Suisse: La Coalition pour une Suisse humanitaire contre la nouvelle loi sur l’asile
Berne, 14 août 2006 (Apic) La Coalition pour une Suisse humanitaire a lancé lundi à Berne sa campagne contre la loi sur l’asile révisée, que le peuple suisse est appelé à voter le 24 septembre prochain. Ce rassemblement de milieux d’Eglise, d’oeuvres d’entraide et de défense des droits humains, estime que la nouvelle loi sur l’asile est «inhumaine, inutile et coûteuse».
Pour convaincre le peuple suisse de voter non le 24 septembre, la Coalition compte notamment sur un comité qui réunit quelque 80 personnalités, dont l’ancien président du Comité international de la Croix Rouge (CICR) Cornelio Sommaruga, et l’historien Jean-François Bergier. Daniel Bolomey, secrétaire général de la section suisse d’Amnesty International, a ainsi estimé que le texte soumis au peuple «exagère l’ampleur des abus» commis par les requérants d’asile. Il néglige de plus le problème de la négociation d’accords de réadmission avec les pays d’origine et de la collaboration avec l’Union européenne pour résoudre le problème des renvois.
Les 36 organisations de la société civile réunies au sein de la Coalition – ONG, oeuvres d’entraide, dont l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) et la Fondation Terre des Hommes, les Eglises, des associations de femmes et de jeunesse, des organisations de défense des droits humains comme Amnesty International, – ont ouvert lundi leur campagne. En dépit d’un sondage d’Isopublic publié dans la presse dominicale, selon lequel une majorité de Suisses serait favorable au durcissement de la loi sur l’asile. Actuellement, 43% des personnes interrogées sont pour la loi. 30% la rejettent. Et 27% sont encore indécis.
Au cours de leur conférence de presse, les membres de la Coalition pour une Suisse humanitaire ont estimé que la loi révisée est irrespectueuse de la dignité humaine, coûteuse et inutile. Les initiateurs de la campagne ont voulu restituer «son vrai visage à une réalité de l’asile travestie par les partisans de la révision de loi».
Un «faux remède», selon «Justice et Paix»
Thomas Wallimann, membre de la Commission «Justice et Paix» de la Conférence des évêques suisses, a qualifié de «faux remède» la prétention selon laquelle la nouvelle loi permettra de mettre fin aux abus. Le respect de la dignité humaine est «une valeur centrale de la foi chrétienne, de notre culture et de notre système juridique» a-t-il relevé de concert avec Dölf Weder, président du Conseil de l’Eglise évangélique réformée de St-Gall.
Dans la Suisse entière, un cercle toujours plus grand de personnes apporte son soutien à la Coalition, ont souligné les militants. Pour eux, la loi sur l’asile révisée «fait peu de cas de la dignité humaine, pénalise les personnes qui ne devraient pas l’être, encourage l’illégalité, met les cantons sous pression, bref, coûte cher et ne sert à rien».
Ainsi, la loi révisée est irrespectueuse de la dignité humaine parce qu’elle traite comme des délinquants des personnes qui ne font que chercher une protection. De plus, la loi ne sanctionne pas ceux qu’il faudrait: «il est indifférent aux personnes voulant abuser de leur présence qu’on n’entre pas en matière sur leur demande d’asile – or la révision de loi n’apporte aucune possibilité supplémentaire pour les renvoyer. Mais les personnes dépourvues de papiers justement parce qu’elles ont dû fuir le danger dans la précipitation subiront, elles, les conséquences de ce durcissement». D’autre part, la loi encourage l’illégalité car elle pousse les requérants déboutés à se fondre dans le paysage au lieu de soutenir leur retour.
Son entrée en vigueur n’apporterait par contre pas l’once d’une solution aux difficultés réelles car la loi ignore les moyens réellement efficaces pour le retour des requérants déboutés: accords de réadmission avec les pays d’origine, collaboration avec l’UE, aide au retour.
Contrairement à ce que tentent de faire valoir les partisans de la loi sur l’asile révisée, celle-ci n’est pas conforme au droit international et à la Constitution, a rappelé la Coalition. Une appréciation qui est non seulement celle du Commissaire européen aux droits de l’homme et de professeurs de droit tels Jörg Paul Müller ou Walter Kälin, mais qui était aussi celle du Conseil fédéral lui-même «avant l’entrée en lice avec tambours et trompettes du conseiller fédéral Blocher».
Avec cette révision, la législation suisse en matière d’asile serait plus restrictive que celle des Etats voisins. Le projet de directive européenne sur la détention pour le renvoi prévoit par exemple que celle-ci ne puisse intervenir qu’en dernier recours et pour une durée maximale d’un an. La révision aménage pour sa part une large palette de motifs de détention et une durée maximale de deux ans, rappelle la Coalition.
Sur les quelque 530’000 demandes d’asile rejetées depuis 1964, «plus d’une erreur tragique a été commise qui a entraîné le renvoi de réfugiés dans les bras de leurs bourreaux». La conférence de presse a permis aux Eglises et aux oeuvres d’entraide de rappeler qu’elles connaissent au plus près la réalité des requérants d’asile et des réfugiés. «Leurs activités les amènent à être fréquemment en contact avec ces personnes – ce qui n’est pas le cas des politiciens et politiciennes qui ont souscrit à la révision».
En réponse au reproche d’hypocrisie et de naïveté formulé par le Conseiller fédéral Christoph Blocher (UDC) à l’encontre des Eglises, le théologien Thomas Wallimann a rappelé que les convictions chrétiennes ne valent pas seulement pour la prédication du dimanche. «Le 24 septembre, il en ira de la politique – non de politique partisane, mais de participation à notre cohabitation commune, une pierre d’angle de la vie chrétienne». (apic/com/be)
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