Rome: Accusé d’abus sexuels, le Père Marcial Maciel doit renoncer à tout ministère public
Rome, 19 mai 2006 (Apic) Le fondateur des Légionnaires du Christ, accusé d’abus sexuels, devra désormais renoncer à tout ministère public, annonce le Saint-Siège.
A la suite à l’enquête menée par la Congrégation pour la doctrine de la foi sur les accusations d’abus sexuels contre le fondateur de la congrégation des Légionnaires du Christ, le pape demande à Marcial Maciel de renoncer « à tout ministère public » et à vivre « une vie réservée de prière et de pénitence », indique un vendredi communiqué de la salle de presse du Saint-Siège.
Après « un examen approfondi » des résultats de son enquête canonique et en raison de « l’âge avancé et de la santé maladive » de l’accusé, la Congrégation pour la doctrine de la foi a décidé de « renoncer à un procès canonique », précise la note. « Indépendamment de la personne du fondateur, est reconnu avec gratitude l’apostolat méritoire des Légionnaires du Christ et de l’association Regnum Christi », souligne-t-elle aussi.
Le communiqué revient sur l’historique des accusations contre Marcial Maciel Degollado et de l’enquête canonique menée à son égard depuis plusieurs années par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le Saint-Siège a décidé de communiquer à son sujet, suite « à des nouvelles diffusées autour de la personne du fondateur des Légionnaires du Christ », justifie-t-il. Le National Catholic Reporter américain a en effet annoncé, dans une nouvelle reprise par la presse italienne dans la soirée du 18 mai 2006, que le Saint-Siège avait imposé au père Marcial Maciel des « restrictions à son ministère », après avoir enquêté « pendant presque dix ans » à son sujet.
« Dès 1998, la Congrégation pour la doctrine de la foi a reçu des accusations, déjà en partie rendues publiques, contre le père Marcial Maciel Degollado, fondateur de la congrégation des Légionnaires du Christ, pour des délits réservés à la compétence exclusive du dicastère », rappelle d’abord le communiqué. « En 2002, le père Maciel a publié une déclaration pour nier les accusations et exprimer sa peine pour l’offense causée par certains anciens Légionnaires du Christ », poursuit-il. Et, « en 2005, pour des raisons d’âge avancé, le père Maciel s’est retiré de la responsabilité de supérieur général de la congrégation pour les Légionnaires du Christ ».
Examen mûri
« Tous ces éléments ont fait l’objet d’un examen mûri de la part de la Congrégation pour la doctrine de la foi et, selon les normes du Motu Proprio Sacramentorum sanctitatis tutela promulgué le 30 avril 2001 par le serviteur de Dieu Jean Paul II, l’alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Joseph Ratzinger, a autorisé une investigation des accusations », rapporte la longue note en italien. Elle rappelle qu’ »entre temps » Jean Paul II est mort, le 2 avril 2005, et que le cardinal Ratzinger a été élu pape, le 19 avril de la même année.
« Après avoir soumis les résultats de l’investigation à une étude attentive, la Congrégation pour la doctrine de la foi, sous la direction du nouveau préfet, le cardinal William Levada (nommé à ses nouvelles fonctions le 13 mai 2005 par Benoît XVI, ndlr) a décidé – tenant compte tant de l’âge avancé du père Maciel que de sa santé fragile – de renoncer à un procès canonique et d’inviter le père à une vie réservée de prière et de pénitence, renonçant à tout ministère public », explique encore la déclaration. Et de préciser que « le pape a approuvé ces décisions ».
La déclaration conclut en valorisant « l’apostolat méritoire » des Légionnaires du Christ et de l’association de laïcs Regnum Christi qui lui est liée, « indépendamment de la personne du fondateur ».
