Rome: Benoît XVI a rencontré les évêques irlandais
Rome, 29 octobre 2006 (Apic) Benoît XVI a invité les évêques irlandais à lutter contre les abus sexuels sur mineurs commis par des prêtres. Il recevait le 28 octobre en audience les évêques de la République d’Irlande en visite Ad limina. Dans son discours, le papa a aussi abordé la question du conflit en Irlande du Nord et rappelé que le message de l’Eglise n’est pas une somme d’interdits.
Benoît XVI a ainsi rappelé «les cas déchirants d’abus sexuels sur mineurs» dans l’Eglise irlandaise. Ces cas sont d’autant «plus tragiques» qu’il s’agit d’ecclésiastiques, a souligné le pape. «Les blessures provoquées par de tels actes sont profondes. Il est urgent de reconstruire la confiance», a-t-il indiqué.
Le souverain pontife a alors invité les évêques à poursuivre leurs «efforts continus pour traiter efficacement ce problème». Il est «important d’établir la vérité de ce qui s’est produit dans le passé. Cette étape est nécessaire pour empêcher que de tels actes se reproduisent encore». Ainsi, le pape a invité les évêques à «s’assurer que les principes de la justice sont entièrement respectés» et à «soigner les victimes et tous ceux qui sont affectés par ces crimes odieux».
En effet, «le travail et le désintéressement de la grande majorité des prêtres et des religieux en Irlande ne devraient pas être entachés par les transgressions de certains de leurs frères», a poursuivi le pape, estimant que les Irlandais gardaient leur confiance dans leur clergé. Il a cependant regretté que ces dernières années le nombre des vocations, autrefois élevé en Irlande, ait chuté brusquement.
Benoît XVI a ensuite abordé la situation en Irlande du Nord. Il s’est félicité des dernières avancées pour mettre fin au conflit entre catholiques et protestants. «Bien que le chemin soit laborieux», le pape a ainsi souhaité que «ces efforts mènent à la création d’une société marquée par un esprit de la réconciliation, de respect mutuel et de coopération pour le bien commun de tous». Les gouvernements britanniques et irlandais ont présenté, le 13 octobre, un plan de compromis complexe destiné à restaurer un gouvernement nord-irlandais réunissant catholiques et protestants. Il vise à rejoindre l’objectif central fixé par l’accord de paix de 1998.
Le catholicisme n’est pas une ’collection d’interdits’
Le pape a part ailleurs souligné «la contribution exceptionnelle que l’Irlande a fait à la vie de l’Eglise». Il a ainsi invité les évêques à aborder «avec discernement» les changements de la société. Ils doivent ainsi être «audacieux», car trop souvent l’Eglise est considérée comme une institution «qui regarde en arrière» et «négative dans la société d’aujourd’hui». C’est pourquoi il est «nécessaire de parler fermement contre les maux qui nous menacent, tout en corrigeant l’idée que le catholicisme est une simple ’collection d’interdits’», a conclu le pape.
Les scandales pédophiles ont éclaté en 1994 à Irlande, avec un premier dépôt de plainte. En mars 2006, l’archevêque de Dublin, Mgr Diarmuid Martin, a annoncé, que depuis 1940, plus de cent prêtres et membres d’ordres religieux de son archidiocèse avaient été accusés d’abus sexuels sur mineurs. Une enquête indépendante a en outre examiné les dossiers de plus de 2800 membres du clergé de l’archidiocèse. Elle a permis d’identifier 350 victimes. 105 procès civils ont été intentés ces dernières années contre 32 prêtres accusés de pédophilie, 40 sont toujours en cours. Un membre du clergé sur trente a été mis en cause. Huit prêtres ont été condamnés à des peines de prison par des cours pénales. Une nouvelle commission d’enquête a été mise en place pour étudier les cas d’abus sexuels recensés de 1975 à 2004. Les associations de victimes ont salué le «courage» et «l’approche transparente» du dossier par l’archevêque de Dublin.
En 2001, le premier ministre irlandais, Bertie Ahern, avait présenté les excuses de l’Etat aux victimes. En 2002, l’Eglise et l’Etat se sont entendus pour les indemniser, en échange de l’abandon de leurs poursuites judiciaires. Un quart de ces indemnités est à la charge de l’Eglise, le reste incombe à l’Etat. L’organisme chargé de ces compensations a jusqu’ici versé en moyenne 75000 euros à plusieurs milliers de victimes parmi les 15000 ayant demandé des dommages et intérêts. Le coût total devrait s’élever à plus d’un milliard d’euros. (apic/imedia/hy/bb)
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