Fribourg: L’»Action des chrétiens pour l’abolition de la torture» face à la traite des enfants

Conférence de Sylvie Marguerat, de Terre des hommes

Fribourg, 30 mai 2006 (Apic) La Fondation Terre des hommes (TdH) à Lausanne lutte contre le trafic, l’exploitation et la traite d’enfants dans plusieurs dizaines de pays.

C’est pour présenter cette réalité douloureuse que l’Acat-Pérolles – l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture – avait invité lundi soir Sylvie Marguerat, juriste à TdH, à la paroisse du Christ-Roi à Fribourg. L’occasion pour la quarantaine de personnes présentes de découvrir un fléau sordide, qui a également des ramifications en Suisse.

Au cours de son exposé, Sylvie Marguerat a relevé que la plupart des Etats ne participent pas directement à la traite des enfants, que ce soit à leur enrôlement comme soldats, comme esclaves sexuels, comme main d’oeuvre exploitée, comme bébés vendus pour adoption, etc. Mais la juriste à Terre des hommes a fustigé chez nombre d’Etats leur manque de réactions et de politiques actives face à ces crimes qui se déploient dans des zones grises ou de non droit. «C’est aussi le cas en Suisse, en Europe occidentale ou en Amérique du Nord, dans des pays développés», a-t-elle déclaré à l’Apic.

La traite d’êtres humains est aussi un «problème suisse»

La dimension internationale de la traite ne doit pas faire perdre de vue que ce problème nous concerne tous. La prostitution forcée ou le travail illégal est une réponse à une demande qui existe aussi en Suisse et dans tous les pays industrialisés. La traite d’êtres humains est donc aussi un «problème suisse», car il existe chez nous également des zones de «non droit». Et Sylvie Marguerat de citer des cas de famille de «sans papiers» ou de celles qui le deviennent en perdant leur statut. Des milliers d’enfants sont ainsi concernés en Suisse «et les autorités le savent!». S’ils sont en principe scolarisés, «personne ne les oblige, parce qu’ils ne sont pas censés exister.»

En matière de défense des droits de l’enfant, précise-t-elle, on ne travaille plus en vertu de la compassion humanitaire, mais sur la base de la Convention relative aux droits de l’enfant adoptée par l’ONU et en vigueur depuis 1990. «C’est notre outil de travail numéro 1», lance la juriste, qui lutte contre l’exploitation des enfants abusés dans le but d’en tirer un profit économique et financier. Ils sont victimes de réseaux de traite qui étendent leurs mailles par-dessus les frontières des pays et des continents. Elle s’appuie également dans son combat juridique sur le «Protocole de Palerme», la Convention des Nations Unies contre le crime organisé transnational et ses 2 protocoles additionnels, signé par 120 Etats à Palerme, en décembre 2000.

Sylvie Marguerat relève également le cas des enfants demandeurs d’asile qui n’ont jamais eu de papiers dans leur pays, faute d’avoir été dûment enregistrés (voir ci-dessous). Ils sont certainement plusieurs milliers en Suisse. «Beaucoup ont été très étonnés d’entendre cela, témoigne la juriste de TdH, ignorant que de nombreux pays n’ont pas vraiment de système performant pour enregistrer les personnes à la naissance. Dans certains pays comme l’Afghanistan, cela peut monter jusqu’à 90%. Ces enfants alors n’existent pas administrativement!» JB

Encadré

Des millions d’enfants «exclus et invisibles»

Dans un rapport intitulé: «La situation des enfants dans le monde 2006: exclus et invisibles», l’UNICEF dénonce la situation désastreuse vécue par des millions d’enfants dans le monde, et principalement dans les pays en voie de développement. L’agence des Nations-Unies parle même d’enfants invisibles, notamment du fait que la moitié des naissances dans le monde en développement ne seraient pas enregistrées. Ces enfants n’ont de fait aucune existence légale, et sont donc ignorés des Etats et de leurs politiques.

D’autres enfants sont devenus invisibles car privés de la protection de leurs parents. 143 millions d’enfants dans les pays en développement sont orphelins, des dizaines de millions d’enfants vivent dans la rue, et 1 million d’entre eux sont en détention. L’exploitation des enfants est un phénomène très répandu avec 171 millions d’entre eux qui travaillent, dont 73 millions ont moins de 10 ans. L’esclavage et la prostitution sont les formes exacerbées de cette exploitation. (apic/be)

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