Ljubljana: Rencontre des secrétaires généraux des Conférences épiscopales d’Europe
Ljubljana/Slovénie, 2 juillet 2006 (Apic) Les flux migratoires incontrôlés en provenance d’Afrique et les réactions irrationnelles et parfois racistes de certains, partis et gouvernements, sont un motif de grande préoccupation pour les évêques catholiques d’Europe.
Réunis au siège de l’Institut culturel St-Stanislas à Ljubljana, en Slovénie, du 24 au 28 juin, les secrétaires généraux des Conférences épiscopales d’Europe se sont notamment préoccupés du sort des sans papiers. En Belgique, par exemple, ces derniers ont occupé quarante églises. Les évêques européens en provenance de 35 pays (*) ont ainsi estimé que «ce n’est qu’ensemble que nous pourrons répondre aux questions de l’Europe d’une façon éclairée». Cette rencontre, organisée par le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE) (**), était accueillie par la Conférence épiscopale slovène, et la rencontre a débuté par une célébration liturgique dans la cathédrale de Ljubljana, le jour du 15e anniversaire de l’indépendance de la Slovénie.
Abordant les questions les plus pressantes auxquelles sont confrontés aujourd’hui l’Europe et les chrétiens, les secrétaires généraux ont notamment traité de la question des migrations et la situation en ex-Yougoslavie, où se poursuit le drame du «retour impossible» des réfugiés en Bosnie-Herzégovine. Par ailleurs, les migrations en provenance des pays de l’Europe de l’Est vers ceux de l’Ouest apportent avec elles la question oecuménique.
Les migrations entraînent un pluralisme radical qui suscite des craintes et des interrogations sur la possibilité de vivre ensemble. «Comment transformer cette nouvelle réalité, caractérisée par un mélange des peuples, en opportunité ?», se sont demandés les représentants du CCEE, présidé par Mgr Amédée Grab, évêque de Coire (Suisse).
Les musulmans toujours davantage présents en Europe
Les Européens sont désormais confrontés à une présence toujours plus importante de musulmans. Il existe certes en Europe des pays d’ancienne tradition islamique comme la Turquie, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine. Mais le fait nouveau est leur présence croissante due aux flux migratoires et à l’arrivée de nombreux réfugiés. Les musulmans sont aujourd’hui près de 35 millions en Europe (contre 12 millions en 1991).
En France, il y a ainsi 5 millions de musulmans. A la suite du 11 septembre 2001, de la crise en Irak, du terrorisme, des attentats de Madrid et de Londres, de la réaction violente contre les caricatures satiriques de Mahomet, les rapports avec l’islam ont pris une connotation fortement politique.
Pour une détermination renouvelée face à l’unification de l’Europe
Les représentants du CCEE attendent une détermination renouvelée face à l’unification de l’Europe, malgré la crise provoquée par le non des Français et des Hollandais au Traité constitutionnel et le scepticisme constaté ailleurs. Les Eglises se demandent sous quelle forme le traité pourra être reformulé, si l’article 1-52 relatif au dialogue entre institutions et Eglises sera maintenu, et si la question des racines chrétiennes pourra être réintroduite.
Les secrétaires généraux des Conférences épiscopales d’Europe ont également constaté que les diverses Conférences épiscopales d’Europe Centrale et Orientale sont encore et toujours aux prises avec des concordats ou des conventions entre l’Eglise et l’Etat. Ces derniers, qui limitent souvent leur marge de manoeuvre, concernent la liberté religieuse, la reconnaissance juridique des Eglises, l’enseignement de la religion dans les écoles, les écoles catholiques, le financement des Eglises, la restitution des biens ecclésiastiques, l’assistance spirituelle dans l’armée, les hôpitaux et les prisons.
L’Eglise menacée d’être reléguée dans les sacristies
Le débat sur la laïcité et sur le rôle public de la foi est partout présent. Dans divers pays, on constate la persistance d’une attitude hostile au droit de l’Eglise d’intervenir dans l’espace public: aux yeux de certains, l’Eglise devrait être reléguée dans les sacristies. Des Conférences épiscopales insistent sur l’urgence de préparer le laïcat afin qu’il puisse devenir un protagoniste de la vie politique, en contribuant à réhabiliter la démocratie.
Dans certains pays, parler aujourd’hui de mariage entre un homme et une femme est devenu quasiment un thème «subversif», note le CCEE dans son communiqué, car les mots mari, femme, père, mère ont disparu du vocabulaire juridique pour faire place à des termes tels que «les contractants». Pour le CCEE, il est urgent de défendre la famille sur le plan pastoral, culturel, juridique et politique. Les représentants des Conférences épiscopales d’Europe considèrent encore que le scandale du trafic d’êtres humains est un «vrai signe de décadence pour l’Europe».
Face aux législations et aux projets de loi qui ne tiennent pas compte de la dignité de l’enfant et de l’embryon ou qui étendent le droit à l’euthanasie aux mineurs et aux handicapés mentaux, les Conférences épiscopales soulignent également leur «responsabilité historique» de réaffirmer la dignité inviolable de la personne humaine.
Dignité inviolable de la personne humaine
Constatant les processus contradictoires de «sécularisation et dé-sécularisation», les Eglises sont appelées à interpréter l’évolution culturelle contrastée en cours actuellement en Europe. Ainsi les effets de la sécularisation se font sentir: le nombre des chrétiens pratiquants continue à diminuer, surtout chez les jeunes. La question des vocations est devenue très problématique dans certains pays.
Mais d’autre part, on assiste à une sorte de «dé-sécularisation» caractérisée par un retour en force du sacré et de la spiritualité, et un désir authentique de redécouvrir l’Evangile et l’appartenance ecclésiale, constatent les participants à la rencontre de Ljubljana. Devant ces questions, la conscience que l’Europe a un besoin urgent d’entendre une voix commune et éclairée de la part des Conférences épiscopales grandit, peut-on encore lire dans le communiqué du CCEE.
Le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), qui fête cette année son 35e anniversaire, a été fondé, à la lumière de l’ecclésiologie du Concile Vatican II, pour se mettre au service de la tâche commune d’évangélisation des évêques d’Europe. JB
(*) Albanie, Autriche, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, France, Allemagne, Angleterre et Pays de Galles, Ecosse, Espagne, Hongrie Irlande, Italie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Portugal, Roumanie, Russie, les cinq pays scandinaves, Serbie-Macédoine-Monténégro-Kosovo, Slovaquie, Slovénie, Suisse, République Tchèque, Turquie.
(**) Le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE) réunit les présidents des 34 conférences épiscopales actuelles d’Europe. Il est présidé par Mgr Amédée Grab, évêque de Coire. Ses vice-présidents sont le cardinal Josip Bozanic, archevêque de Zagreb, et le cardinal Cormac Murphy O’Connor, archevêque de Westminster. Le secrétaire général du CCEE est Mgr Aldo Giordano, et le siège du secrétariat se trouve à Saint-Gall (Suisse) (apic/ccee/com/be)
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