Après les propos ’inacceptables’ de Benoît XVI à Ratisbonne
Rome, 15 novembre 2006 (Apic) Ali Bardakoglu, ministre turc des Affaires religieuses, a estimé que le prochain voyage du pape dans son pays, fin novembre 2006, «ne résoudra pas tous les problèmes mais sera un bon pas dans la direction du dialogue».
Interrogé par le quotidien italien «La Stampa», le plus haut responsable musulman turc a aussi justifié que, dans un pays démocratique, ceux qui n’apprécient pas cette visite puissent le dire. Directeur du département des Affaires religieuses d’un pays constitutionnellement laïc, il sera l’un des premiers à accueillir le pape à son arrivée à Ankara, le 28 novembre prochain.
Au lendemain du discours de Benoît XVI à Ratisbonne, le grand mufti Ali Bardakoglu avait dénoncé les propos du pape, l’accusant d’avoir «une vision partielle et pleine de préjugés» sur l’Islam et réclamant des excuses. I.Media a retranscrit les extraits les plus significatifs de l’interview publiée par «La Stampa» le 15 novembre.
Q.: Vous avez été parmi les premiers à demander les excuses du pape après son discours de Ratisbonne. Vous les lui demanderez encore ?
R.: Je ne perds pas mon temps à parler du passé. Il n’est pas important de savoir qu’une chose inacceptable a été dite sur l’Islam par un laïc, un religieux ou une personne importante: il est juste de le corriger. Mais ce sont des choses du passé, nous devons aller de l’avant. Les leaders religieux doivent respecter la sensibilité des autres croyants. En tant que communauté islamiste, nous sommes ouverts aux critiques, aux discussions sur l’expérience religieuse mais pas sur les principes fondamentaux de notre Foi: Dieu, le Prophète et le Coran.
Q.: La citation par le pape de l’empereur byzantin Manuel II était seulement un petit passage d’un large discours sur Dieu et la raison. Le Dieu du Coran est-il au-delà de la raison ?
R.: C’était une discussion très intellectuelle et la citation faite par le pape mène à une interprétation académique erronée. D’autre part, de nombreux intellectuels occidentaux, y compris chrétiens, ont critiqué ces paroles sur le plan politique et philosophique. La foi islamiste n’exclut pas le rationalisme. Dans le Coran, il y a des indications selon lesquelles la logique n’est pas étrangère à Dieu. Nous sommes ouverts à la discussion sur le rapport entre Dieu et la raison et c’est un grand plaisir de discuter avec les autres religions de ce thème. (.)
Q.: Etes-vous préoccupé par la sécurité du pape ?
R.: Les leaders religieux et politiques de tous les pays viennent en Turquie chaque jour sans aucun problème. Nous sommes un état démocratique où la liberté existe: c’est justement pour cela que ceux qui n’apprécient pas cette visite le disent. Mais ceci n’amoindrira pas notre accueil traditionnel. La tolérance et l’hospitalité sont deux domaines différents qui peuvent cohabiter. Non, je ne suis vraiment pas préoccupé. Ce voyage ne résoudra pas tous les problèmes mais ce sera un bon pas dans la direction du dialogue. La paix se détruit en un instant mais, pour la construire, il faut beaucoup de temps, un long processus.
Q.: Les musulmans turcs veulent-ils vraiment entrer dans une Union européenne apparemment chrétienne ?
R.: Mon rôle n’a rien à voir avec la question de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Je ne crois pas que l’Europe soit un club chrétien. Il faut trouver une voie commune : si on commence par la religion alors on se divisera sur tout.
Q.: L’Eglise catholique ne sera-t-elle jamais reconnue légalement dans votre pays ?
R.: Toutes les religions sont reconnues. La Turquie est un pays laïc, le problème n’existe pas. Le devoir de l’Etat est donner un espace aux confessions et de garantir leur liberté (.). (apic/imedia/lst/pr)
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