Apic – Reportage
Une approche objective de l’Eglise catholique pour le public russe
Jacques Berset, agence Apic
Moscou, 8 novembre 2006 (Apic) Les Russes contemporains considèrent souvent l’Eglise catholique avec des préjugés hostiles, hérités d’un régime athée et persécuteur. Les choses commencent à changer grâce notamment à une oeuvre monumentale, l’Encyclopédie catholique russe, dont le troisième volume sortira de presse dans quelques mois (*).
Les Russes d’aujourd’hui manquent en effet souvent des instruments de compréhension les plus communs pour comprendre la structure de l’Eglise catholique, ses dogmes, sa doctrine sociale, son histoire et son héritage culturel. Ils ont désormais davantage de possibilités de combler cette lacune.
Certes, ceux qui étaient intéressés par la documentation et la littérature catholiques y avaient déjà accès dès les années 90, c’est-à-dire depuis la chute du communisme en ex-URSS. Mais cette possibilité était toutefois réservée à une certaine élite, car livres et documents n’étaient disponibles que dans les langues étrangères.
La nouvelle encyclopédie illustrée en cours d’élaboration – elle comptera au final quelque 5’000 pages – est une première en langue russe. Elle présente le rayonnement et l’apport du catholicisme à la culture mondiale, évoque la figure de personnalités du monde scientifique, politique et culturel et des saints qui ont marqué l’histoire du monde. Elle offre également des articles sur les autres Eglises et confessions chrétiennes, les religions non chrétiennes et les principales doctrines philosophico-religieuses du monde.
La culture européenne est fondée en grande partie sur des bases chrétiennes
Dans le petit espace de la Maison d’édition franciscaine de l’Encyclopédie catholique russe à Moscou, au milieu des livres qui débordent de partout, la petite équipe de rédaction s’affaire autour de son directeur, le professeur Vitali Zadvorny. L’Encyclopédie, éditée sous l’égide de l’Institut pour la civilisation européenne et les frères mineurs conventuels (franciscains) de Moscou, est considérée comme une contribution substantielle au dialogue oecuménique, surtout en raison de son équilibre et de son objectivité.
Cette oeuvre de longue haleine, qui a débuté il y a une dizaine d’années déjà, est le résultat de la collaboration de nombreux chercheurs et professeurs de Russie et du monde occidental. En ce moment, outre la petite dizaine de personnes qui travaillent à l’Institut, plus de 150 autres académiciens russes collaborent à ce travail d’édition, dont des laïcs catholiques, orthodoxes et d’autres confessions chrétiennes de Moscou, Saint-Pétersbourg et d’autres villes de Russie. Ils représentent la tradition actuelle du christianisme dans les milieux académiques russes.
Ils ont pour but de rebâtir le patrimoine culturel chrétien mis à mal par 70 ans de régime communisme et d’athéisme d’Etat, et de former des étudiants russes aux cadres de la pensée intellectuelle européenne. L’un des membres de l’équipe de rédaction de l’Encyclopédie catholique présente ce projet d’envergure. « Nous voulons donner au lecteur russe la connaissance de l’Eglise catholique, mais également de la philosophie, de la littérature, des beaux arts, de l’architecture, parce que la culture européenne est fondée en grande partie sur une base chrétienne ».
C’est pourquoi cette Encyclopédie présente également de nombreuses notices biographiques sur des écrivains, des peintres comme Michel-Ange ou Raphaël, des musiciens. « Ainsi nous pouvons dire qu’il s’agit non seulement d’un projet d’Eglise, mais également un projet culturel ».
Montrer la grande contribution de l’Eglise catholique à la culture universelle
Cela veut dire, reconnaît l’équipe de rédaction, que jusqu’à présent, ce thème n’était pas abordé de cette façon en langue russe. « Nous voulons montrer la grande contribution de l’Eglise catholique à la culture universelle. Effectivement, tout cela n’était pas encore disponible sous cette forme en Russie. Nous voulons également donner une image objective de l’Eglise catholique, car elle était victime de préjugés idéologiques ».