Le Père Maciel avait pourtant largement nié
En 1987, le prêtre mexicain fondateur de la ’Légion du Christ’, avait été accusé d’abus sexuels commis dans les années 1940, 1950 et 1960 sur de jeunes séminaristes. Le père Maciel avait alors rejeté toutes les accusations venant d’anciens membres de sa propre congrégation. Sa réputation en étant éclaboussée, le père Maciel avait clamé à plusieurs reprises son innocence. Sa dernière déclaration sur le sujet remonte au 22 avril 2002, où il déclarait « catégoriquement que ces accusations contre lui étaient fausses ». « Je n’ai jamais eu le genre de comportement abominable dont m’accusent ces personnes, et il n’y a rien qui soit plus éloigné de mon mode de relation avec les personnes, comme peuvent en témoigner les milliers de Légionnaires du Christ qui me connaissent », avait-il ajouté.
Pourtant, en décembre 2004, la Congrégation pour la doctrine de la foi, dirigée par l’alors cardinal Joseph Ratzinger, avait décidé d’ouvrir une enquête approfondie sur les accusations portées par huit anciens séminaristes contre le père Maciel.
En janvier 2005, le Mexicain Alvaro Corcuera âgé de 47 ans était élu, après deux tours de scrutins, nouveau président de la ’Légion du Christ’ par le Chapitre général de la congrégation alors réuni à Rome. Il succédait ainsi à la tête de la congrégation au père Marcial Maciel, âgé de 84 ans. « Si le père Maciel ne souhaite plus assumer les responsabilités quotidiennes concernant la gestion de l’ordre religieux, il en restera le conseiller, aidera le nouveau supérieur général, et continuera à donner des conférences, car il demeure le fondateur de la Congrégation », avait toutefois expliqué le porte-parole des Légionnaires du Christ à I’Agence I.Media, partenaire de l’Apic à Rome.
Le père Thomas William avait aussi déclaré que « la démission de Marcial Maciel n’avait rien à voir avec cette affaire » de scandale de moeurs, sur laquelle la Congrégation pour la doctrine de la foi ne les avait d’ailleurs « pas contactés », ce qui aurait dû être fait en cas d’enquête. Mais s’il avait eu des propos similaires en mai 2005, le père William avait cependant admis quelques jours plus tard qu’une pré-investigation était peut-être en cours au Vatican afin de collecter des témoignages et des informations sur le passé de Marcial Maciel.
Enquête sur place, au Mexique
Le promoteur de justice de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le père Charles J.Scicluna, s’était en effet rendu au Mexique en avril 2005 afin de rencontrer les victimes présumées du père Maciel. Il était aussi allé aux Etats-Unis pour la même raison. Les anciens Légionnaires espéraient que Marcial Maciel soit jugé pour violation du sacrement de la confession – il aurait absout ses élèves après les avoir poussés à commettre des actes sexuels avec lui. Mais le vice-directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, le père Ciro Benedettini, interrogé le 21 mai par des journalistes, avait affirmé à la presse qu’aucun procès canonique ne serait engagé contre Marcial Maciel.
La Congrégation pour la doctrine de la foi prescrit qu’un tribunal ecclésiastique ne peut plus accuser un clerc de « délit contre la morale » ou de « délit contre la dignité et la sainteté du sacrement de la réconciliation » après les dix ans suivant la majorité de la victime. La Congrégation a cependant la possibilité de déroger à cette règle, au cas par cas. Ces délits peuvent entraîner l’excommunication. Le tribunal de la Pénitencerie apostolique traite pour sa part les affaires non publiques qui relèvent du fors intérieur.
Ce n’est pas la première fois que le Vatican enquête sur Marcial Maciel. Entre 1956 et 1959, il avait été suspendu de ses fonctions par les autorités de l’Eglise catholique, suite à l’accusation d’usage de stupéfiant. Il avait été acquitté.
Désormais âgé de 85 ans, Marcial Maciel Degollado a fondé en 1941, à l’âge de 21 ans, la congrégation des légionnaires du Christ au Mexique, pays fortement marqué par les persécutions religieuses de ’la guerre des Cristeros’ (1926-1929). Aujourd’hui, la congrégation des légionnaires du Christ compte plus de 600 prêtres et 2’800 séminaristes, présents dans 18 pays d’Europe et d’Amérique. Elle est particulièrement influente au niveau universitaire, avec un réseau de 12 universités, présentes surtout en Amérique latine. (apic/imedia/ar/pr)
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