Sénégal: Des responsables d’organisations isalmistes appellent à l’apaisement

Les propos du pape, une «erreur»

Dakar/Rabat/Alger/Bethléem, 17 septembre 2006 (Apic) Deux dirigeants d’organisations islamistes du Sénégal ont appelé dimanche à l’apaisement, suite aux manifestations contre les propos du pape Benoît XVI sur l’islam. Abdoul Latif Guèye, président de l’ONG fondamentaliste «Jamra», et Mbaye Niang, ont demandé aux musulmans de considérer ces propos comme une «erreur».

«Nous avons intérêt à ne pas dramatiser la situation et surtout en profiter, comme lors de l’affaire des caricatures, à montrer l’islam sur son véritable visage comme étant une religion de paix», a déclaré Abdoul Latif Guèye à la presse locale. Selon lui, «si chaque fois qu’il y a des provocations comme celle-là, les musulmans ont des attitudes guerrières, cela risque de montrer que nous sommes des adeptes de la violence, alors que l’islam est une religion de paix».

Pour Latif Guèye, dont l’organisation est très présente dans la vie sociale du pays, les propos du Pape Benoît XVI ne sont qu’une «illustration de la méconnaissance de l’islam». Tout en affichant son respect et sa considération pour le chef de l’Eglise catholique du monde, il a déploré sa déclaration qui, a-t-il dit, est un «outrage».

Mbaye Niang, reconnu comme islamiste radical, a déclaré pour sa part que ces propos «malencontreux» du pape Benoît XVI «relèvent d’une erreur». «C’est une erreur de la part du pape, ça ne peut être qu’une erreur», a-t-il insisté, dans une déclaration rapportée par le quotidien sénégalais «Walf Fdjri» (l’Aurore). Et d’ajouter que si le chef du Vatican a l’occasion de s’amender et de présenter ses excuses aux musulmans, «je pense qu’il le fera». Il a invité ses compatriotes à savoir «raison garder», estimant que ces déclarations ne doivent pas perturber les Sénégalais «du fait que nous sommes dans un contexte où musulmans et chrétiens vivent en paix, forment une seule famille».

«C’est une heureuse cohabitation entre personnes de communautés religieuses différentes qui fait une des exceptions sénégalaises et un outil à préserver». Il a souligné que ce ne sont pas des déclarations de l’extérieur qui doivent remettre en cause cet acquis, tout en réitérant son appel aux Sénégalais. Ils les a invités «à minimiser» les propos du successeur de Jean Paul II et à être davantage «soucieux de l’harmonie sociale».

Sérigne Modou Bousso Dieng, chef religieux de la confrérie des Mourides, a qualifié les propos de " nuls et non avenus». Il s’est dit «surpris et peiné» par ces déclarations. De son côté, Sidy Lamine Niasse, membre de la famille maraboutique des «Niassène» (proche de la confrérie des Tidjanes) a fustigé les propos du pape. Il «confirme, malgré lui, la croisade menée contre l’islam et les musulmans», a-t-il relevé. Il a réclamé des excuses aux musulmans du pays de la part du chef de l’Eglise catholique du Sénégal, Mgr Théodore Adrien Sarr.

Réaction marocaine: rappel de l’ambassadeur au Vatican

En dehors des ces réactions, les pays musulmans d’Afrique ont timidement réagi aux propos du pape Benoît XVI. La réaction la plus dure a été enregistrée au Maroc, alors même que le royaume chérifien passe pour un modèle de tolérance religieuse. Le roi Mohamed VI, en sa qualité de «commandeur des croyants», a rappelé son ambassadeur au Vatican pour «consultation». Selon une «source autorisée» à Rabat, aux yeux des dirigeants marocains, les propos du Saint-Père sont considérés comme offensants envers les musulmans. Ils ne sont pas de «nature à combler le fossé déjà existant à l’égard de la religion musulmane» et ils sont contraire aux principes fondamentaux de l’islam.

Le rappel de l’ambassadeur du Maroc auprès du Saint-Siège a surpris les observateurs. Le défunt roi Hassan II a été l’un des dirigeants africains à accueillir le pape Jean Paul II. A la mort de ce dernier, l’an dernier, le roi Mohamed VI a envoyé au Vatican un message de condoléances élogieux à son endroit. Il l’a qualifié, entre autres, «d’illustre artisan de la concorde entre tous les hommes, sans aucune discrimination».

Des propos justifiés sur le fond, mais jugés dangereux pour les chrétiens locaux

En Algérie voisine, la condamnation des propos attribués au pape est unanime. Pour l’opinion publique et la classe politique, ils sont une «provocation destinée à semer la discorde» entre les hommes. Une formation politique islamiste, le Mouvement pour la paix et le socialisme, «condamne» la déclaration papale qui «procède d’une grossière ignorance des préceptes de l’islam et véhicule des contrevérités que le pape aurait dû éviter». De son côté, l’Association des oulémas algériens condamne, elle aussi, ces propos, tout soulignant que le pape Benoît XVI «va à l’encontre de la ligne tracée par son prédécesseur», le pape Jean Paul II. Celui-ci, pendant tout son pontificat, a toujours oeuvré «au rapprochement et au dialogue entre les religions et les civilisations», a ajouté l’association.

Selon la presse algérienne, l’archevêque d’Alger Mgr Henri Teissier, s’est dit «consterné», regrettant que le pape ait cité des propos d’un autre temps tenus au XIVe siècle par l’empereur byzantin Manuel II Paléologue (1350-1425). Mgr Teissier a précisé par téléphone au quotidien francophone algérien «El Watan» que cette citation venait d’un temps, le Moyen Age, «qui fut l’époque des conquêtes religieuses et des guerres entre les communautés».

La petite communauté catholique installée en Algérie tient en effet à se démarquer des propos du pape, comme dans d’autres endroits du monde musulman où les fondamentalistes islamiques risquent de faire payer aux chrétiens l’interprétation qu’ils en font. Ainsi dans la ville palestinienne de Bethléem, en Cisjordanie, où les chrétiens devenus minoritaires ne forment plus que le tiers de la population, de nombreux fidèles catholiques critiquent les propos du pape sur l’islam qu’ils jugent dangereux, même si, sur le fond, ils les trouvent justifiés. Pour calmer les esprits, plusieurs rencontres ont eu lieu entre dignitaires chrétiens et musulmans, et responsables de l’Autorité palestinienne à Bethléem.

En territoire palestinien, plusieurs églises ont été la cible d’attentats à Naplouse, Tulkarem et Tubas dans le nord de la Cisjordanie ainsi que dans la bande de Gaza. Des mesures de sécurité ont été prises pour protéger les églises de nouvelles attaques. (apic/ibc/ag/be)

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