Fribourg : La Faculté de théologie de l’Université de Fribourg face aux défis

Apic Interview

Catholique, ma non troppo

Par Valérie Bory

Fribourg, mai 2006 (Apic) La Faculté de théologie est confrontée à deux défis, la laïcisation de la société et l’avènement du multireligieux. Comment s’inscrit-elle dans ces nouveaux courants? La page d’accueil de son site internet nous montre l’image que veut donner la Faculté de théologie: 1 internationale, 2 bilingue, 3 catholique. On a refait le site, d’abord avec la partie germanophone (certaines pages n’existent encore qu’en allemand).

Le site est très consulté jusqu’aux Etats-Unis, mais très peu de consultations viennent de France, par exemple. Barbara Hallensleben, doyenne de la Faculté de théologie, répond aux questions de l’Apic.

Apic: Votre Site internet a pris un nouveau visage.

Barbara Hallensleben: Oui, à cause du dynamisme de la Faculté, de l’intérieur, et à cause du développement des voies d’études du système européen de Bologne, où l’on a renouvelé tous les programmes. Sur le site, on voit une forme de papillon. Depuis longtemps le papillon est signe de résurrection. Au milieu l’image, le centre du papillon ressemble à un corps crucifié. On pourrait voir dans ce symbole l’image de l’homme en souffrance, porté par le grand espoir de la vie. C’est une soeur d’Ingenbohl qui a conçu l’original du motif, Sr Rafaella Bürgi.

Apic: Combien d’étudiants en fac de théologie à Fribourg?

Barbara Hallensleben : Pour 20 professeurs venant de 11 pays différents, jusqu’aux Etats-Unis, l’Inde, le Congo, nous avons à peu près 400 étudiants, dont la moitié sont étrangers. Les cours se font en français et/ou allemand, dans la section francophone ou germanophone. La plupart des professeurs peuvent enseigner dans les 2 langues. J’encourage les étudiants à suivre les mêmes cours dans l’autre langue.

Beaucoup d’entre eux qui suivent les cours en théologie sont inscrits dans une autre faculté et suivent la théologie comme branche secondaire

Apic: Sur «l’affaire» de la non bénédiction des nouveaux locaux de l’Université de Fribourg, quelle était la position de la Faculté de théologie?

Barbara Hallensleben : Selon moi, provoquer un conflit autour d’une bénédiction est regrettable. Une date est maintenant fixée pour cette cérémonie. On voit enfin qu’il n’y avait pas de conflit idéologique, puisqu’il a été possible de trouver un accord. Je regrette qu’il n’ait pas été trouvé plus facilement. L’espace interreligieux pour la prière de toutes les religions par contre, qui a été officiellement accepté par le rectorat et béni par l’évêque, montre bien qu’on a un intérêt actif à donner à l’intérieur de l’Université une place pour exprimer la dimension religieuse de l’homme.

Peut-être que ces tensions sont liées au fait que la confession chrétienne cherche une présence publique qui corresponde à la réalité de notre société multiculturelle, multiconfessionnelle. Une bénédiction n’est pas seulement une cérémonie destinée à une communauté religieuse. Bene dicere , c’est dire quelque chose de bien au nom d’un Dieu qui veut du bien pour le monde. C’est ce que l’on peut faire de plus ouvert pour évoquer une dimension religieuse Et cela colle parfaitement à quelque chose d’oecuménique.

Apic: Entre l’avancée de la laïcité, l’avancée des religions non chrétiennes et l’histoire de cette Université historiquement perçue comme catholique, la Faculté de théologie est-elle assise entre deux chaises?

Barbara Hallensleben : Nous essayons de promouvoir la tolérance, l’échange, le dialogue. Pour une société qui était habituée à être catholique de façon uniforme, cela semble être une perte. Mais cela correspond à Vatican II. Pour éviter un conflit entre les différentes confessions, la laïcité poussée à l’extrême essaie d’exclure complètement l’expression publique de n’importe quelle forme de sacré. Ce n’est pas un genre de tolérance, mais une idéologie en soi. Cette position coupe la dimension sacrée de l’homme, musulman, bouddhiste, chrétien. Face à cela, je me bats pour chaque religion, pas seulement la mienne.

Apic: Qu’en est-il du développement d’une Faculté des sciences des religions?

Barbara Hallensleben : Actuellement il y a deux chaires de sciences des religions: l’une en Faculté de théologie et l’autre en Faculté des lettres. Bien que la décision ne soit pas encore prise, l’option de la Faculté de théologie est de garder sa chaire de sciences des religions et de créer une collaboration avec la Faculté des lettres. Qui accepte bien cette collaboration, fructueuse aussi pour les étudiants qui ne veulent pas faire des études strictement théologiques.

