Apic interview
Un véritable «Centre Suisse de toutes les Vocations masculines»
Bernard Bovigny, Apic
Fribourg, 28 juin 2006 (Apic) Le chanoine Alain de Raemy rejoindra le 1er septembre la Garde suisse pontificale, où le pape Benoît XVI l’a nommé aumônier. Agé de 47 ans, natif de Barcelone, il maîtrise entre autres les trois langues nationales, condition «demandée», pour accomplir cette mission.
Entre les réunions inhérentes à sa fonction de curé-modérateur d’un secteur qui couvre une bonne partie de la ville de Fribourg, les dernières activités pastorales à mettre en place avant son départ et les discussions en vue de son avenir, Alain de Raemy a pris un moment, sur la terrasse de la cure St-Nicolas qui surplombe la Sarine, pour expliquer notamment en quelles circonstances il a été choisi comme aumônier de «la plus petite armée du monde».
Apic: Vous avez connu de nombreux déplacements dans votre vie, et dans des régions linguistiques différentes. Un atout pour affronter les barrières culturelles et linguistiques?
Alain de Raemy: Oui, certainement. Et dans le cas présent, je retrouverai à Rome l’ambiance méditerranéenne que j’ai connue à Barcelone, où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 15 ans. Je suis habitué à la confrontation des différences car j’ai toujours connu le brassage culturel et religieux, notamment dans le milieu international de Barcelone, puis à l’internat-collège d’Engelberg, et à la très laïque université de Zurich. Et on attend de l’aumônier de la Garde Suisse qu’il maîtrise les trois langues nationales.
Apic: Rome, la ville éternelle, dans laquelle vous avez déjà séjourné plusieurs années. Que représente-t-elle pour vous?
Alain de Raemy: Rome est pour moi avant tout le haut lieu du témoignage suprême de Pierre et de Paul. J’en ai pris conscience graduellement, au cours de mes deux passages, d’un an et de deux ans, dans cette ville. Et désormais, chaque fois que j’y retourne, je me précipite d’abord à la basilique Saint-Pierre pour me confesser et prier sur la tombe de Pierre, à l’exemple d’un Jean Paul II qui descendait s’y recueillir après chaque voyage apostolique.
Pierre représente l’unité et la fidélité de l’Eglise. Je reprends à mon compte le «Quo vadis?» (Où vas-tu?) que Jésus lui adressa quand il voulut fuir sa mission. Quant à Paul, il représente l’élan évangélisateur qui ne devrait jamais nous manquer.
Apic: Vous avez débuté il y a une année une fonction de curé-modérateur d’un secteur pastoral qui couvre une bonne partie de la ville de Fribourg. Ce n’était vraiment pas le moment de partir .
Alain de Raemy: C’est vrai. On peut le dire comme ça. Je prends conscience ces jours-ci de l’impact de mon départ par les nombreuses réactions d’incompréhension et de déception. Je n’en aurais jamais soupçonné l’ampleur !.
Il faut souligner qu’avec le regroupement des paroisses en unités pastorales, tout est en pleine mutation. C’est pourquoi les paroissiens doivent au moins pouvoir s’identifier sinon à quelque chose au moins à quelqu’un..
Apic: En quelles circonstances avez-vous été appelé comme aumônier de la Garde suisse pontificale?
Alain de Raemy: Il s’agit en fait d’un concours de circonstances entre deux initiatives. J’ai assisté le 6 mai à Rome aux festivités pour le 500e anniversaire de la Garde suisse pontificale. J’ai été abordé à cette occasion par l’actuel aumônier, Mgr Jehle, que je connais pour avoir vécu dans la même pension à Rome durant l’année universitaire 1984-85. Il m’a interpellé sur sa succession, en soulignant qu’on peinait à trouver un candidat répondant aux attentes du Vatican, des évêques suisses et des gardes eux-mêmes. J’ai transmis son appel au chancelier de l’évêché à Fribourg. Ce poste avait de quoi m’attirer (aussi pour mon doctorat en souffrance.), mais j’étais sûr que ce n’était pas le bon moment !
Et voila que l’évêque, Mgr Genoud, a aussi été interpellé lors de ces mêmes festivités par le Vatican sur la contribution de son diocèse à l’Eglise universelle. Ces deux appels se sont rencontrés et l’évêque a accepté de confier un de ses prêtres comme aumônier à la Garde suisse pontificale. Il a ensuite consulté le Conseil épiscopal et demandé l’accord de la Conférence des évêques suisses. Les deux instances ont salué la proposition de m’y envoyer. Ce qui a fini par me convaincre qu’il s’agissait bien d’un appel de Dieu!
