«L’extrémiste musulman n’est pas un vrai musulman», déclare le cardinal Poupard

Le dialogue interreligieux à bâton rompu avec le prélat français

Rome, 4 juillet 3006 (Apic) Le cardinal français Paul Poupard estime que l’ »extrémiste musulman n’est pas un musulman authentique » et ne peut être un interlocuteur pour le dialogue entre religions, dans un entretien paru mardi dans le quotidien catholique « La Croix ».

« L’extrémiste musulman n’est pas un musulman authentique: je ne dialogue pas avec lui », a déclaré au journal français le cardinal. Le cardinal Poupard préside au Vatican le Conseil pontifical de la culture, ainsi que le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, que le pape Benoît XVI a récemment rapproché du Conseil pontifical de la culture.

Interrogé pour savoir comment le pape voit le dialogue entre les religions?, le cardinal Poupard rappelle que Benoît XVI a livré sa pensée dès le lendemain de l’inauguration de son pontificat, le 25 avril, en assurant les représentants des religions non chrétiennes que « l’Eglise désire continuer à construire des ponts d’amitié avec les fidèles de toutes les religions, dans le but de rechercher le bien authentique de chaque personne et de la société dans son ensemble ».

Le rapprochement opéré par Benoît XVI entre le Conseil pontifical de la culture et celui du dialogue interreligieux signifie-t-il que l’essentiel du dialogue se joue, dans l’esprit du pape, sur le plan des cultures? « Attention aux phrases réductrices, elles risquent de provoquer des malentendus! », relève le cardinal. Selon lui, la décision du pape est seulement d’unir pour le moment la présidence du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux à la présidence du Conseil pontifical de la culture, avec une motivation claire et toute positive: « afin de favoriser un dialogue plus intense entre les hommes de culture et les représentants des différentes religions ». Les deux conseils sont autonomes, et continuent leur travail comme toujours.

« Il ne peut y avoir de dialogue qu’entre deux êtres libres »

A propos du dialogue interreligieux et d’éventuelles conditions à ce dialogue, le cardinal fait remarquer qu’il ne peut y avoir de dialogue qu’entre des êtres libres. « Il faut donc être clair: qui est à la source de certaines privations de liberté pour nos frères chrétiens en certaines régions du monde ? Est-ce le fait des politiques, de tel ou tel religieux, ou d’une certaine culture ? Nul ne gagnerait à refuser le dialogue dans la liberté religieuse et la réciprocité. La réciprocité signifie que nous devons faire en sorte de pouvoir vivre dans le respect mutuel de nos convictions, des lieux où nous pratiquons, des rites que nous célébrons, des symboles qui les expriment ».

A quelle condition acceptez-vous de dialoguer avec l’islam? S’interroge enfin Isabelle de Gaulmyn, qui interroge de Rome le cardinal Poupart pour le quotidien catholique « La Croix », le prélat relève: « Il ne faudrait pas s’imaginer l’islam comme un bloc monolithique. Entre les sunnites et les chiites, ce sont déjà des mondes musulmans qui chacun prend des visages différents selon les pays et les régions du monde. L’exemple de l’Irak montre malheureusement combien les fractures internes peuvent être importantes. Surtout, le dialogue n’est pas une abstraction : il se fait avec des personnes, et non avec des religions. Ces personnes relèvent d’institutions différentes et de milieux de vie différents : l’islam vécu en Afrique du Nord est culturellement très différent de l’islam vécu en Indonésie ou dans les banlieues françaises. Nos interlocuteurs appartiennent au monde universitaire, au monde politique ou à la sphère des autorités religieuses. La rencontre se fait toujours à la demande et en accord avec l’Eglise locale ».

Pour le cardinal, « l’authenticité demande une spiritualité du dialogue et le désir d’une vraie rencontre. L’extrémiste musulman n’est pas un musulman authentique: je ne dialogue pas avec lui. Ce qui m’amène à préciser que le dialogue politique relève de la Secrétairerie d’Etat, avec laquelle je suis du reste en liaison constante, à la demande du Saint-Père. Normalement, les religieux sont animés d’une spiritualité, parfois d’une mystique qui ouvre un cadre spirituel favorable à la rencontre ».

Freins culturels

Aux yeux du prélat les obstacles qui freinent le dialogue entre les religions sont principalement d’ordre culturel. « Bien sûr, les a priori réducteurs si répandus sont de vrais obstacles, comme le manque de compréhension de la nature et du but du dialogue interreligieux. La sécularisation rend aussi difficile la compréhension de la nécessité – qui relève de notre foi – de dialoguer avec les fidèles des autres religions. Mais je préfère parler de défis, plutôt que d’obstacles. Dans la foi, nous sommes animés par l’espérance ». (apic/cx/idg/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/l-extremiste-musulman-n-est-pas-un-vrai-musulman-declare-le-cardinal-poupard/