Le président lui-même sur la sellette

Pérou: Le président Garcia veut assister juridiquement les militaires accusés de génocide

Lima, 25 septembre 2006 (Apic) Le président péruvien Alan García a ordonné par décret que l’Etat assurera la tutelle juridique des 950 militaires traduits en justice pour violations des droits de l’homme durant le conflit interne, de 1980 à 2000. La «sale guerre» a fait durant cette époque plus de 70’000 victimes et plus de 8’000 «desaparecidos», en majorité des paysans indigènes Quechua.

«Il est de notre responsabilité de défendre ceux qui ont défendu le pays du terrorisme. Nous ne laisserons pas seuls les militaires impliqués dans des procès n’ayant porté à rien dans nombre de cas» a dit García en faisant référence aux campagnes menées par les forces armées contre la guérilla d’inspiration maoïste du «Sendero Luminoso» et du «Movimiento revolucionario Túpac Amaru» (Mrta).

D’après la presse péruvienne, une telle décision aurait été motivée par le malaise exprimé par les milieux militaires, qui ont manifesté ces derniers mois leurs fortes réticences à s’engager sur le terrain contre les groupes de guérilla encore actifs dans les forêts, craignant les potentielles critiques des organisations de défense des droits de l’homme.

«La protection de l’Etat ne doit pas seulement être offerte aux soldats, mais aussi à tous les citoyens demandant encore justice» a répliqué Francisco Soberón, directeur de L’ «Asociación pro derechos humanos» (Aprodeh) en contestant le décret émis par García.

La décision de l’actuel président du Pérou de protéger les militaires accusés de violations des droits de l’homme et de massacres tranche avec la volonté affichée par l’Argentine et l’Uruguay de traduire en justice les tortionnaires sous la dictature.

Précisons que Garcia fait également l’objet de plaintes pour crimes de lèse humanité durant son premier mandat (1985-1990) pour la violente répression de quelques soulèvements de prisonniers ayant coûté la vie en 1986 à des dizaines de détenus membres du «Sendero», mais aussi à des centaines de campesinos victimes de massacres des forces armées.

Dans son rapport sur la guerre civile, présenté il y a 3 ans, la «Comisión de la verdad» (Cvr) avait également fortement contesté l’action des forces armées, surtout durant la décennie du régime d’Alberto Fujimori (1990-2000). (apic/misna/arch/pr)

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