Fribourg: Plus de 2’000 participants à la soirée de «Prier-Témoigner»

Guy Gilbert enflamme une aula archi-comble

Bernard Bovigny, agence Apic

Fribourg, 5 novembre 2006 (Apic) 1’300 inscrits, mais près de 2’000 participants samedi soir pour venir entendre Guy Gilbert, le fameux « prêtre des loubards », à l’Université de Fribourg. Le « Prier-Témoigner » édition 2006 ne faillira pas à la tradition. Les organisateurs ne savaient plus où placer les gens qui affluaient à l’aula de l’Université, pour écouter le prêtre-éducateur français de 72 ans.

Le concert style « paroles d’évangile et rythmes effrénés » du groupe de Jean-Bernard Calixte tire ses derniers accords devant une foule enflammée. L’aula, ainsi que les salles et couloirs environnants, vibrent sous les applaudissements et les cris d’enthousiasme.

C’est dans cette ambiance électrique que Guy Gilbert fait son entrée. Beaucoup parmi les très jeunes participants à la rencontre n’ont jamais entendu parler du mythique « curé des loubards », issu de la génération de leurs grands-parents.

La tignasse est maintenant grise, le visage se creuse toujours davantage. La parole, elle, reste toujours acérée, et ses initiatives sur scène ne cessent de surprendre. Avant de se lancer dans un long plaidoyer en faveur de l’amour et de l’Eglise, Guy Gilbert demande à « l’évêque du lieu » (en l’occurrence il s’agissait de Mgr Norbert Brunner, évêque de Sion) et aux prêtres présents de venir à ses côtés.

Une quinzaine parmi eux, d’une moyenne d’âge n’excédant pas 35 ans, s’exécutent. « Nous n’avons pas la même gueule, mais c’est la même Eglise. Dites-leur merci pour ce service d’Eglise différent », lance à l’assemblée le prêtre vêtu d’un blouson noir, de jeans et portant des bottes à talons qui ne parviennent pas à dissimuler sa petite taille.

« Nous étions 15 enfants à la maison. A ceux qui demandaient à ma mère comment elle faisait pour diviser son amour entre tous, elle répondait: ’Je ne l’ai pas divisé, mais multiplié’ », témoigne Guy Gilbert, prêtre depuis maintenant 41 ans. Il a assisté, il y a trois ans, au décès de sa mère juste après qu’il l’ait bénie. « Je n’arrêtais pas de pleurer. Jusqu’au moment où je me suis dit que j’allais rendre l’amour que j’avais reçu d’elle, alors je me suis tout de suite arrêté ». « Vous, les jeunes qui recevez de l’amour. Bouffez-le et donnez-le aux autres », lance-t-il.

« Quand je frappe, c’est toujours avec amour »

Sa vocation auprès de jeunes défavorisés, c’est en Algérie que Guy Gilbert l’a découverte. Il a dû s’y rendre pour combattre, alors qu’il n’avait pas encore fini le séminaire. Témoin des atrocités commises alors par l’armée française, il cherche à militer pour les droits humains. « J’ai découvert à quel point la guerre était une vraie saloperie. Je plains Bush, cet enfoiré, qui a foutu le bordel en Irak ».

Guy Gilbert pensait devenir curé en France, dans une paroisse au milieu des bigotes, ce « harem mystique du prêtre ». Mais il rencontre en Algérie un jeune qui mangeait dans l’assiette du chien. Déclic. Et changement de cap. A Alger d’abord, puis à Paris et dans une maison en Provence, il s’engagera durant 41 ans auprès des jeunes délinquants. « Avec ce monde violent, j’ai appris la violence », raconte Guy Gilbert. Confronté au début de son ministère à un jeune qui le provoquait devant ses potes, il lui a asséné sa « droite évangélique dans la gueule ». « Mais quand je frappe, c’est toujours avec amour », rassure-t-il.

Son secret pour conserver toute sa pêche à 72 ans ne réside pas dans la nourriture (« Je ne prends d’ailleurs qu’un repas par jour »), mais dans la prière. Tous les 10 jours, Guy Gilbert s’astreint à passer deux jours dans un monastère.

« Et l’eucharistie est la plus grande des prières », affirme le prêtre-éducateur, plaidant au passage pour la communion aux divorcés-remariés: « L’eucharistie est une force pour les pécheurs, et non pas une récompense ». Des applaudissements, pas unanimes mais sincères, accompagneront également les quelques autres lances en faveur des diaconesses dans l’Eglise catholique d’abord, et de l’ordination d’hommes mariés.

Ils redoubleront par contre lorsque Guy Gilbert témoignera de la valeur du célibat. « Ca n’a pas été facile à vivre durant ces 41 ans. Mais c’est une magnifique histoire d’amour que j’ai vécue », a-t-il lancé, avant de conclure son discours, sous un tonnerre d’applaudissements cette fois, avec cette recommandation: « Vivez de telle façon qu’on pense qu’il est impossible que Dieu n’existe pas ». BB

Encadré

Moins connu des jeunes

Un rapide sondage entrepris auprès d’une quarantaine de très jeunes attendant l’arrivée de Guy Gilbert permet de constater qu’une bonne moitié parmi eux n’avait jamais entendu parler du curé des loubards avant de se préparer à « Prier-Témoigner ». Parmi ceux qui le connaissaient, certains l’ont vu une fois à la télé, d’autres ont lu article le concernant ou une BD. Quelques rares exceptions ont même lu un de ses livres. « Ce sont mes parents qui me l’ont refilé », explique une adolescente. « Mon papa m’a dit qu’il portait un blouson noir », lance un autre jeune. « Il est plutôt vulgaire. C’est mon animateur qui me l’a dit », affirme un ado, âgé à peine de 13 ans. « C’est normal, il a vécu dans la rue. Alors il en a pris le langage », explique sa camarade. BB

Encadré

Bio express

Né en 1935 à Rochefort-sur-Mer, Guy Gilbert est prêtre et éducateur. Il entre au séminaire à l’âge de 13 ans, en 1948, mais ce n’est qu’en Algérie, où il partira en 1957 que sa vocation sacerdotale s’éveillera réellement. Témoin de la brutalité des troupes françaises, il s’engage pour le respect des droits humains et dénonce la torture. Il finit son séminaire à Alger, où il restera jusqu’en 1970.

De retour en France, à Paris, il exerce son activité de prêtre dans la rue et devient éducateur spécialisé pour les jeunes délinquants dans le XIX° arrondissement. L’une de ses « recettes » d’éducateur consiste à amener les jeunes dans un lieu d’accueil nommé « Bergerie de Faucon », un lieu d’accueil et de vie dans les Alpes de Haute Provence, où ils s’occupent d’animaux.

Parmi ses nombreux livres (une vingtaine), il a signé notamment « Un prêtre chez les loubards » (1978), « La rue est mon église » (1980), « Des jeunes y entrent, des fauves en sortent » (1982), « L’espérance aux mains nues » (1984), « Aventurier de l’amour » (1986), « Avec mon aube et mes santiags » (1988), « Les petits pas de l’amour » (1990), « Dieu, mon premier Amour » (1995) et ses derniers ouvrages « Kamikaze de l’espérance » et « Les mystères lumineux ». Deux bandes dessinées lui sont également consacrées. (apic/bb)

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