Afrique: Un rempart solide de valeurs contre des réseaux mafieux
Caux, 13 août 2006 (Apic) Le représentant spécial de l’ONU pour la région des Grands Lacs, Ibrahima Fall, a fustigé samedi à Caux «l’économie de guerre des groupes criminels qui agissent avec des gouvernements de la région et des compagnies africaines et étrangères», au cours du Colloque qui réunit à Caux du 7 au 17 août quelque 45’ participants de 74 pays.
«Il faut construire un rempart solide de valeurs contre ces réseaux mafieux», a-t-il souligné. Il a rappelé l’image que Franz Fanon a dessiné de l’Afrique, à savoir: un pistolet, dont le Congo est la gâchette. Depuis les années soixante, les conflits les plus meurtriers du continent se sont déroulés dans cette région, y compris ce qu’on a décrit comme «la première guerre mondiale africaine».
«L’ONU a signé un contrat moral de solidarité avec le Congo depuis les fonts baptismaux», c’est à dire depuis le déploiement de la première force de maintien de la paix au Congo en 1960. Parlant de l’histoire plus récente des conflits dans la région des Grands Lacs, Ibrahima Fall a relevé : «Maintenant la page de la confrontation doit être tournée et une page de la concertation et de la coopération ouverte».
Le haut fonctionnaire international a fortement critiqué l’exploitation illégale des ressources naturelles de la RDC par un conglomérat de forces internes et extérieures qui ont systématiquement pillé les ressources minières de diamants, de cobalt, de cuivre, de coltran, d’uranium, ainsi que des ressources agricoles telles que le café, le coton et le cacao. Plusieurs pays de la région – et d’autres pays non africains – sont impliqués, directement ou indirectement, dans de tels trafics. Pour les remplacer, Ibrahim Fall a plaidé pour une politique fondée sur l’exploitation légale et la certification d’origine des ressources, ainsi que sur des «bassins transfrontaliers de développement».
Protection juridique à renforcer
Selon lui, la promotion d’un commerce régional doit passer par la certification de provenance des ressources (selon le modèle des diamants) et une protection juridique renforcée pour les dénonciateurs de l’exploitation illégale des ressources – une politique très novatrice. Cette politique, a-t-il annoncé, est en préparation et sera soumise, pour approbation, à une conférence régionale des Grands Lacs organisée en partenariat entre les Nation unies, l’Union africaine et les dirigeants de la région, la société civile, associations féminine et de jeunesse, et chambres de commerce.
Rappelant que les régions frontalières sont souvent parmi les plus pauvres et sont délaissées par les gouvernements centraux, il a présenté le projet relatif aux «bassins transfrontaliers de développement». Il faut mobiliser les ressources humaines et financières nécessaires pour créer une situation «»de non-retour à la guerre». «L’Afrique est la dernière des priorités. J’en appelle à votre aide pour mobiliser la communauté internationale», a-t-il conclu.
Fall, ancien ministre au Sénégal, est haut fonctionnaire de longue date à l’ONU ; il a servi entre autre ayant comme sous-secrétaire général aux Affaires politiques et au département des droits de l’homme. Il a pris la parole après deux jours consacrés à la résolution des conflits, avec des témoignages forts de Rwanda, de Burundi, de l’Ouganda, Sierra Leone et de la République démocratique du Congo.
Le «Dialogue franc pour une Afrique intègre et juste», thème du colloque de Caux, se situe dans le cadre d’un Agenda pour la Réconciliation au centre d’Initiatives et Changement à Caux. Le centre marque cette année son soixantième anniversaire. (apic/com/pr)
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