Palestine: Cocktails molotov contre la maison d’un activiste chrétien de Bethléem
Bethléem, 23 août 2006 (Apic) Samir Qumsieh, fondateur de la télévision chrétienne « Al-Mahed » (la Nativité) à Bethléem, est à nouveau dans le collimateur des islamistes. Propriétaire et directeur de l’unique télévision privée chrétienne en Palestine, il est l’objet d’intimidations et de menaces. La semaine dernière, des cocktails Molotov ont été lancés contre sa maison. Malgré ses appels aux autorités palestiniennes – restés vains jusqu’à maintenant – , la pression des islamistes s’accentue.
En effet, d’après l’agence de presse catholique AsiaNews, l’agence de l’Institut pontifical des Missions étrangères (PIME) basée à Milan, les menaces de mort contre Samir Qumsieh se font toujours plus précises. Préoccupé par le sort de sa famille et de sa station de télévision, le journaliste a déjà demandé à plusieurs reprises l’intervention des autorités, mais il semble qu’elles continuent de rester sourdes à ses appels.
Fondateur en 1996 de l’émetteur « Al-Mahed », à Bethléem, Qumsieh a déclaré à AsiaNews qu’il vivait désormais sous de constantes menaces contre sa vie et celle des siens. Il risque de devoir fermer sa station de TV, appréciée des responsables de la communauté chrétienne de Terre Sainte. Dans le passé, Samir Qumsieh n’avait pas hésité à dénoncer à plusieurs reprises les violences contre les chrétiens de Terre Sainte, comme le 4 septembre dernier quand des jeunes musulmans se sont livrés au saccage dans la bourgade chrétienne de Taybeh.
Cette petite ville de 1’500 habitants, chrétienne en totalité – de rite byzantin, orthodoxe et latin – se trouve en en Cisjordanie, à 15 km de Ramallah et 30km de Jérusalem. Les jeunes, qui accusaient un commerçant chrétien d’avoir eu une relation avec une femme musulmane du village voisin, ont incendié plusieurs maisons en « représailles ». (Cf. www.taybeh.info).
Il y a quelques jours, Samir Qumsieh s’est adressé au gouverneur de la ville, Salah al Taamari, pour lui demander de faire la lumière sur l’attentat dont il a été victime durant la nuit du 17 août dernier. Des personnes non identifiées ont jeté des cocktails molotov dans le jardin de sa maison, et c’est « seulement par miracle – raconte l’activiste chrétien – que l’on a pu éviter la catastrophe: une des bouteille est tombée sur l’herbe humide, causant de légers dégâts, tandis que l’autre n’a pas explosé ».
Selon AsiaNews, ce n’est là qu’un épisode d’une longue série d’agressions contre les chrétiens devenus minoritaires à Bethléem. Samir Qumsieh dénonce le fait que des tracts diffamatoires et menaçants le visant ont été à plusieurs reprises distribués et que malgré ses nombreuses requêtes pour découvrir les coupables, « les forces de sécurité n’ont jamais agi ».
Malgré les menaces, « les forces de sécurité n’ont jamais agi »
Dans une lettre envoyée au gouverneur de Bethléem, et également aux responsables de la sécurité locaux et aux leaders chrétiens, le journaliste estime que les menaces qui lui sont adressées sont un « phénomène grave et dangereux, qu’il faut prendre très au sérieux ».
Mais c’est également la télévision chrétienne Al-Mahed qui risque de devoir fermer, faute de fonds. Les « Born Again », des groupes évangéliques d’origine américaine très engagés dans la défense de la politique israélienne, tout comme les islamistes du Hamas, seraient intéressés à racheter sa station pour la transformer à leur façon. Cette TV privée, dont le siège se trouve à quelques mètres de la basilique de la Nativité, entend pour le moment construire des ponts entre chrétiens, juifs et musulmans, et cela ne plaît pas aux extrémistes des deux bords. JB
Les chrétiens de Palestine, comme une peau de chagrin
Face la difficile réalité quotidienne de l’occupation israélienne et de la montée de l’islamisme, la minorité chrétienne de Terre Sainte fond à vue d’oeil. « Nous ne sommes effectivement plus que le 2% de la population, répartis entre 13 dénominations, qui regroupent catholiques, orthodoxes et réformés », témoigne l’archimandrite Mtanios (Antonius) Haddad. Vicaire patriarcal grec melkite catholique de Jérusalem, Mgr Haddad, successeur de Mgr Lutfi Laham, élu patriarche d’Antioche sous le nom de Grégoire III, a déclaré à l’Apic que durant la deuxième intifada – la révolte palestinienne – qui a commencé en l’an 2’000, l’émigration des chrétiens a été notable.
« Certes, les musulmans partent aussi, mais pour nous, comme petite minorité, l’impact de chaque départ se fait douloureusement sentir. A l’heure actuelle, l’émigration touche plus spécifiquement la Cisjordanie: Jérusalem, les villes de Bethléem, Beit Sahour, Beit Jallah, dans une moindre mesure Ramallah, Taybeh », assure-t-il. A cause des événements – que ce soit la situation d’occupation militaire, les pressions politiques, économiques ou religieuses – des familles entières ont pris le chemin de l’exil. « Mais c’est difficile à chiffrer, car nombreux sont ceux qui ont gardé une partie de leurs biens sur place. Certains veulent posséder une deuxième nationalité – américaine, canadienne, européenne – et font l’aller et retour. On espère qu’ils reviendront, mais plus le temps dure, plus ils sont tentés de s’installer définitivement à l’étranger. A Bethléem, il ne reste plus que 30% de chrétiens ».
Mgr Mtanios Haddad reconnaît que la minorité chrétienne subit des pressions de la part des fondamentalistes islamiques. « S’ils sont certes minoritaires parmi les musulmans, ces fanatiques se manifestent tout de même et aimeraient vivement que les chrétiens se convertissent ou émigrent. Mais les chrétiens résistent et n’ont pas peur, car le courant musulman majoritaire est pacifique et notre vocation est de rester comme chrétiens arabes palestiniens en Terre Sainte ». (apic/asianews/be)
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