Turquie: Le patriarche oecuménique optimiste sur le voyage du pape en Turquie
Istanbul 29 septembre 2006 (Apic) Le patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomée 1er, a estimé que le prochain voyage de Benoît XVI en Turquie sera l’occasion de «cultiver le dialogue» entre chrétiens et musulmans et de «lever les malentendus» suite au discours du pape à Ratisbonne.
Répondant aux questions d’un groupe de journalistes à Istanbul, dans la soirée du 28 septembre 2006, le patriarche orthodoxe a aussi souhaité que la liberté religieuse soit peu à peu rendue aux minorités du pays dans le cadre d’une éventuelle entrée dans l’Union européenne.
La visite de Benoît XVI en Turquie, du 28 novembre au 1er décembre 2006, sera «importante pour notre pays et pour les rapports entre catholiques et orthodoxes», a affirmé le patriarche Bartholomée 1er. Ce sera «une occasion pour cultiver le dialogue, lever les malentendus et souligner la nécessité d’un dialogue entre les deux religions monothéistes».
«Nous avons suivi la visite du pape dans son pays, l’Allemagne, et l’écho de ses déclarations à l’université de Ratisbonne», a confié le religieux qui s’est aussi déclaré «sûr que le pape n’avait pas l’intention d’offenser nos frères musulmans». «Après cette crise, nous devons nous respecter les uns et les autres et collaborer», a encore souhaité Bartholomée 1er.
Le chemin de l’Europe est encore loin
Le patriarche oecuménique a ensuite regretté que les fidèles orthodoxes n’aient pas «les pleins droits des citoyens turcs». Il a ainsi dressé la liste des limitations de leurs libertés comme l’éducation religieuse, la perte des biens ecclésiastiques, l’absence de personnalité juridique pour son Eglise présente dans la région depuis 17 siècles ou encore le fait que le patriarche doive être élu parmi les citoyens turcs. Ce dernier point, a-t-il expliqué, «pose de sérieux problèmes pour l’avenir». «Espérons qu’avec le chemin de la Turquie vers l’Union européenne, ces problèmes seront résolus l’un après l’autre», a alors souhaité Bartholomée 1er.
Selon lui, les minorités ne constituent pas une menace pour le pays dans lequel elles vivent, mais une richesse. Le patriarche réclame des droits, «rien de plus». «Nous étions 180’ 000 grecs orthodoxes en 1923, au début de la République turque, et nous sommes aujourd’hui entre 4 et 5000. pourquoi?», s’est-il interrogé. Il a alors donné l’exemple de l’Institut théologique orthodoxe de l’île d’Halki (Heybeliada), au large d’Istanbul, fermé sur ordre des autorités turques en 1971. «En fermant cette école, le gouvernement a agi contre le Traité de Lausanne, contre le principe de liberté religieuse qui est valable pour tous», a regretté le leader orthodoxe, pour qui cet fermeture représente toujours «une injustice».
En vue d’un retour à la liberté religieuse, le patriarche Bartholomée 1er s’est félicité de la venue du pape en Turquie mais aussi, les 5 et 6 octobre prochains, de la chancelière allemande Angela Merkel. Il y a beaucoup de Turcs en Allemagne, a-t-il noté, avant de souligner qu’ils avaient «toute la liberté pour construire des mosquées, enseigner à leurs enfants, travailler et obtenir la nationalité allemande». Selon lui, l’Allemagne «respecte les principes de liberté religieuse et les droits de l’homme, comme tous les pays européens», c’est pourquoi «les membres de l’Union demandent au gouvernement turc de respecter ces principes». Il a aussi confié qu’il s’entretiendrait avec Angela Merkel.
Interrogé sur la sécurité de Benoît XVI lors de son déplacement en Turquie, le religieux a affirmé que l’Etat prendrait «toutes les mesures nécessaires pour protéger un tel hôte, un homme d’une telle qualité».
A deux mois de la visite
Devant la presse vaticane, le patriarche de Constantinople a aussi souligné l’importance de la 9e réunion plénière de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre Eglises orthodoxes et catholique qui a eu lieu à Belgrade du 18 au 24 septembre derniers. «Je ne peux pas dire ce qui se passera ces prochaines années, mais cela dépendra du courage et de la sincérité des deux parties», a-t-il affirmé, confiant «attendre, prier, et espérer des avancées concrètes».
Les propos du patriarche interviennent à deux mois tout juste de la visite de Benoît XVI en Turquie, mais aussi au lendemain d’un rappel à l’ordre adressé à Ankara par l’Union européenne. Le 27 septembre, le parlement européen a ainsi massivement approuvé un rapport très critique sur l’évolution des négociations d’adhésion, constatant un «ralentissement du processus de réforme» dans le pays. Il a entre autres demandé à la Turquie des progrès en matière de respect des droits de l’homme, de liberté d’expression et de religion. (apic/imedia/ami/pr)
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