Apic: Dans ce domaine, quels sont les titres actuellement décernés?

Barbara Hallensleben : Il y a le Bachelor et le Master of Theology, pour les étudiants qui ont suivi la formation en théologie comme branche unique. Mais la Faculté décerne aussi un Bachelor et un Master of arts in Theological Studies, pour ceux qui ont pris la théologie comme première branche (en combinaison avec une autre discipline). Les étudiants peuvent aussi s’inscrire en fac de théologie pour des études approfondies en sciences des religions. Par exemple pour se préparer à l’enseignement.

Apic: L’Université de Fribourg a dû, pour des raisons budgétaires, réduire des postes. Qu’en est-il chez vous?

Barbara Hallensleben : Par solidarité avec les disciplines qui ont énormément d’étudiants, la faculté a accepté de réduire jusqu’en 2011 encore 2 postes de professeurs. Mais parallèlement, nous avons de nouvelles collaborations. Avec les 3 Facultés de théologie protestantes romandes, celles de Lausanne, Genève, Neuchâtel. Nous avons créé une «Ecole doctorale» financée par la CUSO, la Conférence des Universités de Suisse occidentale, sur une durée de 3 ans. Avec la présidence de Fribourg pour cette première année. Une initiative du système de Bologne pour mieux former les doctorants qui, jusqu’à maintenant, sont en relation seulement avec leurs propres professeurs.

Un tiers des étudiants à Fribourg sont des doctorants, ce qui nous place très bien dans le système européen. En effet, les Universités craignent souvent d’être réduites à des universités de bachelors, où se donne seulement une formation de base.

Apic: Vous êtes liés à la Congrégation romaine pour l’éducation catholique. Les professeurs de la Faculté doivent donc recevoir l’aval de Rome. Est-ce contraignant?

Barbara Hallensleben: Nous obtenons de Rome un nihil obstat (rien n’est contre) concernant la nomination d’un professeur. La procédure de désignation d’un professeur correspond cependant à celle de chaque autre faculté. Les candidatures sont examinées par la faculté. Les critères scientifiques sont strictement respectés par Rome. La relation que nous avons avec la Congrégation romaine par l’intermédiaire de l’Ordre des dominicains à Fribourg montre bien que la Faculté de théologie garde une identité en lien avec l’Eglise catholique.

Cette reconnaissance mondiale de notre Faculté augmente les perspectives professionnelles de nos étudiants. Partout, les universités, les facultés et les instituts sont maintenant obligés de se soumettre à un processus d’accréditation, assurance de qualité, selon le système de Bologne. J’ai d’ailleurs proposé à la Congrégation romaine de s’appeler simplement Bureau d’accréditation (selon le système de Bologne) VB

Encadré:

Une Faculté qui compte pour moitié d’étudiants et profs étrangers

La Faculté de théologie de l’Université de Fribourg est composée de 5 départements (des études bibliques à la théologie pratique) et comprend 5 instituts:

L’institut d’études oecuméniques

L’Institut de missiologie et de science des religions

L’Institut des langues du monde biblique et de l’Orient ancien

L’Institut des sciences liturgiques

L’Institut St Thomas pour la théologie et la culture

Elle participe avec d’autres facultés à 4 instituts interfacultaires. Son rayonnement intellectuel vient aussi de ses engagements interdisiciplinaires, de ses nombreuses publications. Elle compte aussi la seule chaire en sciences liturgiques en Suisse, parmi d’autres atouts. Un panorama qui correspond à son statut de plus grande Faculté de théologie de Suisse (facultés protestantes et catholiques confondues). Faculté intégrée dans une Université publique (Etat de Fribourg) et en même temps reconnue par les autorités ecclésiastiques. Sous la responsabilité de l’Ordre des dominicains et de la Conférence des évêques. Le maître de l’Ordre des dominicains étant le Grand chancelier de la Faculté. Un tiers environ des professeurs sont d’ailleurs des dominicains. Ouverte sur l’étranger, Fribourg l’a toujours été. L’Université compte aujourd’hui quelque 10’000 étudiants.

Le bilinguisme dont s’enorgueillit l’Université offre une entière voie d’études en allemand et en français. La Faculté de théologie a introduit le système Bachelor/Master conformément à la Déclaration de Bologne en automne 2004. Les étudiants sont très diversifiés: candidats à la prêtrise venant des séminaires, membres d’ordres ou de congrégations, étudiants qui se préparent à des tâches pastorales laïques ou à l’enseignement, etc. Ses étudiants peuvent passer un semestre ou plus dans une autre Université européenne dans le cadre du programme européen Socrates, en Irlande, Grande Bretagne, France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Autriche, Italie. Heureux étudiants! VB

(apic/vb)

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