Doutes sur la régularité du procès, selon des ONG et Amnesty

Indonésie: Manifestations violentes après l’exécution de trois chrétiens

Atambua, 22 septembre 2006 (Apic) Des milliers de manifestants sont descendus vendredi dans la rue dans l’Est de l’Indonésie après l’exécution de trois paysans catholiques sur l’île de Sulawesi (Célèbes). Les 3 chrétiens indonésiens Fabianus Tibo, Dominggus da Silva et Marianus Riwu ont été exécutés malgré les nombreux appels à la clémence, notamment celui du pape Benoît XVI, et les doutes sur leur culpabilité et la régularité de leur procès exprimés par diverses ONG, dont Amnesty International.

A la nouvelle de la mise à mort des trois chrétiens, un bon millier de personnes se sont rassemblées dans la principale église catholique de Palu pour prier. Des émeutes ont éclaté ailleurs, notamment sur l’île de Flores, d’où viennent les personnes exécutées, et dans les villages de Tibo et Riwu, sur l’île de Sulawesi, ainsi qu’à Poso. Les principaux incidents ont eu lieu à Atambua, une localité située dans la partie occidentale de l’île de Timor, qui appartient à l’Indonésie. C’est de là que vient l’une des personnes exécutées, Dominggus da Silva.

Les manifestants chrétiens ont incendié vendredi des voitures, brisé des vitres, pillé des magasins, libéré des prisonniers à Atambua, et mis le feu aux bureaux du procureur général. Les trois chrétiens exécutés ont été condamnés pour avoir préparé des attaques contre des musulmans dans le centre de Sulawesi en 2000, qui avaient coûté la vie d’au moins 70 personnes. Dans la localité majoritairement chrétienne d’Atambua, située dans la partie occidentale de l’île de Timor, qui appartient à l’Indonésie, les manifestants ont brisé des vitres en lançant des pierres.

Fabianus Tibo, Dominggus da Silva et Marianus Riwu, membres de la minorité chrétienne (l’Indonésie compte 5% de chrétiens et 90% de musulmans, pour une population de 220 millions d’habitants), ont été fusillés vendredi à Palu dans la province de Sulawesi Centre.

Demandant à l’Indonésie de rétablir un moratoire sur la peine de mort, l’Union européenne a exprimé vendredi ses regrets face à ces exécutions.

Les corps n’ont pu être déposés dans l’église de Palu

« Les autorités n’ont pas permis que les corps des trois hommes exécutés vendredi soient déposés dans l’église St. Mary de la ville de Palu, capitale de la province de Sulawesi Centre, où l’exécution a eu lieu, et que les rites religieux prescrits soient pratiqués. C’est alors que les désordres ont commencé », a déclaré à l’agence missionnaire MISNA le Père Ignatius Ismartono, secrétaire de la Commission épiscopale pour le dialogue interreligieux en Indonésie.

« Un avion – poursuit le jésuite – a transporté les corps de Fabianus Tibo et de Marianus Riwu dans leur village natal de Beteleme, dans le district de Morowalai, province de Sulawesi Centre, pour les ensevelir, tandis que le corps de Dominggus da Silva, originaire de la lointaine île de Flores, a été directement enterré à Palu tout de suite après l’exécution ».

« Chaque fois qu’une peine de mort est exécutée, c’est un échec de l’humanité, mais nous ne devons pas permettre que cela provoque d’autres violences », a commenté le Père Ismartono. Il a ajouté que l’évêque d’Atambua, Mgr Anton Pain Ratu, et d’autres prélats, ont invité au calme les manifestants et ont réussi à apaiser le climat de violence. D’ici peu, les évêques locaux feront publier un communiqué conjoint pour renouveler leur invitation à la sérénité.

Selon le Père Ismartono, la situation locale s’est détériorée suite à l’indignation suscitée par les récentes déclarations du pape sur l’islam. « Par conséquent il est encore plus important de favoriser un climat de réconciliation ». La préoccupation du Père Ismartono est que, dans un pays à forte majorité musulmane comme l’Indonésie, d’aucuns puissent « instrumentaliser une situation déjà complexe en mettant sur le même plan les polémiques contre le discours de Benoît XVI et les violences d’aujourd’hui. Un risque à éviter ».

Les Célèbes ont été le théâtre de violents affrontements entre chrétiens et musulmans en 2000 et en 2001. Ces affrontements ont coûté la vie près de 2’000 personnes. L’exécution des trois militants chrétiens, prévue d’abord à la mi-août, avait été repoussée en raison des protestations internationales. (apic/kna/misna/be)

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