Rwanda: Une Rwandaise violée à 6 ans est répudiée à 18 ans
Kigali, 15 août 2006 (Apic) Une Rwandaise violée à 6 ans est répudiée à 18 ans. Cela à cause de sa séropositivité. Le 13 août s’ouvre à Toronto, au Canada, à des milliers de km, un congrès international sur le sida. La jeune fille n’y sera pas. Et une fois de plus les spécialistes se pencheront sur le sujet. Pour discuter.
D’abord, ils ont tué sa mère et son frère, âgé de trois ans. Ensuite, ils l’ont violée. C’était en 1994, le génocide au Rwanda était à son paroxysme et la petite fille de six ans fuyait Kigali avec sa famille. Douze ans plus tard, « Anne-Marie » va à l’école à Byumba, dans le nord du Rwanda. Elle ne souhaite pas que l’on révèle son vrai prénom. Elle ne souhaite pas que les gens de sa nouvelle école sachent qu’elle est séropositive.
A 18 ans, elle vit toujours, grâce aux traitements antirétroviraux. Les bons jours, elle chante à la chorale de l’Eglise presbytérienne et rêve de devenir médecin. Les mauvais jours, elle veut laisser tomber les médicaments et disparaître. La famille de son père l’a répudiée, elle n’a pas le droit de manger dans les belles assiettes en porcelaine de sa tante et ses cousins ont l’ordre de ne pas jouer avec elle. Les mauvais jours, elle pleure sa mère.
Les médicaments antirétroviraux subventionnés par le gouvernement la maintiennent en vie mais il a fallu persuader Anne-Marie d’aller à l’hôpital pour les tests et le traitement. « Que vont faire les gens s’ils me voient là-bas ? », s’inquiète-t-elle. Malgré tout, les flacons de pilules la trahissent, tout comme les effets secondaires du traitement : les crises d’urticaires sur ses mains et ses jambes, le nez qui coule, les convulsions.
Chaque semaine, des membres de sa famille font deux heures de minibus et de moto depuis Kigali jusqu’à l’école d’Anne-Marie dans le nord du Rwanda pour lui apporter les aliments riches en éléments nutritifs et les vitamines dont son corps à besoin pour que le traitement soit efficace.
Tenir les promesses
Le 13 août, le Congrès international sur le sida s’ouvre à Toronto, rassemblant environ 20’000 participants: responsables, chercheurs, fournisseurs de soins de santé, militants et autres. Anne-Marie n’y sera pas. Pourtant, ce qui va se passer dans cette ville canadienne bien loin du Rwanda la concerne. Sa survie dépend des avancées de traitement et son futur dépend de la déstigmatisation de sa condition.
Julienne Munyaneza, Rwandaise tout comme Anne-Marie, travaille pour l’Association mondiale pour la communication chrétienne (WACC) et rappelle les promesses faites par les gouvernements et les Nations Unies de garantir un accès universel à des sources abordables et sures de médicaments antirétroviraux d’ici à 2010.
« Ces promesses doivent être tenues », a déclaré Julienne Munyaneza, qui a décidé de s’impliquer dans les initiatives d’inspiration religieuse afin d’éliminer la stigmatisation et de militer pour l’accès universel aux traitements antirétroviraux à cause de tous les anonymes comme Anne-Marie, « Les absents, ceux qui ne peuvent pas être là, ceux qui ne peuvent pas s’exprimer. C’est pourquoi il est important que nous soyons là pour eux ». (apic/eni/pr)
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