« Comprendre nos racines: de la guérison à l’harmonie »
Caux, 11 août 2006 (Apic) Un « dialogue global indigène » s’est déroulé au Centre de Rencontres internationales de Caux, au-dessus de Montreux, pour marquer la Journée internationale des peuples indigènes de l’ONU. A l’initiative du mouvement « Initiatives et Changement », un dialogue autochtone global sur le thème « Comprendre nos racines: de la guérison à l’harmonie » a marqué la Journée internationale des peuple autochtones.
Cette journée a eu lieu dans le cadre du Colloque intitulé « Un dialogue franc pour une Afrique intègre et juste », qui se déroule à Caux du 7 au 17 août. Ce colloque rassemble 450 participants de 74 pays.
De la « décolonisation » à la « re-colonisation »
Selon les chiffres de l’ONU, on estime à 370 millions les personnes indigènes réparties dans 70 pays. Adelard Blackman, de la Buffalo River Dene Nation, au Canada, a peint un sinistre tableau d’une communauté qui a été obligée de passer d’un style de vie du 18ème siècle à un style de vie du 21ème siècle en tout juste vingt ans, dans l’une des dernières parties intactes au nord du pays.
« La ’décolonisation’ devrait s’appeler ’re-colonisation’ », a-t-il lancé. Il représente une nation de 1200 personnes avec un taux de chômage de 80% et un des taux de suicide les plus élevés du monde. Les diamants, l’uranium, l’entreposage de déchets, les réserves de pétrole nouvellement découvertes, tous attirent des industries détruisant leur terre. 85% des ressources naturelles du monde se trouvent sur les terres traditionnelles des peuples autochtones, a-t-il rappelé. Mais il garde l’espoir pour ses petits enfants – il veut « laisser quelque chose de bon pour eux ». Il a invité les décideurs « à penser sept générations en avant ».
Créer des ponts entre les cultures
Cardinal Lewis, un consultant en relations Indigènes, de la « Sucker Creek Cree First Nation », dans le nord de l’Alberta, au Canada, a ouvert la session en transmettant des salutations du Dialogue Indigène Global (GID) dont il est le coordinateur. Il a expliqué que le GID est « une association de base créée pour donner aux peuples autochtones les moyens de se rassembler, partager leurs expériences et agir ainsi pour la cause commune ».
Pour vivre dans la paix et l’harmonie avec tout ce qui vit sur cette Terre et pour parler d’une seule voix, l’organisation partage les expériences et crée des ponts entre les cultures. Il a souligné que le peuple autochtone n’est pas primitif. « Nous ne sommes pas dans le processus de devenir civilisés. Nous sommes pleinement développés », a-t-il insisté.
Alvin Manitopyes, de Cree-Ojibwa, au Canada, a salué l’adoption de la déclaration de l’ONU du Droit des Peuples Indigènes – après vingt ans de débats – comme un événement historique. Parlant des désastres naturels et des conflits d’un monde qui a perdu son équilibre il a affirmé que ce qui se passe à tout point de la planète touche tous les gens, partout. Des jeunes lui ont demandé comment est-il possible de guérir la Terre? « Guérissez vous vous-mêmes », a-t-il répondu.
Elena Vandakuova, du peuple Bouriate qui vit sur les berges du lac Baïkal, en Sibérie – le lieu de naissance du mouvement écologique russe – a parlé du grand projet de la Piste du Baïkal, une tentative réussie d’établir une identité culturelle par delà des séparations administratives. « Nos enfants partaient de l’endroit où ils sont nés. Maintenant ils commencent à revenir ». « Nos enfants devraient être libres de vivre où ils le désirent ».
Raymond Minniecon, travailleur social et activiste religieux aborigène australien, militant respecté pour la cause de son peuple, a joué le « didgeridoo », un instrument de musique aborigène qui remonte à l’âge de pierre, avant de parler de la culture vivante la plus ancienne du monde. Ils étaient plus d’un million d’autochtones quand l’homme blanc est arrivé en Australie en 1788. Deux siècles plus tard, il en restait seulement 490’000, « à la suite de l’incroyable oppression et du racisme ». « Mais nous avons survécu ! », a-t-il conclu. Le centre de Caux, qui marque son soixantième anniversaire cette année, a accueilli une série de cinq sessions qui se termineront le 17 août. APIC
Encadré:
Deux femmes africaines parlent de réconciliation après un grand traumatisme
Deux africaines ont parlé jeudi de leur effort pour guérir les terribles traumatismes de leur continent, dans le cadre du rendez-vous de Caux, qui rassemble 450 participants de 74 pays.
Mathilde Kaytesi du Rwanda, a passé vingt ans en exil. Elle est maintenant coordinatrice d’une ONG qui oeuvre à la réhabilitation de 100’000 prisonniers présumés coupables du génocide qui a tué un million de personnes. Il y a des centaines de milliers d’orphelins, a-t-elle dit, et le viol utilisé comme arme de guerre a résulté en grossesses et en un boom du SIDA. « Tout le système judiciaire était paralysé, les infrastructures et le tissu social détruits ». Le génocide, dit-elle, a vu des membres de la même confession s’entretuer, tuer des voisins, des collègues de travail et même des membres de leur propre famille »
Selon elle, le grand avantage de la justice traditionnelle, « Gacaca », est qu’elle peut conduire à la réconciliation et inclut la communauté entière. Les tribunaux de village ont pour but d’établir la vérité et de permettre des confessions, en échange de réductions de peines. Second témoignage, celui de Betty Bigombe d’Ouganda. Elle a été pendant dix ans la négociatrice principale et l’intermédiaire entre le gouvernement et l’Armée de la Résistance du Seigneur. Dans son pays la guerre civile a été décrite par les Nations Unies comme « la pire urgence oubliée du monde ». Entre 1,7 et 2 millions de personnes ont été déplacées et on a évalué a 30’000 le nombre d’enfants enlevés. « Les enfants étaient transformés en machines à tuer, souvent forcés à tuer des membres de leur propre famille ou de leur communauté, de sorte que rendre leur retour à la maison devenait impossible. Les filles devenaient des esclaves sexuelles. Comment s’asseoir et manger avec des gens qui ont violé et mutilé ? Comment agir avec des victimes qui à leur tour sont devenues auteurs de telles brutalités ? »
Le centre de Caux qui marque cette année son soixantième anniversaire, abrite jusqu’au 17 août une série de cinq sessions. (apic/com/as/be/pr)
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