Israël a délibérément détruit des infrastructures civiles

Lausanne: Nouveau rapport d’Amnesty International sur le Proche-Orient

Lausanne/Londres, 22 août 2006 (Apic) Dans la récente guerre menée contre le Liban, dans le conflit qui l’a opposé au Hezbollah, «Israël a pratiqué une politique de destruction délibérée des infrastructures civiles». En rendant public ce mercredi les résultats de ses investigations en Israël et au Liban, Amnesty International affirme que les pratiques d’Israël se sont traduites dans certains cas par des crimes de guerre.

La destruction par Israël de milliers d’habitations, ainsi que les frappes qui visaient de nombreux ponts et routes et des installations de stockage de l’eau et du carburant, ont fait partie intégrante d’une stratégie militaire au Liban. Pour l’organisation de défense des droits humains, ces destruction ne constituaient pas des «dommages collatéraux» résultant de la prise pour cibles légitime d’objectifs militaires.

Le rapport publié mercredi 23 août par Amnesty International renforce la nécessité de l’ouverture urgente par les Nations unies d’une enquête exhaustive et indépendante sur les graves violations du droit international humanitaire dont se sont rendus coupables le Hezbollah et Israël pendant le conflit qui les a opposés un mois durant.

Des affirmations israéliennes " erronées» et des «crimes de guerre»

«L’affirmation par Israël que les attaques des infrastructures étaient légales est de toute évidence erronée, a déclaré Kate Gilmore, secrétaire générale adjointe exécutive d’AI. Nombre de violations décrites dans notre rapport, telles que des attaques disproportionnées et menées sans discrimination, constituent des crimes de guerre.

Les éléments suggèrent fortement que la destruction massive de centrales d’eau et d’électricité et d’infrastructures indispensables au transport de la nourriture et de l’aide humanitaire «était délibérée et s’inscrivait dans une stratégie militaire», poursuit AI.

Le gouvernement israélien a affirmé qu’il prenait pour cibles les positions et les installations auxiliaires du Hezbollah et que les autres dommages occasionnés aux infrastructures civiles étaient dus au fait que le Hezbollah avait utilisé la population civile comme «bouclier humain». Mais Kate Gilmore rétorque que le mode, l’étendue et l’intensité des attaques «ôtent toute crédibilité à l’affirmation d’Israël selon laquelle il s’agirait de dommages collatéraux».

Le rapport rendu public ce mercredi par AI s’appuie sur des informations de première main que l’organisation a rassemblées lors des entretiens avec des dizaines de victimes, de représentants des Nations unies, des Forces de défense d’Israël (FDI) et du gouvernement libanais qu’elle a réalisés au cours de missions de recherche récentes au Liban et en Israël. Certaines informations du rapport proviennent de déclarations officielles et de la presse.

Le rapport contient des éléments faisant état: de la destruction massive par les forces israéliennes de quartiers et de villages civils; d’attaques de ponts dans des zones n’ayant pas d’importance stratégique flagrante; d’attaques de stations de pompage et de traitement des eaux et de supermarchés, en dépit de l’interdiction de prendre pour cibles des objectifs indispensables à la survie de la population civile; de déclarations de responsables militaires israéliens indiquant que la destruction d’infrastructures civiles faisait effectivement partie des objectifs de la campagne militaire israélienne visant à dresser la population et le gouvernement libanais contre le Hezbollah.

Pour une enquête exhaustive de l’ONU

Le rapport décrit un modèle d’attaques disproportionnées et menées sans discrimination, qui ont provoqué le déplacement de 25% de la population civile libanaise. Amnesty International lance un appel en faveur de l’ouverture de toute urgence par les Nations Unies d’une enquête exhaustive, indépendante et impartiale sur les violations du droit international humanitaire commises par les deux parties au conflit.

Amnesty demande que l’enquête porte en particulier sur les conséquences de ce conflit sur la population civile. Elle devra avoir pour objectif de déterminer la responsabilité des individus dans les crimes de droit international qui ont été commis et d’accorder des réparations aux victimes. (apic/ai/be)

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