Le pape a le droit de commenter la situation de la liberté religieuse

Inde: Polémique après le discours du pape à l’ambassadeur sur la tolérance religieuse

Rome, 15 juin 2006 (Apic) Le cardinal indien Ivan Dias, nouveau préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, a estimé que Benoît XVI avait entièrement le droit de commenter la situation de la liberté religieuse dans le monde.

Ses propos ont été publiés par l’agence missionnaire AsiaNews, le 14 juin 2006, en réaction à la polémique apparue en Inde après les paroles du pape au nouvel ambassadeur indien près le Saint-Siège, un mois plus tôt. Benoît XVI avait alors regretté des « signes préoccupants d’intolérance religieuse » dans le pays, à propos des lois anti-conversion en vigueur dans certains Etats hindouistes du sous-continent.

« En relisant les commentaires du pape sur la liberté religieuse en Inde, on ne peut pas ne pas entendre la profonde préoccupation de Benoît XVI à l’égard d’une attitude entreprise par quelques groupes politico-religieux vis-à-vis des droits fondamentaux de la population indienne », a ainsi relevé le nouveau préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Ces droits fondamentaux, a-t-il rappelé, « sont contenus dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, sont garantis par la Constitution indienne et sont le reflet direct des pères fondateurs du pays ». Le cardinal Dias, qui a ainsi expliqué que l’intervention du pape entrait « pleinement dans ses compétences », a aussi souligné que le discours de Benoît XVI au nouvel ambassadeur avait été « plein d’appréciations et d’éloges pour la nation indienne ».

Benoît XVI avait reçu en audience au Vatican Amitava Tripathi, le nouvel ambassadeur de l’Inde près le Saint-Siège venu présenter ses lettres de créance, le 18 mai 2006. Dans son discours en anglais, il avait alors noté « les signes préoccupants d’intolérance religieuse qui ont troublé certaines régions du pays, incluant la tentative répréhensible de légaliser des restrictions clairement discriminatoires au droit fondamental à la liberté religieuse ». Ces signes d’intolérance, avait souhaité le pape sans citer explicitement les lois anti-conversion, « doivent être fermement rejetés non seulement comme anti-constitutionnels, mais aussi comme contraires aux idéaux les plus élevés des pères fondateurs de l’Inde ».

Au lendemain de la visite au Vatican de son nouvel ambassadeur, le gouvernement indien avait tenu à rappeler que les fidèles de toutes les religions étaient égaux en droits dans le pays. « Il est de notoriété universelle que l’Inde est un pays démocratique et laïc dans lequel les fidèles de toutes les fois religieuses jouissent de droits égaux », avait ainsi déclaré le ministère indien des Affaires étrangères dans un communiqué, dès le 19 mai.

Propos injustifiés?

En réponse aux propos du pape, Rajnath Singh, le président du « Bharatiya Janata Party » (BJP), avait pour sa part écrit à Benoît XVI pour lui confier que ses propos sur la liberté religieuse avaient « fait du mal » dans le pays, qu’ils étaient « injustifiés », et que « les conversions causent des problèmes dans le pays, contrairement aux lois qui les interdisent ». De nombreux membres du BJP avaient aussi protesté contre les propos du pape et un groupe d’hindouistes avait brûlé des images du pape dans l’Etat du Madhya Pradesh, contestant « l’ingérence » du Vatican dans les affaires indiennes. Le parti nationaliste BJP, principal parti d’opposition, soutient une vision fondamentaliste de l’hindouisme.

L’Inde compte près de 80,5 % d’hindous contre 2,3% de chrétiens – 23 millions environ, parmi lesquels 17 millions de catholiques. La seconde religion majoritaire est constituée par l’islam, avec plus de 13 % de fidèles. (apic/imedia/ami/pr)

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