La pastorale des migrants dans les pays voisins

Berne: migratio invite les catholiques suisses à jeter un regard au-delà des frontières

Berne, 5 juin 2006 (Apic) Les quelque 60 personnes qui ont participé vendredi 2 juin à l’Hôtel Ador Berne à l’assemblée annuelle de migratio ont été invités à jeter «un regard au-delà des frontières». En effet, la partie thématique de l’assemblée de la Commission de la Conférence des évêques suisses pour les migrants était consacrée à la pastorale des migrants dans les pays voisins, avec les exemples notamment de la France, l’Autriche et de l’Allemagne.

Agents pastoraux, membres des missions linguistiques et des commissions de migratio sont quotidiennement confrontés à la Suisse multiculturelle, pays où plus du tiers du million et demi d’étrangers qui y vivent appartiennent à des confessions et religions autres que les Eglises nationales, dont plus de 350’000 musulmans. En fait, avec les personnes naturalisées et ayant la double nationalité, un tiers de la population helvétique est d’origine étrangère. Les Eglises ont donc un rôle majeur à jouer en matière d’intégration des étrangers. Mais qu’en est-il des pays voisins ?

Les migrants, une chance pour la pastorale et non un souci supplémentaire

Odile Michelat, qui travaille au Vicariat de la Solidarité à Paris, rappelle tout d’abord que près de 40% des immigrés que compte la France (ils sont 4’300’000, soit 7,5% de la population totale) habitent en Ile-de-France. A Paris intra-muros, on compte 30 aumôneries et missions correspondant à des communautés linguistiques différentes (un nombre important, si l’on sait que Paris compte 110 paroisses!)

Elle relève cependant que lier de manière trop exclusive la foi à une communauté culturelle fermée présente un certain risque, d’où la nécessité pour ces missions de participer à des rassemblements plus larges. D’autre part, poursuit Odile Michelat, se pose la question des jeunes générations, plus ou moins inculturées suivant les vagues migratoires, comme on l’a vu lors de la révolte des cités. La Pastorale des Migrants a alors été très sollicitée par les évêques des banlieues concernées et les autorités politiques locales pour organiser des contacts avec ces jeunes. Une des dimensions importantes de la pastorale des migrants est justement la présence dans les quartiers populaires qui rend possible de tels contacts.

La responsable parisienne estime que l’Eglise catholique puise dans l’Ecriture sainte une légitimité pour former des communautés internationales et multiculturelles. «Mais pour que cela fonctionne, les migrants doivent devenir eux-mêmes acteurs de la pastorale», lance-t-elle, avant de relever que la présence des migrants est une chance pour la pastorale locale et non un «souci supplémentaire».

Une «pastorale du vivre ensemble»

Défendant l’idée que la Pastorale des Migrants est une «pastorale du vivre ensemble», elle a souligné que la migration change non seulement le tissu social de nos villes, mais également l’Eglise, «elle lui fait prendre conscience, d’une manière nouvelle, du sens de la catholicité».

Soulignant que les grandes villes se trouvent au coeur des mouvements de population accentués par les déséquilibres de la mondialisation, elle a présenté le groupe de travail «Pastorale des migrants dans les grandes villes d’Europe». Ce groupe a été fondé en 1989, de manière informelle, entre les responsables de Bruxelles, Francfort, Madrid, Paris, et bientôt de Genève. Depuis 2005, il est rattaché à la commission migrants du Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE).

La pastorale des migrants, au sein de la pastorale locale, «nous engage à être des veilleurs et des éveilleurs vis-à-vis des communautés chrétiennes qu’il faut sensibiliser à l’accueil de l’étranger et à sa rencontre et aussi, vis-à-vis des migrants, en les incitant à prendre toute leur place dans la vie de la société et, pour les chrétiens, dans la vie de l’Eglise». Quant aux responsables politiques, Odile Michelat les interpelle en affirmant la primauté des droits fondamentaux avant tout intérêt économique, quelle que soit la situation juridique des migrants.

L’abbé Wolfgang Miehle, venu de Bonn, a rappelé les accords signés il y a tout juste 50 ans entre l’Allemagne et l’Italie qui permirent dans une première étape l’arrivée de 100’000 travailleurs italiens en Allemagne. Il s’agissait au lendemain de la guerre de combler le manque de main d’oeuvre dans certaines branches de l’économie. D’autres accords allaient suivre, avec la Grèce et l’Espagne (1960), la Turquie (1961), le Maroc (1963), le Portugal (1964), la Tunisie (1965) et l’ex-Yougoslavie (1968). Il s’agissait évidemment en ce temps là de faire venir avant tout de la main d’oeuvre, et l’on ne parlait pas alors de compréhension entre les peuples. On partait également de l’idée que ces travailleurs migrants ne s’installeraient pas définitivement, mais il en fut tout autrement.

Depuis les années 50, d’après des estimations prudentes, on estime qu’environ 35 millions de personnes sont venues en Allemagne avec un passeport étranger, dont quelque 25,5 millions sont repartis. Actuellement, vivent en Allemagne près de 7 millions de personnes avec un passeport étranger (soit plus de 8,1% de la population du pays). Parmi eux, on compte environ 3,2 millions de chrétiens, dont quelque 2 millions de catholiques, 0,9 million de fidèles des Eglises orthodoxes et orientales, sans oublier les 0,3 million de fidèles des Eglises évangéliques et libres.

Un catholique sur 13 en Allemagne est de langue étrangère

Ainsi, un catholique sur 13 en Allemagne est de langue étrangère. Et l’abbé Miehle de souligner que l’on ne porte pas tellement attention à ces chrétiens alors qu’ils sont tout aussi nombreux parmi les migrants que les musulmans, par ex. Le directeur national de la pastorale des migrants note encore la présence d’environ 600’000 «Spätaussiedler» – des rapatriés tardifs de souche allemande, venus des Etats de l’ancien bloc de l’Est – d’origine catholique. Ces émigrés allemands souvent ne maîtrisent plus la langue de leurs ancêtres, et sont attirés par les missions linguistiques ou les communautés polonaises, roumaines, russes ou ukrainiennes. Et cela, sans parler des illégaux sans titre de séjour valable ou sans papiers, au nombre de 500’000 à un million, dont une grande partie (peut-être près de la moitié) sont catholiques. «Eux aussi ont pleinement droit à un accompagnement humanitaire et pastoral», lance-t-il.

En Allemagne, l’Eglise catholique compte actuellement 483 missions linguistiques. La plupart de ces communautés accueillent des catholiques croates (82), italiens (73), polonais (62), de langue espagnole (47), portugaise (32), vietnamienne (21) et hongroise (18). Des communautés existent également pour les Ukrainiens, Tchèques, Slovaques, Slovènes, Albanais, Lituaniens, Lettons, Russes, Roumains, Ethiopiens et Erythréens, Ghanéens, Togolais, Indiens, Coréens, Japonais, Chinois, Philippins, Indonésiens, Tamouls et Chaldéens d’Irak.

L’abbé Miehle reconnaît que l’Allemagne est encore loin d’avoir achevé une intégration complète du point de vue social, culturel, ecclésial et politique de toutes ces communautés. Et il reconnaît qu’en ces temps de mondialisation et au vu des nouvelles vagues de migrations – sans oublier les immigrants illégaux – les missions linguistiques n’ont pas encore fini de remplir leur mission.

Directeur national de la pastorale des migrations en Autriche, Laszlo Vencser a rappelé que l’Autriche a toujours été une terre d’immigration, déjà du temps de la monarchie danubienne. Lui-même fut prêtre de l’archidiocèse d’Alba Iulia, en Transylvanie roumaine, où il est né et a enseigné durant des années la théologie morale au séminaire d’Alba Iulia, avant de venir à Vienne il y a 15 ans.

En Autriche, les musulmans reconnus officiellement dès le début du 20 siècle

Ainsi, depuis longtemps, Tchèques, Hongrois, Polonais, Ukrainiens, Croates, y ont trouvé un endroit pour vivre, particulièrement à Vienne. Même les musulmans – venus de Bosnie à l’époque de l’Empire austro-hongrois – furent reconnus officiellement dès le début du 20 siècle!

Avec les réfugiés de l’après-guerre (Révolution hongroise de 1956, Printemps de Prague en 1968, répression de Solidarnosc en Pologne, guerres de l’ex-Yougoslavie, puis ceux plus récents de Tchétchénie, de Géorgie, d’Afghanistan, d’Irak, d’Afrique, etc.) et les vagues de travailleurs immigrés, l’Autriche un visage de plus en plus multiculturel. A l’heure actuelle, l’Autriche compte quelque 300’000 migrants catholiques, dont les 2/3 sont installés à Vienne et dans les environs.

L’Eglise leur offre des services pastoraux dans plus de 30 langues. 86 prêtres, 2 diacres, une religieuse et 9 laïcs travaillent dans ces missions linguistiques. Le directeur national de la pastorale catholique en langue étrangère en Autriche souligne la nécessité de conserver traditions et cultures – notamment la pastorale dans les diverses langues – tout en restant ouverts à l’oecuménisme et au dialogue interreligieux, pour que les gens de diverses provenances, langues, cultures et religions cohabitent pacifiquement». C’est ensuite l’ancien conseiller national tessinois Fulvio Caccia (Bellinzone), président de migratio, qui a dirigé la table ronde de la partie thématique de l’assemblée annuelle de la Commission pour les migrants de la Conférence des évêques suisses. JB

Encadré

migratio, organe de conseil de la Conférence des évêques suisses pour les migrants

migratio est l’organe de conseil de la Conférence des évêques suisses pour les migrants. Cette commission vise à favoriser la participation des étrangers à la vie religieuse et sociale en Suisse. migratio soutient la pastorale spécifique dispensée aux fidèles de langue étrangère par des prêtres et des laïcs de leur lieu d’origine et aide à établir une communauté ecclésiale composée d’autochtones et de fidèles de langue étrangère. JB

Encadré

129 prêtres chargés à plein temps des missions linguistiques en Suisse

migratio note qu’à la fin de l’année dernière, la Suisse comptait 1’511’937 étrangers (soit 20,3% de la population, avec une augmentation de 16’929 par rapport à l’année précédente). A cette date, 129 prêtres (soit 3 de plus qu’en 2004) travaillaient en Suisse dans la pastorale des migrants à plein temps, 20 (16) à mi-temps, ainsi que 2 (2) diacres et 35 (41) assistants pastoraux dans 132 missions linguistiques et paroisses personnelles. La pastorale des Cambodgiens, des Laotiens et des catholique de rite byzantin est assurée par des prêtres chargés de tâches identiques dans d’autres pays européens et qui visitent régulièrement leurs fidèles en Suisse. Une religieuse philippine est chargée de la pastorale des Philippins en Suisse, tandis que depuis le 1er janvier dernier, un prêtre philippin a été engagé pour la Suisse alémanique. (apic/com/be)

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