« Les Allemands ne portent pas la responsabilité collective »
Rome, 30 mai 2006 (Apic) Le cardinal Stanislas Dziwisz, archevêque de Cracovie et ancien secrétaire particulier de Jean Paul II, a estimé que le nazisme ne devait pas être globalement mis sur le compte du peuple allemand. Il répondait au quotidien de la Conférence épiscopale italienne « Avvenire », du 30 mai 2006, face aux critiques émises par une partie de la presse européenne.
Ces propos entrent en effet dans la polémique née du discours du 28 mai 2006 que Benoît XVI a prononcé lors de sa visite historique au camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau. Dans ce discours le pape a attribué la responsabilité des crimes nazis à « un groupe de criminels » ayant « abusé » du peuple allemand pour s’en servir « comme un instrument de leur soif de destruction et de pouvoir ».
« Pour ma part, je retiens comme tout à fait juste ce qu’il a dit sur le régime nazi », a déclaré le cardinal Dziwisz. « On ne peut pas parler de faute collective. Il y a des Allemands qui se sont opposés à Hitler, comme l’évêque de Münster, August von Galen, et qui sont morts avec les autres victimes, comme Edith Stein », philosophe juive convertie au catholicisme qui, devenue religieuse, mourut au camp d’Auschwitz. Canonisée par Jean Paul II, elle a été citée dans le discours de Benoît XVI.
L’archevêque de Cracovie a aussi commenté le voyage de quatre jours de Benoît XVI en Pologne, comme un moment durant lequel les Polonais « ont redécouvert la figure du père ». Le pape allemand « les a immédiatement conquis ». Plus de 2 millions de fidèles se sont en effet pressés aux différents rendez-vous de Benoît XVI durant ce 2e voyage à l’étranger.
Juifs critiques
La visite historique de Benoît XVI au camp d’Auschwitz a parfois soulevé quelques regrets et quelles critiques. Certains, comme le grand rabbin de Rome Riccardo Di Segni, y voient « une occasion manquée ». « C’était un grand discours au début et à la fin, mais problématique dans le contenu », a jugé le rabbin De Segni. « Je ne suis pas du tout convaincu par l’interprétation proposée sur la responsabilité du peuple allemand, comme s’il avait été lui-même victime et n’avait pas fait partie des persécuteurs », a-t-il encore commenté.
« L’analyse du pape me semble partielle et comporte des lacunes », a quant à lui déclaré le président de la Communauté juive italienne, Claudio Morpugo. « La shoah n’a pas été seulement l’oeuvre de Hitler et de ses acolytes ». La phrase du pape « comporte le risque de réduire la responsabilité du peuple allemand et de tous ceux qui ont agi au nom d’une idéologie antisémite », a-t-il estimé. « Nous avons été frappés par l’absence de référence spécifique à l’antisémitisme », a aussi ajouté Claudio Morpugo.
Cependant, pour le rabbin David Rosen, un haut responsable de l’organisation juive américaine American Jewish Committee, cité le 29 mai 2006 par le New York Times, « les relations entre juifs et catholiques ne sont plus fondées sur une vision du passé ». (apic/imedia/hy/pr)
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