Rome: 2ème interview du pape: Benoît XVI présente le côté positif de l’Eglise
Rome, 13 août 2006 (Apic) Dans la 2e interview télévisée de son pontificat, Benoît XVI évoque de multiples sujets comme le rôle positif de l’Eglise, la laïcité en Occident, l’unité des chrétiens, la situation des jeunes et des familles, le conflit en cours au Proche-Orient, son prochain voyage en Allemagne ou encore son désir de se rendre au Brésil et en Terre Sainte.
Cette interview a été accordée par le pape le 5 août 2006 à la télévision publique de Bavière, Bayerischer Rundfunk (ARD), à la chaîne publique allemande ZDF, à la chaîne d’information Deutsche Welle, ainsi qu’à Radio Vatican. L’entretien de plus d’une trentaine de minutes à été rendu public par le Bureau de presse du Saint-Siège dans la soirée du 13 août.
« Le catholicisme n’est pas une somme d’interdits, mais une option positive », affirme Benoît XVI dans l’entretien en allemand enregistré le 5 août dernier dans sa résidence de Castel Gandolfo. Le pape, interrogé sur les prises de position négatives de l’Eglise en matière de morale sexuelle, estime « qu’il faudrait corriger l’image selon laquelle nous (l’Eglise, ndlr) ne faisons que semer autour de nous des ’non’ catégoriques ». Il souhaite ainsi « que notre monde laïciste se rende compte que la foi chrétienne n’est pas une entrave, mais un pont pour le dialogue avec les autres mondes », car « il est erroné de croire que la culture purement rationnelle, en vertu de sa tolérance, dispose d’une approche plus facile avec les autres religions ».
Pour le pape, « le vrai problème, dans la conjoncture historique actuelle, c’est le déséquilibre entre la croissance incroyablement rapide de notre potentiel technique et celui de nos capacités morales, qui n’ont pas grandi de manière proportionnelle ». Ainsi, « la vraie recette c’est la formation de la personne humaine » car, « si on se limite à propager uniquement le know how (le savoir-faire, ndlr), si on enseigne seulement la façon de construire et d’utiliser les machines, et le mode d’emploi des contraceptifs, alors il ne faut pas s’étonner si on finit par se retrouver avec des guerres et des épidémies de SIDA ».
Benoît XVI soutient aussi que l’unité des chrétiens passe par l’engagement, « tous ensemble, à clarifier, trouver et mettre en pratique les grandes lignes directrices éthiques afin de garantir la consistance éthique de la société, sans laquelle cette société ne pourra pas réaliser l’objectif ultime de la politique, qui est justice pour tous, paix et convivialité ». Il convient ensuite, pour les chrétiens, de « témoigner Dieu dans un monde qui a du mal à le trouver ». Selon le pape allemand, ce faisant, « nous n’arriverons peut-être pas très vite à des manifestations extérieures d’unité, mais nous pourrons mûrir vers une unité intérieure qui, si Dieu le veut, portera un jour aussi à des formes extérieures d’unité ».
Vague « d’illuminisme drastique ou de laïcité »
Concernant le monde occidental, le pape estime qu’il est marqué par une « nouvelle vague d’illuminisme drastique ou de laïcité ». C’est un monde où « il est devenu plus difficile de croire, puisque le monde où nous nous trouvons, nous le faisons par nous-mêmes, et Dieu, pour ainsi dire, n’y comparaît plus directement ». Selon lui, « l’Occident est aujourd’hui fortement touché par d’autres cultures où l’élément religieux d’origine est très marqué, et qui sont horrifiées par la froideur qu’elles constatent en Occident à l’égard de Dieu ».
La présence du sacré dans d’autres cultures, « même si elle est voilée de diverses façons, touche à nouveau le monde occidental », explique encore Benoît XVI pour qui, par ailleurs, « le besoin de quelque chose ’de plus grand’ est en train de poindre du plus profond de l’homme occidental ».
L’entretien accordé par Benoît XVI à certains médias allemands se situait dans l’objectif de son prochain voyage en Bavière, du 9 au 14 septembre 2006. « Le motif de ma visite c’est mon désir de revoir encore une fois les lieux, les personnes auprès desquelles j’ai grandi, qui m’ont marqué et qui ont façonné ma vie », précise le pape.
