«Méthode pour sortir de la crise»
Rome, 13 octobre 2006 (Apic) Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, a donné «des clefs de lecture» pour le discours de Benoît XVI à l’université de Ratisbonne, le 12 septembre dernier, à l’origine d’une vive polémique dans le monde musulman.
Le cardinal s’exprimait dans un texte de présentation du discours à paraître dans le numéro du mois d’octobre du mensuel catholique italien 30 Giorni. I.Media, partenaire de l’Apic à Rome, a reçu ce texte en avant première. Le cardinal secrétaire d’Etat y livre aussi «sa méthode pour sortir de la crise».
«D’une lecture attentive et directe de ce qui a été, à juste titre, qualifié de «superbe» leçon de Ratisbonne, – laquelle n’était pas et ne pouvait pas être une déclaration ex cathedra (se dit des actes solennels du magistère extraordinaire accomplis par le pape en tant que vicaire de Jésus-Christ et pasteur infaillible de l’Eglise universelle, ndlr) -, il apparaît clairement que son fond était le rapport entre la foi et la raison, et non l’approfondissement de la question du dialogue avec les autres religions et en particulier l’Islam», explique ainsi le cardinal qui a pris ses fonctions en pleine polémique.
«Malheureusement, une lecture précipitée du texte, qui a aussi été instrumentalisé par ceux qui voulaient impliquer le pape et le Saint-Siège dans un véritable ou présumé choc des civilisations, – une idée qui n’appartient pas à l’Eglise catholique -, a conduit à des réactions injustifiées de la part de certains secteurs du monde islamique», a regretté le cardinal.
Ainsi, «il est peut-être nécessaire de rappeler que, dans le discours de Ratisbonne, le pape n’a pas seulement parlé des risques de déraison présents dans d’autres traditions religieuses, mais a aussi fait une allusion ’autocritiqué interne à l’histoire de la théologie catholique», a souligné le cardinal italien, rappelant la mention dans le texte du pape de Duns Scot (1266-1308). Ce théologien, philosophe écossais et franciscain, affirmait, dans la lignée augustinienne, la priorité de la foi et de la volonté sur la raison.
Le cardinal a aussi rappelé qu’au cours de son audience aux ambassadeurs du monde musulman, le 25 septembre dernier, le pape avait voulu exprimer «son refus de toute instrumentalisation et de toute volonté d’opposer son action à celle de son prédécesseur», qui n’a pas été que le fait de certains médias.
Pour le «numéro deux» du Saint-Siège, les très nombreuses interventions du Vatican et du pape sur cette «question spécifique» ne sont «absolument pas» liées à «la peur». Le pape a tenu à rappeler, «de façon claire et intelligible pour tous, sa volonté ’d’honorer’ tout le monde, y compris les musulmans, et sa volonté ’d’aimer’ toutes les communautés chrétiennes, en particulier celles éparpillées dans les régions où la religion musulmane est majoritaire».
«Le christianisme ne se limite sûrement pas à l’Occident et ne s’identifie pas plus à lui. Plus certainement, la démocratie et la civilisation occidentale pourront retrouver une impulsion et une propulsion, c’est-à-dire cette énergie morale pour affronter une scène internationale fortement compétitive, uniquement en consolidant une relation dynamique et créative avec l’histoire chrétienne».
Il est donc nécessaire «de dégager la rancoeur anti-islamique qui couve dans de nombreux coeurs, malgré la mise en danger de la vie de tant de chrétiens». «La ferme condamnation des formes de dérision de la religion (comme l’affaire des caricatures de Mahomet, ndlr) est une condition indispensable pour en condamner l’instrumentalisation», mais elle ne suffit pas. «Le discours de fond n’est pas non plus celui du respect des symboles religieux. Ce discours de fond est simple et radical : il convient de soutenir la dignité humaine du croyant musulman».
Collaboration entre Universités
«Face aux croyants musulmans, mais aussi face aux terroristes, le paramètre qui doit dicter le comportement n’est pas l’utilité ou le don, mais la dignité humaine. Au centre du rapport entre l’Eglise et l’Islam, il y a donc comme préliminaire la promotion de la dignité de chaque personne et l’éducation à la conscience et au soutien des droits de l’homme», a expliqué le cardinal. Pour autant, a-t-il insisté, les chrétiens ne doivent pas «renoncer à proposer et à présenter l’Evangile, aussi aux musulmans, dans les formes les plus respectueuses de la liberté de l’acte de foi».
Pour «atteindre ces objectifs», le Saint-Siège se propose donc «de valoriser au maximum les nonciatures apostoliques dans les pays à majorité musulmanes, pour accroître la connaissance réciproque et, si possible, partager les positions du Saint-Siège».
Par ailleurs, le Saint-Siège se propose «d’asseoir les relations culturelles entre les universités catholiques et celles des pays arabes et entre les hommes et les femmes de culture», car, entre eux, «le dialogue est possible» et «même fructueux». Pour le cardinal Bertone, il convient donc «d’intensifier cette voie de dialogue avec les élites pensantes, avec la confiance dans le fait de pouvoir ensuite pénétrer les masses, changer les mentalités et éduquer les consciences».
Pour favoriser ce dialogue, «le Saint-Siège a commencé et continuera à utiliser plus systématiquement la langue arabe dans son système de communication», a conclu le cardinal secrétaire d’Etat. (apic/imedia/hay/pr)
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