APIC-INTERVIEW

Alexandre Ogorodnikow, fondateur du l’»Union chrétienne-démocratique

de Russie» s’exprime sur la situation actuelle en URSS

APIC : Quand et pourquoi avez-vous fondé l’»Union chrétienne-démocratique

de Russie» et combien de membres compte votre parti ?

Alexandre Ogorodnikow : L’»Union chrétienne-démocratique de Russie» a été

fondée en 1989. En tant que chrétiens, nous voulons répondre aux questions

qui se posent dans l’Etat Soviétique et nous opposer à l’idéologie marxiste

totalitaire. L’»Union chrétienne-démocratique de Russie» est un parti tout

à fait nouveau dans notre histoire. Nous voulons soutenir la démocratie

dans notre pays et faire progresser les valeurs chrétiennes dans la société. Il nous sera ensuite possible de considérer l’Union Soviétique comme un

pays civilisé, chrétien.

Notre parti compte 2’200 membres. Ils appartiennent en majorité à la

classe intellectuelle. Il y a peu de temps, nous avons organisé à Moscou un

Congrès qui a réuni tous les partis chrétiens; nous avons fondé un Conseil

consultatif.

APIC : Quelle est la ligne de votre parti et comment se présente votre

statut juridique ?

A.O. : Nous sommes organisés différemment des partis frères de l’Ouest,

parce que nous insistons plus fortement sur le caractère chrétien. Pour

nous, c’est Dieu qui occupe la première place; la liberté vient après.

Officiellement, le parti est enregistré. Tout ce que nous publions – les

«Nouvelles de la communauté chrétienne» et le «Messager chrétien-démocrate»

– est illégal. Le KGB a fouillé notre rédaction de Moscou et détruit un ordinateur, un telefax et une camera vidéo. Entre-temps nous avons pu récupérer ce matériel. Le KGB travaille maintenant comme la Mafia. Les autorités

nous causent des ennuis et utilisent toutes sortes de moyens bureaucratiques contre nous. Lorsque nous voulons louer une salle, la réponse nous

parvient avec retard ou l’autorisation nous est en général refusée.

APIC : Recevez-vous le soutien de l’Eglise russe-orthodoxe ?

A.O. : Jusqu’ici, la hiérarchie orthodoxe a passé sous silence notre activité. Depuis peu de temps elle nous accuse d’être à l’origine de troubles

entre les orthodoxes et les uniates d’Ukraine. Le Métropolite Alexej de Leningrad nous a accusés de cela sur le premier programme de la télévision.

Naturellement nous nous sommes engagés pour que soit reconnue officiellement l’existence de l’Eglise uniate. Mais maintenant la situation en Ukraine est délicate. Nous attendons une décision du pape, qui par son autorité

pourrait résoudre le conflit. Les tensions sont entretenues par les autorités, qui craignent l’Eglise comme une force politique potentielle.

APIC : Les tensions et les empiètements en Ukraine deviennent toujours plus

importants

A.O. : Les autorités enregistrent certes aujourd’hui les communautés uniates, mais elles refusent de rendre ses bâtiments, ses églises et ses autres

biens à l’Eglise uniate, bien qu’en Ukraine de nombreuses églises soient

encore vides. Je crois que les fidèles – orthodoxes et uniates – devraient

parvenir à un accord qui fixe les célébrations de chaque communauté dans

les églises. Les Eglises pourraient ainsi se rendre utiles collectivement.

En outre, l’autorisation de bâtir de nouvelles églises devrait être délivrée s’il n’est plus possible de rendre leurs biens aux uniates. Mais la

loi ne le permet pas jusqu’ici.

APIC : Vous dites que votre parti veut faire avancer le processus de

changement. Soutenez-vous Mikhaïl Gorbatchev ?

A.O. : Nous sommes une opposition officielle et nous nous présentons ainsi.

Nous voulons également nous présenter aux élections, comme «opposition

chrétienne». C’est pourquoi nous avons un programme radical : nous demandons la séparation du Parti communiste et de l’Etat de même qu’une transformation de la loi soviétique en harmonie avec les normes internationales.

Jusqu’ici nous avons préparé un projet de loi sur la liberté de conscience.

Nous nous engageons pour l’ouverture des églises encore fermées et la libération des prisonniers de conscience.

APIC : Voulez-vous être présents au Congrès des députés du peuple ?

A.O. : Nous nous efforçons d’être présents au Parlement. Néanmoins jusqu’à

aujourd’hui nous ne sommes pas autorisés à nous faire enregistrer officiellement. Nous avons pu présenter des candidats pour les élections dans deux

circonscriptions de Moscou. Des particuliers nous soutiennent, nous et notre programme. Des organisations officielles ont peur de s’allier avec

nous, parce que nous sommes un opposition officielle et que nous nous engageons publiquement contre le communisme pour les valeurs chrétiennes. Un

membre de notre organisation est député au Parlement d’Union Soviétique. Si

nous avions un représentant du parti au Parlement, nous nous servirions de

lui pour que notre pays puisse être évangélisé aussi du haut de la tribune

parlementaire. Cela n’a cependant pas été possible jusqu’à maintenant. Nous

devons encore travailler en secret la plupart du temps, parce que les autorités n’autorisent pas notre activité officielle.

APIC : Combattez-vous pour un multipartisme en Union Soviétique ?

A.O. : Oui. Dans le nom de notre parti, «Union chrétienne-démocratique de

Russie», nous avons intentionnellement laissé tomber l’indication «Union

Soviétique» pour inviter d’autres hommes à fonder des partis semblables

dans leurs Républiques. En ce moment nous discutons à Moscou avec d’autres

groupes et d’autres forces politiques afin de mettre sur pied une opposition démocratique. De tels groupements existent déjà dans les pays baltes.

APIC : Croyez-vous au succès de la Perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev?

A.O. : Personne ne croit à la Perestroïka, car Gorbatchev désire introduire

des améliorations à l’intérieur du système communiste. Gorbatchev est catégoriquement opposé à toute forme de pluralisme. Jusqu’à aujourd’hui, il n’a

admis un pluralisme que dans le cadre de la pensée communiste, un pluralisme qui ne dépendrait que d’une seule personne. Et il tente par tous les

moyens de renforcer la dictature des communistes. Son plan : éviter une vague de grèves et, avec l’aide de l’Ouest, faire couler un sag neuf dans le

cadavre du communisme. C’est pourquoi il s’est toujours opposé à toute forme de multipartisme au sein du gouvernement.

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