Souhaitant aussi adresser, lors de ce voyage, « un message qui aille au-delà » de sa terre natale, il entend centrer ses interventions sur le besoin de « redécouvrir Dieu ». Le pape se confie aussi sur le caractère de son peuple, soulignant que « les Allemands ne sont pas seulement réservés, ponctuels et disciplinés, mais ils sont aussi spontanés, gais, accueillants ».
Interrogé sur le rythme de ses voyages, Benoît XVI confie ne pas se sentir « assez fort pour programmer de nombreux grands voyages » mais souhaite aller là où il pourra « apporter un message ou – pour ainsi dire – répondre à un vrai désir ». Evoquant les voyages « déjà prévus », il affirme qu’il se rendra « l’année prochaine au Brésil » pour la rencontre du Conseil épiscopal Latino Américain (CELAM) mais aussi en Autriche, très probablement au sanctuaire marial de Mariazell. Il exprime enfin son désir de se rendre « en Terre Sainte », qu’il espère « pouvoir visiter en temps de paix ».
Emigration des chrétiens
L’émigration massive des chrétiens d’Orient préoccupe le souverain pontife qui pointe « le grand danger que les lieux d’origine du christianisme se vident de leurs chrétiens ». « Je pense, affirme-t-il, que nous devons les aider à rester ». Le désir de paix au Proche-Orient, en plein conflit Israélo-Libanais, est aussi évoqué par le pape, dans un bref passage déjà publié par le Bureau de presse du Saint-Siège au jour même de l’entretien, le 5 août.
Benoît XVI y souhaite que « soient mobilisées toutes les forces qui reconnaissent que la guerre est la pire des solutions pour tous » et invite « les politiciens » à tout faire pour que la paix « puisse se réaliser le plus vite possible et surtout d’une manière durable ».
« On réfléchit beaucoup » sur la responsabilité des femmes dans l’Eglise, avoue par ailleurs Benoît XVI, qui souhaite qu’elles cherchent, avec les hommes, « leur juste place ». Notant qu’il existe un « problème juridique » concernant leur pouvoir dans l’Eglise, Benoît XVI se dit confiant qu’elles « sauront déblayer le terrain » grâce à « leur élan et leur force », « leur supériorité », et « leur puissance spirituelle ».
« Nous devrions essayer de nous mettre à l’écoute de Dieu, afin de ne pas entraver ce mouvement, mais au contraire nous réjouir que l’élément féminin obtienne dans l’Eglise la place pleine d’efficacité qui lui convient », déclare encore le pape. Ce dernier invite aussi les jeunes à avoir « le courage des décisions définitives (.) face au risque de s’engager pour la vie entière, aussi bien dans le mariage que dans le sacerdoce ».
Concernant la vie de l’Eglise, Benoît XVI confirme qu’il souhaite tenir « de manière régulière » des consistoires. Il entend « développer » ces réunions de cardinaux, notant que « même quand il n’y a pas à proprement parler un ordre du jour, on peut discuter ensemble des problèmes actuels, chercher des solutions ». Le pape précise aussi qu’il a souhaité « décentraliser » de Rome les messes de béatifications afin que « ces figures soient plus visibles dans les lieux spécifiques de leur appartenance ».
A propos de questions plus personnelle
Enfin, au terme du long entretien, Benoît XVI se confie plus personnellement et, interrogé pour savoir si l’on peut affirmer que son rôle lui plait et qu’il n’est pas un poids pour lui, il avoue que « ce serait aller trop loin, parce qu’en fait c’est fatigant ». Il confie ne pas être « le genre d’homme qui a toujours une blague à raconter », mais « trouve qu’il est très important de savoir cueillir les côtés amusants de la vie et sa dimension joyeuse et de ne pas tout prendre de façon tragique ». C’est, selon lui, une attitude « nécessaire » dans son ministère. A propos de sa personnalité, souvent « sectionnée » par les observateurs en fonction des différentes époques de sa vie, Benoît XVI explique que si sa « personnalité de base » et sa « vision de base » se sont « développées », elles sont cependant « restées identiques dans tout ce qui est essentiel ». « Je me réjouis que l’on mette aujourd’hui en avant des aspects qui n’avaient pas été remarqués auparavant », reconnaît-il.
La première interview du pape allemand, également réalisée à Castel Gandolfo, mais en italien, avait porté sur la figure de Jean-Paul II. Elle avait été accordée par le pape le 20 septembre 2005 à la télévision d’Etat polonaise TVP et diffusée dans la soirée du 16 octobre 2005, jour du 27e anniversaire de l’élection de son prédécesseur. (apic/imedia/ami/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse