Emotion et indignation de la communauté internationale

Niger: Cent mille éleveurs arabes sommés de quitter le Niger

Niamey, 27 octobre 2006 (Apic) Le gouvernement du Niger a décidé d’expulser quelque 100’000 éleveurs arabes de son territoire. Installés dans région de Diffa (est), ils sont venus du Tchad voisin à la suite des années de sécheresse de 1974 et 1984. La communauté internationale et les organisations locales de défense des droits humains sont mobilisées contre cette mesure.

Ces arabes mahamides sont des pasteurs, avec des dizaines de milliers de têtes de bétail gros ruminants (vaches et chameaux). Dans une déclaration diffusée par la BBC, le ministre nigérien de l’Intérieur, Mounkaila Modi, a indiqué que c’est pour des raisons de sécurité et de cohabitation difficile avec les populations nigériennes locales (peuhls, toubous) que l’Etat a ordonné leur renvoi. « Ils sont pour la plupart détenteurs d’armes à feu pour se protéger. Ils en font souvent usage, en cas de dispute », a-t-il affirmé.

De son côté, le porte-parole des mahamides, Sleman ben Hamida, a précisé que les armes qu’ils détiennent étaient pour protéger les animaux. Interrogé par la BBC, un habitant toubou de Diffa a souligné que depuis des décennies, ils cohabitent de façon harmonieuse et qu’il n’y a jamais eu de différends sérieux entre arabes mahamides et populations autochtones. « Il y a même des mariages entre les deux communautés », a-t-il ajouté.

Un maire de Diffa a lui aussi démenti qu’il y ait conflits entre nomades arabes mahamides et populations locales. « Ils ne restent jamais plus de deux mois au même endroit, et plus de quatre mois dans un même pays. Ils sont entre le Niger, le Tchad et le nord du Nigeria », a-t-il précisé.

Une question administrative selon le gouvernement

Face à l’émotion suscitée dans le monde par cette décision, le gouvernement nigérien tenté de se justifier. Selon son porte-parole, Mohamed ben Omar, cette décision d’expulsion est une « simple question de police administrative ». « Il ne s’agit que d’un problème de documents légaux », a-t-il dit. Pour le gouverneur de Diffa, Oumarou Yacouba, seuls les actes de naturalisation délivrés par décret présidentiel sont valables. Or, a-t-il fait observer, personne parmi les réfugies arabes ne dispose de cette pièce officielle.

Des informations recueillies par Radio France internationale (Rfi) montrent que les nomades tchadiens se sont inscrits auprès des chefs de tribus locales, reconnus légalement par l’Etat. Ils ont de ce fait des actes de naissance, des cartes d’identité nationale, ainsi que des cartes d’électeurs. L’un d’eux, Slema ben Hamida est d’ailleurs député à l’assemblée nationale depuis 7 ans. « Ces documents ne sont pas authentiques et ne seront pas reconnus », a déclaré à Rfi le gouverneur de Diffa et d’autres hauts responsables nigériens. « Il faut expulser tout le monde », ont-ils exigé.

Le gouvernement du Tchad s’est montré surpris par la décision du Niger et a appelé les dirigeant de ce pays, à renoncer aux renvois. Il a proposé un règlement des problèmes, « dans le calme, le dialogue et la concertation ». (apic/ibc/bb)

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