Rome: Il faut redonner au monde le goût de Dieu, a déclaré le pape aux évêques suisses
Ariane Rollier / Hervé Yannou, agence I.Media à Rome
Rome, 8 novembre 2006 (Apic) Il faut redonner au monde «le goût de Dieu», a déclaré le pape aux évêques suisses, le 7 novembre. Benoît XVI s’exprimait dans une homélie prononcée lors de la messe qu’il célébrait avec eux dans la chapelle ’Redemptoris Mater’ du palais apostolique. Les recevant ensuite dans la salle Bologne, il a improvisé un long discours en allemand, soulignant que la foi devait avoir «la priorité dans notre temps».
Dans son homélie pour la messe qu’il a célébrée avec les évêques suisses dans la chapelle ’Redemptoris Mater’, le pape a invité à «retrouver le goût de Dieu». Il a ainsi regretté que «les chrétiens en occident, les nouveaux ’premiers invités’, soient désormais nombreux à dire qu’il n’ont pas de temps pour venir chez le Seigneur». «Nous connaissons des églises qui sont toujours plus vides, des séminaires qui continuent à se vider, des maisons religieuses qui sont toujours plus vides, nous connaissons toutes les formes sous lesquelles se présentent ce ’non, j’ai d’autres choses importantes à faire», a insisté le souverain pontife. Il commentait des passages des Ecritures montrant l’échec de Dieu face aux hommes, en partant d’Adam qui voulu être «Dieu lui-même».
«Nous devons nous poser la question, a-t-il poursuivi, de pourquoi cela arrive. Comment est-il possible qu’un homme dise ’non’ à ce qui lui est plus grand, qu’il n’ait pas de temps pour ce qui est le plus important, qu’il renferme sur lui-même sa propre existence ?». Pour le pape, la réponse est qu’il n’y a plus «de goût de Dieu».
A nouveau sentir le goût de Dieu
Ainsi, a-t-il lancé aux évêques, «notre devoir est d’aider les personnes à pouvoir goûter, afin qu’elles puissent à nouveau sentir le goût de Dieu», car «quand l’homme est entièrement occupé par son monde, par les choses matérielles, par ce qu’il peut faire, par tout ce qui est faisable et par ce qui lui donnera du succès, par tout ce qu’il peut produire ou comprendre par lui-même, alors sa capacité de perception de Dieu s’affaiblit».
Dans son discours improvisé adressé aux évêques suisses, qu’il recevait ensuite dans la salle Bologne du palais apostolique, le pape a expliqué que plus qu’un discours tout fait qu’il n’avait pas eu le temps de préparer, il préférait leur donner des suggestions sur la base desquelles ils pourraient ensuite discuter et réfléchir.
Il est alors longuement revenu sur le thème de la foi, thème relatif à la congrégation qu’il dirigeait lorsque les évêques suisses commencèrent leur visite Ad Limina, début février 2005. L’aggravation des conditions de santé de Jean-Paul II ne lui permit pas de les recevoir au terme de leur visite, chose que Benoît XVI a décidée de faire le 7 novembre 2006.
Les chrétiens prennent ce qui est «utile ou actuel»
Dans son long discours, le pape a souligné que «la foi devait avoir la priorité dans notre temps». Si, selon lui, la foi était autrefois «une chose évidente», ce qui est évident aujourd’hui, est «le contraire: qu’on peut ne pas croire et que Dieu est absent». Critiquant le fait que les chrétiens d’aujourd’hui prenaient dans la foi ce qui était «utile ou actuel», tombant souvent dans l’activisme, il a déclaré qu’en réalité «la foi était au centre de tout».
Se penchant particulièrement sur l’éducation catholique, le pape a aussi appelé à ce que les prêtres aient une «bonne formation théologique». Il a demandé à ce que de bonnes universités ne forment «pas seulement leurs connaissances intellectuelles mais à une foi intelligente». Il a par ailleurs appelé à un renouveau de la catéchèse.
Confiant que l’Exhortation post-synodale sur l’Eucharistie était «bien avancée», Benoît XVI a aussi parlé de la messe et de la liturgie. Il est ainsi revenu sur la mission du prêtre, critiquant le fait que des laïcs prononcent parfois l’homélie à leur place en Suisse. En effet, même si le prêtre est fatigué, âgé, faible ou qu’il a trop à faire, même si ses assistants sont compétents et que cela est plus simple, au niveau pratique, qu’ils prêchent à la place du prêtre, cette conception n’est pas juste, a estimé le pape. L’homélie fait en effet, pour lui, «partie intégrante» de l’Eucharistie.
Dans son discours, le pape a aussi parlé du sacrement de la Réconciliation, invitant à la redécouverte de la confession. Le pape s’est finalement arrêté sur le thème de l’oecuménisme, appelant d’abord les évêques à oeuvrer dans leur Eglise locale en ayant le sens de l’Eglise universelle. Il a aussi suggéré que les chrétiens oeuvrent ensemble dans la société afin de lui insuffler des valeurs. En cela, protestants, orthodoxes et catholiques peuvent trouver une unité, là où «l’unité théologique et sacramentelle n’est pas encore possible», a-t-il estimé. Il a donné l’exemple de la Grèce et de la Russie, où les différentes confessions comprenaient de plus en plus cette mission de défendre les racines chrétiennes de l’Europe, au-delà de leurs différences et des difficultés qu’elles pouvaient rencontrer.
Le discours réellement prononcé par le pape en allemand le 7 novembre a été rendu public le lendemain, 8 novembre, dans l’après-midi. Une version d’un discours non lu par Benoît XVI avait été distribuée la veille aux journalistes. (apic/imedia/ar/hy/bb)
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