans son consentement. Dans une déclaration du directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, le 4 mai 2006, Joaquin Navarro-Valls a qualifié ces ordinations d’»illégitimes». Elles «créent de nouveaux obstacles» dans le dialogue entre Pékin et Rome. Le Saint-Siège a aussi menacé d’excommunication les nouveaux évêques ainsi que ceux qui les ont ordonnés.

Des ordinations qui provoquent la colère de Rome

Cette réaction officielle survenait au lendemain de l’ordination le 3 mai 2006 de Mgr Joseph Liu Xinhong, âgé de 41 ans, comme évêque «officiel» – sans l’approbation du Saint-Siège – du diocèse de Wuhu, dans le sud de la Chine. Il s’agissait de la deuxième action de ce type en quatre jours, après l’ordination le 30 avril dernier de Mgr Ma Yinglin, âgé de 40 ans, à Kunming, dans le sud-ouest de la Chine.

Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun a à cette occasion invité avec force le Vatican à «suspendre toute négociation avec la Chine». Natif de Shanghai, âgé de 74 ans, l’évêque de Hong Kong, estime qu’en choisissant des évêques sans le consentement de Rome, le gouvernement chinoise se trompe lourdement: «Tous les catholiques chinois veulent être guidés par le pape», lance-t-il.

Et d’affirmer dans une interview à l’agence catholique AsiaNews, basée à Milan, que quand un évêque n’est pas choisi par le Saint-Siège, «normalement les prêtres refusent de concélébrer avec lui et les fidèles s’en tiennent éloignés». L’évêque de Hong Kong répond ainsi clairement au Bureau des Affaires religieuses (BAR) du gouvernement chinois, qui revendiquait récemment le droit de la Chine d’élire et d’ordonner des évêques de façon autonome, sans la permission du pape. Le BAR avait critiqué le 6 mai dernier la déclaration du Vatican qui condamnait les ordinations sans l’aval du Saint-Siège, les qualifiant de «grave violation de la liberté religieuse». Il avait estimé qu’une telle déclaration était dénuée de tout fondement et n’avait «pas de sens».

Le BAR a estimé vouloir «un dialogue franc et sincère avec le Vatican», mais que le fait d’élire de nouveaux évêques est «une nécessité urgente» pour l’Eglise de Chine, étant donné que «40 diocèses ont des sièges vacants». La déclaration du gouvernement va encore plus loin en affirmant que «où il n’y a pas d’évêque, il n’y a pas d’Eglise». Ainsi, c’est la raison invoquée par le BAR pour la consécration d’évêques: offrir une «contribution à l’évangélisation». Le Bureau des Affaires religieuses relève que désormais, et «depuis plus d’un demi siècle» en Chine, on élit et on consacre de évêques de façon autonome.

Un choix «obscurantiste»

La note du cardinal Joseph Zen – publiée en chinois – démontre que cette affirmation du BAR est fausse et qu’en Chine, après les décennies du maoïsme, toujours plus d’évêques de prêtres et de fidèles se sont battus pour que les évêques aient l’approbation du pape. Selon l’évêque de Hong Kong, la récente décision d’ordonner deux évêques sans l’aval du Saint-Siège est un choix «obscurantiste» qui fait reculer le cours de l’histoire chinoise et des liens entre la Chine et le Vatican.

Dans les années 1990, le Saint-Siège et la Chine avaient déjà entamé des négociations, mais ces discussions avaient été suspendues durant plusieurs années après l’ordination par Pékin de cinq évêques sans l’aval du pape. La Chine compte peut-être quinze millions de catholiques divisés entre une minorité appartenant à l’Eglise officielle et reconnue par l’Etat, dite «patriotique» pour avoir fait allégeance au gouvernement de Pékin et placée sous l’égide de l’Association patriotique des catholiques de Chine (APCC), et une Eglise non officielle, dite «clandestine», fidèle au Vatican, qui revendique une dizaine de millions de croyants. La Chine dispose de 97 diocèses, mais plus d’une quarantaine n’ont pas d’évêques, et les autres étant souvent âgés. (apic/ucanews/asianews/be)

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