Regrets dimanche lors de la prière de l’angélus

Rome: Le pape vivement attristé par les réactions suscitées par ses propos sur l’islam

Rome, 17 septembre 2006 (Apic) Le pape s’est dit «vivement attristé» par les réactions suscitées par ses récents propos sur l’islam, dimanche, lors de la traditionnelle prière de l’angélus, alors que l’agitation dans les pays musulmans ne s’est toujours pas calmée.

La presse turque, où le pape se rend en visite pastorale en novembre prochain, et celle des pays du Golfe, ont jugé dimanche «insuffisants» les regrets du pape Benoît XVI pour ses propos sur l’islam. Plusieurs gouvernements de pays musulmans continuent à réclamer des excuses formelles de la part du souverain pontife pour apaiser la colère de la rue.

Benoît XVI s’est dit «vivement attristé» par les réactions suscitées par ses propos sur l’islam tenus la semaine dernière à Ratisbonne, en Bavière, dans son message lors de la prière de l’angélus, le 17 septembre 2006, à Castel Gandolfo. Il s’agissait de la citation d’un texte moyenâgeux «qui n’exprime d’aucune façon ma pensée personnelle», a précisé le pape, revenant sur son discours du 12 septembre prononcé devant plusieurs centaines d’universitaires et chercheurs à l’Université de Ratisbonne.

«En ce moment, je désire seulement ajouter que je suis vivement attristé par les réactions suscitées par un bref passage de mon discours à l’Université de Ratisbonne, considéré comme offensant pour la sensibilité des croyants musulmans, alors qu’il ne s’agissait que d’une citation d’un texte médiéval, qui n’exprime d’aucune façon ma pensée personnelle», a ainsi déclaré le pape devant une foule de fidèles assemblés au bas du palais apostolique de Castel Gandolfo.

Une invitation au dialogue franc et sincère

Le pape faisait référence à son long discours sur la foi et la raison, prononcé dans l’après-midi du 12 septembre, devant les représentants du monde scientifique à Ratisbonne. Au début de sa longue dissertation, il avait mentionné les propos au sujet de l’islam d’un empereur byzantin du XIVe siècle, Manuel II Paléologue. «Hier, le cardinal secrétaire d’Etat a rendu publique, à ce sujet, une déclaration dans laquelle il a expliqué le sens authentique de mes paroles», a-t-il rappelé, mentionnant la déclaration du cardinal Tarcisio Bertone synthétisant en cinq points la pensée de l’Eglise et du pape au sujet de l’islam.

«J’espère que cela contribuera à apaiser les esprits et à clarifier le sens véritable de mon discours, qui, dans son ensemble, était et est une invitation au dialogue franc et sincère, avec un grand respect réciproque».

Les propos du pape ont été accueillis chaleureusement par la foule de fidèles assemblés sous la pluie autour du palais apostolique de Castel Gandolfo. «Merci à vous tous, vous m’encouragez !», a lancé le pape sous les acclamations. Il a passé du temps ces derniers jours à réfléchir aux conséquences de ses propos et aux mots qu’il devait prononcer pour les clarifier auprès des musulmans. Le cardinal William Joseph Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, était aussi présent dans la cour du palais, en signe de réconfort.

Les propos du pape au sujet de l’islam ont provoqué une crise sans précédent pour le Saint-Siège. «Cela pourrait être la plus grande crise internationale connue dans les 25 dernières années», estime ainsi un vaticaniste. Les contrôles de sécurité étaient renforcés autour du palais apostolique de Castel Gandolfo, au sud-est de Rome, tout comme dans la Cité du Vatican et sur tous les objectifs catholiques de Rome, en raison des récentes menaces islamistes contre le coeur de la chrétienté.

Alors que Benoît XVI doit se rendre en Turquie du 28 au 30 novembre 2006, à l’invitation du gouvernement turc et du patriarcat oecuménique, certains hommes politiques et leaders religieux musulmans ainsi que des représentants du clergé catholique en Turquie s’interrogent sur l’opportunité d’un tel voyage. «Je ne sais pas si l’opinion publique est prête à cette visite», a ainsi affirmé le 16 septembre, le vicaire apostolique d’Anatolie, Mgr Luigi Padovese.

Il a estimé que Benoît XVI pourrait être froidement reçu en Turquie en raison de la polémique. La Conférence épiscopale turque pourrait se réunir le 18 septembre 2006 pour étudier l’opportunité de la venue du pape auprès de la communauté catholique.

Les médias turcs ont très sévèrement condamné les propos du pape ces derniers jours. «Ignorance déplorable», c’est ainsi que le quotidien Hurriyet a parlé du pape. Le patriarche oecuménique orthodoxe de Constantinople Bartholomé Ier s’est pour sa part dit «profondément attristé du cours actuel des événements causés par les tensions entre les religions chrétienne et

Musulmane», le 16 septembre. Dans un communiqué, il a affirmé qu’»il est essentiel de ne pas offenser l’autre et d’éviter les situations qui pourraient heurter les croyances de l’autre». Il a en revanche insisté sur l’importance du dialogue «plus important, bénéfique et essentiel que jamais».

La presse turque jugeait insuffisants dimanche les regrets exprimés par le pape Benoît XVI après ses propos sur l’islam, mais appelait aussi les musulmans à se garder de toute violence dans leur réaction. Le ministre turc des Affaires étrangères, Abdullah Gul, a affirmé dimanche que la visite du pape Benoît XVI en Turquie aurait lieu comme prévu en novembre, malgré les propos tenus par le souverain pontife sur l’islam.

Un haut responsable de l’Eglise catholique de Turquie, Luigi Padovese, vicaire apostolique d’Anatolie, avait estimé samedi que Benoît XVI pourrait être froidement reçu en Turquie en raison de ses propos sur l’islam, tout en affirmant que sa visite, prévue du 28 au 30 novembre prochain, devrait avoir lieu. (apic/imedia/ar/ag/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/rome-le-pape-vivement-attriste-par-les-reactions-suscitees-par-ses-propos-sur-l-islam/