Bien sûr, comme dans toute société, il y a dans la société russe des milieux intellectuels qui admirent les penseurs catholiques, comme Augustin, Duns Scot, Thomas d’Aquin, Roger Bacon. Mais il y a d’autres milieux qui ne connaissent pas du tout l’Eglise catholique. « Des gens nous demandent: ’Etes-vous chrétien ou catholique’? En Russie, la majorité pense qu’un chrétien est naturellement orthodoxe, les catholiques sont souvent vus comme des hérétiques! »
Les auteurs de ce gigantesque projet y voient l’urgente nécessité de développer chez les Russes une connaissance fondée et objective du catholicisme. « Dans la réalité de la société russe, nombreux sont ceux qui ne s’intéressent de toute façon pas à la religion, qu’elle soit orthodoxe ou catholique », tempère un de nos interlocuteurs à la maison d’édition de la rue Shmitovsky Proyezd 2a à Moscou, logée dans les locaux du couvent franciscain.
« Notre projet vise divers publics, mais avant tout les intellectuels, les professeurs, les étudiants, pour les aider à préparer leurs conférences ou leurs séminaires, pour les journalistes qui s’occupent des nouvelles religieuses. », poursuit le directeur.
« Le projet d’encyclopédie est né en 1999. Nous avions alors remarqué qu’il y avait de nombreuses lacunes dans la connaissance du catholicisme et du christianisme occidental, sans parler des préjugés. Cinq volumes d’un millier de pages chacun sont prévus. Deux sont déjà publiés, et le troisième sera prêt très prochainement. Comme entrée, nous avons les personnalités de l’Eglise catholique ou liés au catholicisme, peut-être aussi par leurs critiques de l’Eglise catholique, comme Hans Küng, par ex. »
Une contribution au dialogue oecuménique
L’Encyclopédie raconte également l’histoire pluriséculaire de la présence catholique en Russie, publie les biographies de nombreux prêtres catholiques russes et recueille des informations sur les structures canoniques, les ordres monastiques et les congrégations religieuses présentes dans le pays dans le passé et de nos jours.
Le premier et le deuxième volume de l’Encyclopédie, tirée à 10’000 exemplaires, contiennent plus de 2’200 entrées, de la lettre « A » à la lettre « L », près de 1’800 illustrations noir et blanc et 250 en couleurs. Plusieurs centaines d’exemplaires de l’Encyclopédie catholique ont été distribués gratuitement aux bibliothèques de Russie par le Comité de rédaction, en collaboration avec la Bibliothèque nationale russe de littérature étrangère. Des exemplaires ont également été remis à l’Eglise orthodoxe russe pour les bibliothèques de toutes les académies théologiques et les séminaires orthodoxes de Russie.
Comme le confirment les théologiens orthodoxes russes, cette Encyclopédie constitue une contribution substantielle au dialogue oecuménique, surtout en raison de son équilibre et de son objectivité. La présentation de cet ouvrage n’a pas seulement eu lieu dans les grandes villes de la Fédération de Russie, mais également à l’Académie des sciences de Russie.
Interrogé par l’agence Apic dans la capitale russe, Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, archevêque du diocèse de la Mère de Dieu à Moscou et l’un des promoteurs de l’initiative, estime important que les Russes aient accès dans leur propre langue aux auteurs et à la réalité catholiques, sans déformation. Car, déplore-t-il, on retrouve encore trop souvent dans les travaux des auteurs orthodoxes contemporains des traces des publications polémiques du passé. Malheureusement, souligne-t-il, la conscience publique russe garde encore une idée du catholicisme filtrée par le prisme des publications athéistes de la période communiste. JB
(*) L’oeuvre d’entraide catholique internationale « Aide à l’Eglise en Détresse » (AED) couvre les frais de l’impression et de l’édition du 2ème volume, tiré à 10’000 exemplaires.
Des photos de la maison d’édition franciscaine sont disponibles à l’agence Apic, tél. 026 426 48 01, apic@kipa-apic.ch. (apic/be)
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