Voilà 10 ans que je suis à Fribourg. Cette nomination pourra peut-être agir comme un redémarrage dans ma vie. C’est comme avec un ordinateur qui sature un peu: il convient parfois de l’éteindre pour mieux le remettre en marche.
Apic: En quoi va consister votre mission à Rome?
Alain de Raemy: La Garde pontificale est pour moi un véritable Centre Suisse de toutes les Vocations masculines. Y travailler comme aumônier, c’est saisir l’occasion – qu’aucun autre pays au monde ne peut offrir – d’accompagner des jeunes à l’heure des choix de vie dans un cadre aussi privilégié. Même s’ils sont venus avec d’autres motivations (vie militaire, occasion d’apprendre une langue ou de visiter Rome, ..), ils vivront de toute façon deux ans de questionnement au contact des multiples expressions de la foi au coeur de l’Eglise catholique.
Quant à ma mission, il est encore difficile de la définir avec précision. Je n’ai eu jusqu’à maintenant qu’un seul contact avec le commandant, qui était de passage en Suisse. Pour lui, la présence de l’aumônier est bien différente de celle des autres officiers. Il représente plus que lui-même et oriente vers Dieu. Son engagement va de la cantine à la ronde de nuit, en passant par tous les lieux de présence des gardes, sans oublier leur chapelle au coeur de la caserne.
L’aumônier doit également prendre des initiatives pour qu’aucun Garde ne passe pas à côté des découvertes culturelles, sociales et religieuses qu’il ne peut faire qu’à Rome.
Apic: Que pensez-vous apporter à ces gardes?
Alain de Raemy: Je souhaite leur apporter la joie de la foi et montrer à quel point elle peut être déterminante et bienfaisante pour tous les aspects de la vie. Pour ma part, je sais que je vais beaucoup apprendre. La Garde suisse n’est-elle pas un miroir de la jeunesse de notre pays ? Et ma fonction touche également les familles des officiers, qui comptent une petite vingtaine d’enfants. Une caserne aux allures de cour d’école : ça ne se trouve qu’au Vatican !
Apic: Après les remous de 1998, année marquée par trois décès violents, la Garde suisse pontificale vit maintenant une période faste. Elle fête cette année son 500e anniversaire et elle a été mise en évidence en 2005 avec le changement de pape. Le moment idéal pour la rejoindre .
Alain de Raemy: Tout à fait. Après les agitations du 500e, c’est le retour à la vie «normale». C’est même peut-être bien que ce retour se passe avec un nouvel aumônier. En plus, cela pourra peut-être aider à mieux faire connaître la Garde en Romandie, car elle attire une grande majorité d’Alémaniques.
Apic: Dans 10 ou 20 ans, où sera Alain de Raemy, toujours à Rome?
Alain de Raemy: Je ne crois pas. Mais Dieu seul le sait! En tout cas, je n’ai aucun projet à plus long terme. En précisant que le mandat d’aumônier est de 5 ans (éventuellement renouvelables) comme tous les mandats au Vatican,. à une heureuse exception près !
Encadré:
De Barcelone à Rome, en passant par la Suisse romande et alémanique
Né à Barcelone le 10 avril 1959, Alain de Raemy a suivi sa scolarité en espagnol, avec des compléments suisses en allemand et français. Il obtient son certificat de maturité en allemand de type B (latin/anglais), au collège d’Engelberg en 1978. Après des études de théologie à l’Université de Fribourg de 1980 à 1984, il complète sa formation en italien à Rome, à la Grégoriana et à l’Angelicum en 1984/1985, puis encore à Fribourg en 1986. Alain de Raemy est ordonné prêtre à Fribourg le 25 octobre 1986. Il est nommé tour à tour à Yverdon et Lausanne, puis retourne à Rome pour des études en vue d’un doctorat en théologie de 1993 à 1995 à la Gregoriana et à l’Angelicum. Après une place d’auxiliaire à Morges, il est nommé curé de la paroisse du Christ-Roi à Fribourg en 1996. En 2004, il devient curé et chanoine de la Cathédrale de Fribourg, avant d’être nommé curé modérateur de l’unité pastorale Notre-Dame de Fribourg, comprenant les paroisses de la Cathédrale St-Nicolas, du Christ-Roi, de St-Jean et de St-Maurice, en septembre 2005.
(apic/bb)
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