Profonde tristesse et déception

Genève: L’Union des organisations musulmanes de Genève sur les propos de Benoît XVI

Genève, 18 septembre 2006 (Apic) L’Union des organisations musulmanes de Genève (UOMG) a elle aussi réagi vivement aux considérations du pape Benoît XVI sur l’islam. L’UOMG – une organisation présidée par Yahia Basalamah, imam de la Mosquée de Genève, et fondée jeudi dernier – tient dans un communiqué à faire part de sa «profonde tristesse et de sa déception suite au discours tenu par le pape Benoît XVI».

Interrogé par l’Apic, l’imam de la Mosquée de Genève a déclaré être ouvert au débat d’idées, et accepter que l’on puisse critiquer les musulmans quand ils n’agissent pas bien. Mais pour lui, le pape a critiqué l’islam en tant que religion, en citant les propos de l’empereur byzantin Manuel II Paléologue, qui dit: «Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par le moyen de l’épée la foi qu’il prêchait».

Comment admettre que le pape Benoît XVI reprenne à son compte les propos réducteurs d’un empereur byzantin du XIVe siècle ?, se demande l’UOMG, qui estime que «cela est extrêmement grave».

Pourquoi le pape a-t-il choisi de citer cela, et pas d’autres choses, s’est demandé Yahia Basalamah. «On ne peut pas dire cela du Prophète, de n’importe quel prophète!», a-t-il déclaré à l’Apic. «Ce n’était pas nécessaire, c’est une citation provocante, ce texte n’a certainement pas été choisi par hasard.» L’imam Yahia Basalamah n’est cependant pas d’accord avec les agressions commises dans les pays arabo-musulmans contre des églises, «il faut déplorer ce manque de patience et de sagesse, mais malheureusement les gens se sont sentis provoqués!

Le 24 octobre 1999, à l’occasion de la Journée des Nations Unies, l’imam Yahia Basalamah avait signé – ensemble avec des représentants chrétiens, juif et bouddhiste ainsi que des représentants de la société civile – l’»Appel spirituel de Genève». Cet Appel adressé aux «décideurs planétaires» leur demande de respecter de manière absolue les trois préceptes suivants: «Ne pas invoquer une force religieuse ou spirituelle pour justifier la violence, quelle qu’elle soit; ne pas se référer à une force religieuse ou spirituelle pour justifier toute discrimination et exclusion; ne pas user de sa force, de sa capacité intellectuelle ou spirituelle, de sa richesse ou de son statut social, pour exploiter ou dominer l’autre».

Pas par la force et par l’épée

Dans son communiqué, l’UOMG affirme que «l’islam n’est pas une religion qui s’est propagée par la force et par l’épée. Une étude historique objective et minutieuse permet de le prouver sans difficulté. L’usage des armes n’est envisageable en droit musulman qu’en cas de légitime défense. Toutes les nations reconnaissent que le fait de protéger son territoire est un droit inaliénable». Elle précise que le «djihad» – terme utilisé par le pape dans son discours de Ratisbonne – est un terme qui signifie «effort». Et de souligner qu’il ne peut en aucun cas être traduit par l’expression «guerre sainte», «que l’on ne rencontre ni dans le Coran, ni dans les paroles du Prophète Muhammad».

Le «djihad», rappelle l’UOMG, est d’abord l’effort que l’on fait contre soi-même pour se rendre meilleur sur le plan moral et au niveau spirituel. C’est ensuite la lutte que l’on entreprend pour réprimer toutes les formes d’injustices et de violations des droits de l’homme. C’est également le combat que l’on engage pour défendre les personnes et les biens.

Le bureau de l’Union des organisations musulmanes de Genève affirme également que «les enseignements du Prophète Muhammad sont d’une richesse incomparable, et ils ont permis d’édifier une immense civilisation favorisant le progrès humain dans tous les domaines: l’éthique, la spiritualité, les sciences, les arts et les techniques». Et d’estimer que «les propos cités par le pape Benoît XVI tendant à déprécier cet apport considérable de l’islam à la culture mondiale ne sont pas dignes de l’un des plus hauts représentants de l’Eglise chrétienne».

«Le pape vient certes d’exprimer ses regrets. Il ne l’a pas fait cependant par rapport à la teneur de son discours, mais en se désolant de ne pas avoir été compris par les musulmans. Cela est d’autant plus inadmissible», affirme l’UOMG dans son communiqué. Qui tient à encourager le pape Benoît XVI «en cette période où nous avons besoin d’apaiser les esprits, à tenir un discours plus nuancé sur les rapports de l’islam et du christianisme, et à prendre en considération le mauvais impact que peuvent avoir des propos qui non seulement blessent profondément les musulmans, mais encore ne contribuent en aucun cas à nourrir un dialogue qui pourrait être par ailleurs si riche !» JB

Encadré

Les musulmans de Genève se rassemblent

L’Assemblée constituante de l’Union des organisations musulmanes de Genève s’est tenue jeudi 14 septembre 2006 dans la cité du bout du lac. L’UOMG s’est donné pour but de favoriser, coordonner et développer les activités des organisations membres de son association. Elle incitera ainsi la communauté musulmane à participer à l’effort de la collectivité suisse. Son souci sera de concilier traditions, religion et citoyenneté.

Ses membres fondateurs sont: la Fondation culturelle islamique de Genève; le Centre Islamique de Genève; la Fondation Communauté Musulmane – Genève; l’Association Islamique d’Ahl-El-Beit de Suisse – Genève; l’Association Culturelle Bosniaque de Genève; l’Association des Somaliens de Genève; la Ligue des Musulmans de Suisse – Genève; le Club sportif Salsabil; l’Association Aumônerie musulmane; l’Espace Culturiel. L’imam Yahia Basalamah a été élu en tant que premier président de l’UOMG. (apic/com/be)

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