Suisse: Premières réactions au Manifeste de Lucerne
Lucerne, 2 novembre 2006 (Apic) C’est avec un « grand souci » que la hiérarchie catholique suisse réagit au Manifeste de Lucerne pour une « Eglise Frère et Soeur ». Des tendance schismatique de la part des communautés ecclésiastiques ne sont pas acceptables, a-t-il été souligné.
Le manifeste pour l’égalité entre hommes et femmes dans l’Eglise signé le 29 octobre à Lucerne fait des remous. L’Eglise n’a pas tardé à réagir très sévèrement. Felix Gmür, Secrétaire général de la Conférences des évêques suisses a pour sa part déclaré « Le Manifeste cause de gros soucis à la hiérarchie catholique car les paroisses ecclésiastiques pourraient être amenées à agir contre leur propre statut ecclésiastique cantonal et engager des personnes sans missio canonica ».
Felix Gmür a insisté sur le fait que les évêques suisses sont très reconnaissants envers toutes les femmes et les hommes qui se sont engagés et qui sont actifs pour le bien de l’Eglise. Un changement dans les conditions d’accès des laïcs au sacerdoce n’est de toute façon pas dans la compétence de l’Eglise locale mais au contraire de l’Eglise universelle. Bien que dans quelques diocèses suisses « des femmes sont collaboratrices de l’évêque dans les fonctions de direction » (Ndlr.par exemple à St Gall, il existe une chancelière de l’évêché) et « peuvent, comme les hommes, prendre des responsabilités spéciales dans les paroisses ».
Instaurer des prêtres sans avoir reçu la Missio canonica?
Le Vicaire épiscopal de Lucerne, Ruedi Heim, responsable de l’évêché de la région St Viktor du diocèse de Bâle avertit, dans sa prise de position, que le Manifeste contient une thématique qui concerne l’Eglise universelle
« Comme catholique, je m’étonne, a déclaré encore le vicaire épiscopal, que l’Appel veuille instaurer des prêtres dans les paroisses sans avoir obtenu la Missio de l’évêque responsable. Ainsi, on va vers une Eglise qui s’éloigne de l’évêque et du pape et, dès lors, qui devient schismatique.
Le 28 octobre 2006, le « manifeste de Lucerne » pour une « Eglise frère et soeur » (geschwisterliche Kirche) a été signé par 112 représentants de fédérations, associations et autorités catholiques.
Le manifeste rappelle à l’Eglise catholique qu’elle ne doit pas seulement prôner à l’extérieur les droits humains, mais également les appliquer chez elle. En particulier, l’égalité des droits entre hommes et femmes est une exigence de la Déclaration des droits de l’Homme de l’ONU et de la Constitution fédérale. C’est pourquoi, selon ce manifeste, il est urgent que soit appliqué dans l’Eglise catholique en Suisse le principe selon lequel femmes et hommes aient accès à toutes les fonctions ecclésiales.
Pour Paula Beck, principale initiatrice de la « Déclaration de Lucerne » qui a entraîné une polémique bien au-delà des frontières de ce canton, la signature du manifeste montre que l’exigence d’égalité des droits dans l’Eglise est soutenue par beaucoup d’organisations ecclésiales de toute la Suisse allemande.
Les initiateurs du manifeste se réfèrent en outre à l’instruction pastorale de Vatican II « Gaudium et Spes », qui affirme que toute forme de discrimination est contraire au plan de Dieu. Ce document, adopté par l’Eglise, n’a pas été appliqué de façon conséquente, soutiennent les signataires.
La théologienne Susanne Birke a notamment rappelé que dans les premiers temps du christianisme, les femmes participaient à la fondation des communautés, dirigeaient les Eglises domestiques et oeuvraient comme diaconesses et comme apôtres.
Certains par contre ne se sont pas privés d’exprimer leur désaccord face au manifeste. Ainsi, l’ancien doyen lucernois Max Hofer, qui a rappelé que la présidence d’une communauté ne peut être confiée qu’à une personne ayant reçu la mission canonique. Pour lui, les paroisses doivent s’en tenir aux règles du jeu, définies également dans le Statut ecclésiastique cantonal. (apic/bbü/job/vb)
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