Plus de 1500 morts noyés depuis le début de l’année

Sénégal : Des imams prêchent contre l’émigration clandestine

Dakar, 24 mai 2006 (Apic) Des chefs religieux musulmans ont entrepris des actions de sensibilisation contre l’émigration clandestine. Celle-ci a pris des proportions dramatiques au Sénégal. Des statistiques rapportées mercredi par la presse révèlent que depuis le début de l’année, plus de 1500 jeunes Africains sont morts noyés en voulant se rendre illégalement en Europe.

La semaine dernière, des imams ont consacré leurs sermons du vendredi à ce phénomène. Ceux du vendredi prochain seront tout aussi centrés sur ce phénomène, qui s’est accentué cette semaine encore avec plus de 1500 interpellations en mer.

Cette vague d’émigration clandestine se fait surtout vers l’Espagne, à bord de pirogues de fortunes. Tous les jours, les forces de sécurité sénégalaises interpellent des jeunes de 14 à 20 ans en partance pour les côtes espagnoles des îles Canaries. Le mouvement a pris une telle ampleur ces derniers jours qu’il inquiète au plus haut point dirigeants espagnols et sénégalais.

«La première cause de ce phénomène est liée à la pauvreté, car ce sont les jeunes qui n’ont pas d’emploi et qui ne savent pas que faire. Ils sont tentés par cette aventure», a expliqué le maire de Rufisque (banlieue est de Dakar), Alioune Marr. Cette ville est devenue, depuis mars dernier, un haut lieu de départ vers les côtes espagnoles. Les autres points de départ se situent sur la côte, à Joal, Mbour (sud), Ouakam (banlieue nord-ouest de Dakar), Saint Louis (nord du pays), entre autres. Ce sont toutes des zones de pêche traditionnelle, devenus aujourd’hui, selon la police, la gendarmerie et la marine nationale, des «points d’embarquement».

Par dizaines, voire centaines, les jeunes migrants clandestins s’entassent dans des pirogues de fortune. Celles-ci sont spécialement fabriquées pour les grands voyages, avec notamment une grande bâche pour se protéger des intempéries. L’embarquement s’effectue généralement de nuit, en haute mer, des pirogues de moindres tailles assurant la navette entre ces grandes embarcations et la berge pour l’acheminent, par petits groupes, des clandestins. Depuis le début de l’année, plus de 1500 clandestins ont trouvé la mort dans ces voyages qui durent environ une dizaine de jours.

L’émigration, une «véritable industrie»

Selon le colonel Alioune Ndiaye, porte-parole de la Police du Sénégal, «c’est tout un réseau international qui organise l’immigration clandestine avec des ramifications en Gambie», un petit pays anglophone situé à l’intérieur du Sénégal ». « Les passeurs interpellés ont tous déclaré avoir acheté leur matériel de transport en Gambie: pirogues, moteurs hors-bord, fûts de carburant, gilets de sauvetage, matelas, provisions alimentaires, etc . », a-t-il ajouté, parlant de «véritable industrie» de la filière de l’émigration clandestine.

Les gouvernements du Sénégal et de l’Espagne ont renforcé leur coopération en matière de surveillance des côtes. L’émigration, qu’elle soit organisée ou clandestine est une pratique vieille de plusieurs décennies en Afrique de l’Ouest, plus particulièrement au Sénégal. Le pays ne dispose d’aucune richesse naturelle, en dehors de la pêche et de l’agriculture. Or, le secteur agricole est confronté chaque année à d’énormes difficultés à cause de l’insuffisance des pluies et de la mévente de l’arachide, principal produit d’exportation. En conséquences, les Sénégalais cherchent fortune ailleurs. (apic/ibc/bb)

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