Un an après la rencontre avec le pape Benoît XVI

Rome: L’évêque intégriste Bernard Fellay ne voit pas de progrès substantiel avec le Vatican

Rome, 28 août 2006 (Apic) L’évêque traditionaliste valaisan Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, ne voit pas de progrès substantiel dans le processus de réconciliation avec le Vatican un an après sa rencontre avec le pape Benoît XVI.

Dans une interview téléphonique avec l’agence de presse catholique américaine CNS, le chef de file des traditionalistes catholiques a révélé qu’après que les termes d’un possible accord aient été discutés avec des cardinaux et des responsables de la curie romaine au printemps dernier, «il n’y a pas eu de développement» dans ce domaine.

«Je pense que probablement le pape aimerait que les choses aillent plus vite, mais il fait probablement face à une forte opposition venant des cardinaux, de l’intérieur», a-t-il confié à CNS. Raison pour laquelle actuellement il n’y a pas beaucoup de choses qui se passent dans quelque direction que ce soit, a-t-il poursuivi.

Lente reprise du dialogue

Le 29 août 2005, Mgr Fellay était reçu avec l’abbé Franz Schmidberger, son premier assistant général au sein de la Fraternité St-Pie X, par le pape Benoît XVI à Castel Gandolfo. Le pape avait ainsi repris le dialogue avec les catholiques intégristes qui avaient suivi Mgr Lefebvre dans le schisme d’Ecône en 1988.

Selon ses propres données, la Fraternité traditionaliste, qui traverse actuellement une période de crise interne, regroupe plus de 440 prêtres et dispose de plus de 150 prieurés dans 31 pays sur tous les continents. La Fraternité dit regrouper 200’000 fidèles, dont 100’000 en France. Contrairement aux apparences, ce n’est pas le retour de la messe en latin qui fait problème, mais le refus par les traditionalistes des enseignements du Concile Vatican II, notamment ceux qui concernent l’oecuménisme et le dialogue interreligieux.

La rencontre de l’an dernier avec le pape avait suscité bien des spéculations sur une possible réconciliation. Le pape Benoît XVI réfléchit en effet depuis un bon bout de temps à la réintégration de la Fraternité Saint Pie X dans l’Eglise catholique. Mais le mois dernier déjà, Mgr Fellay, «dans un souci de clarté la plus grande possible», et dans le souci d’éviter «tout faux espoir ou toute illusion», avait tenu à mettre les choses au point. Lors du chapitre général du mois de juillet à Ecône, Mgr Bernard Fellay, âgé de 48 ans, a été réélu supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X pour douze ans.

Feu sur la tendance «néo-moderniste et néo-protestante» du Concile

A cette occasion, une «Déclaration du chapitre» a été publiée à l’unanimité à l’issue du 3ème Chapitre général, tenu du 3 au 15 juillet 2006 à Ecône, en Valais. Elle rappelle «la ferme résolution» de la Fraternité sacerdotale saint Pie X de poursuivre son action «Dieu aidant, dans la ligne doctrinale et pratique tracée par son vénéré fondateur, Mgr Marcel Lefebvre». La Fraternité fait «pleinement siennes» les multiples critiques de Mgr Lefebvre envers le Concile Vatican II et ses réformes, dénonçant la tendance «néo-moderniste et néo-protestante» que Rome a manifestée à cette occasion.

La déclaration rappelle que dans les échanges qu’elle a eus ces dernières années avec Rome, la Fraternité relève la nécessité des deux préalables pour elle indispensables: «la liberté entière et sans conditions pour la messe tridentine et le retrait du décret d’excommunication des quatre évêques de la Fraternité».

Elle relève que si ces conditions sont remplies, la Fraternité attend la possibilité de discussions doctrinales «dans le but de faire résonner plus fortement dans l’Eglise la voix de la doctrine traditionnelle». En effet, souligne-t-elle, les contacts qu’elle entretient épisodiquement avec les autorités romaines «ont pour seul but de les aider à se réapproprier la tradition que l’Eglise ne peut renier sans perdre son identité». Elle affirme ne pas viser la recherche d’un avantage pour elle-même, ou l’obtention d’un «impossible ’accord’ purement pratique».

Cependant, on note, du côté de Rome, que pour réintégrer l’Eglise catholique, les disciples de Mgr Lefebvre devraient reconnaître la validité du Concile Vatican II et de ses enseignements. Il n’est pas certain que tous, au sein de la Fraternité divisée en différentes tendances plus ou moins rigides, acceptent cette condition. Notons encore que la Fraternité Saint Pie X a l’intention de présenter au pape «un bouquet spirituel d’un million de chapelets» pour la fin du mois d’octobre, le mois du Rosaire.

Les chapelets, qui se veulent «une véritable croisade du Rosaire», seront récités notamment pour obtenir «du ciel, pour le pape Benoît XVI, la force nécessaire afin qu’il libère totalement la sainte messe de toujours, dite de saint Pie V». JB

Encadré

Un certain optimisme du côté de Rome

Le futur cardinal secrétaire d’Etat du Saint-Siège, Tarcisio Bertone – il succédera le 15 septembre prochain au cardinal Angelo Sodano à la tête de la Secrétairerie d’Etat du Vatican – se veut toutefois optimiste. Le religieux salésien âgé de 71 ans se dit «tout de même convaincu» que s’il y a une volonté sincère de revenir dans la pleine communion avec le Saint-Siège de la part des Lefebvristes, «il ne sera pas difficile de trouver les moyens adaptés pour obtenir ce résultat». Et ceci, «particulièrement après l’audience historique accordée l’an dernier par Benoît XVI à Mgr Fellay», l’actuel supérieur de la Fraternité séparée de Rome, déclarait-il dans une interview accordée au mensuel italien «Trenta Giorni» de juillet-août 2006.

En 1988, Mgr Tarcisio Bertone a fait partie d’un groupe d’experts assistant le cardinal Ratzinger dans les discussions avec Mgr Marcel Lefebvre, le responsable de la Fraternité traditionaliste saint Pie X, en désaccord avec Rome. Ils ont tenté en vain d’éviter le schisme, mais Mgr Lefebvre n’avait pas cédé. «Il s’est agi d’une expérience très pénible et intéressante, même si le résultat n’a pas été positif», reconnaît désormais le cardinal Bertone, qui va quitter son poste d’archevêque de Gênes. (apic/cns/imedia/com/be)

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