OIT et OMCT élèvent la voix pour dire «stop»
Genève, 20 novembre 2006 (Apic) Dans un rapport présenté lundi à l’occasion de la Journée mondiale de l’enfance, le Bureau international du travail (BIT) appelle à la tolérance zéro contre les violences exercées sur quelque 218 millions d’enfants qui travaillent et cent millions d’adolescents légalement employés dans le monde.
Selon le BIT, des millions d’enfants et d’adolescents qui travaillent sont confrontés à la violence sur leur lieu de travail. Elle se manifeste par des abus physiques ou verbaux, par du harcèlement sexuel, des viols et même des meurtres.
Le 20 novembre 1989 était adoptée la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’Enfant avec l’espérance d’offrir à tous les enfants du monde des droits effectifs. En novembre 2006, 17 ans plus tard, la ratification de cette Convention est quasi-universelle, comme les violences subies par les enfants, présentes dans tous les pays, indique pour sa part l’organisation mondiale contre la torture (OMCT).
Des chercheurs du BIT affirment pour leur part avoir découvert que la violence à l’encontre des enfants qui travaillent «fait partie d’une culture collective du lieu de travail, qui comprend brutalités, cris, insultes, violences ponctuelles, mais aussi harcèlement sexuel, et qui, dans des cas extrêmes, peut aller jusqu’au viol ou au meurtre». Certaines catégories sont particulièrement exposées aux risques de violence: les domestiques, les jeunes dans l’économie informelle, les enfants contraints au servage pour dettes et ceux qui effectuent des travaux dangereux.
Les 5,7 millions d’enfants qui sont forcés de travailler ou asservis pour dettes, y compris une part significative des victimes de la traite humaine, sont constamment exposés aux risques de la violence. Chiffres encore: plus de 60% des 218 millions d’enfants au travail dans le monde le sont sur des lieux dangereux tels que les verreries, les mines, les plantations et autres activités agricoles où la réglementation en matière de santé et de sécurité est souvent laxiste ou inexistante.
Impunité
Bien que les enfants de toutes origines sociales soient touchés par la violence, notamment dans la sphère privée, une étude récente de l’OMCT démontre que la pauvreté est un vecteur indéniable de violence et que les enfants issus de couches sociales défavorisées sont souvent plus vulnérables à la violence. «La torture émerge dans les sociétés lorsque les liens sociaux ont été dégradés, que l’injustice, la marginalisation et l’exploitation engendrent la violence collective, tant de la part de ceux qui contrôlent l’Etat pour servir leurs propres intérêts que des victimes, qui en raison de l’absence d’espace et de système requis pour reconnaître et protéger leurs droits ont recours à la violence, et achèvent de briser le contrat social».
L’étude de l’OMCT montre qu’en Egypte, la police arrête et détient des enfants alors qu’ils n’ont commis aucune infraction pénale mais sur la seule considération de leur vulnérabilité à la délinquance et au danger car ils mendient, sont sans domicile, handicapés, etc. Cette année, l’OMCT a également dénoncé les réponses généralement inadaptées et répressives face aux enfants vivant dans la rue. Ainsi, en Amérique latine, les enfants sont fréquemment victimes du phénomène de nettoyage social, c’est-à-dire qu’ils sont sommairement exécutés par des agents de sécurité publics et privés ou des groupes de para-militaires, parfois recrutés par les riverains. Les gouvernements justifient cette répression très dure en assimilant tous les enfants de la rue à des membres de maras (bandes de jeunes organisées). Selon l’OMCT, les responsables de ces exactions jouissent facilement d’une totale impunité.
Un rapport alternatif sur le Guatemala soumis par l’OMCT et des partenaires locaux au Comité des Nations Unies contre la torture en mai 2006 met en avant la violence des agressions subies par ces enfants en citant notamment la découverte des cadavres de deux enfants vivant dans la rue: Heidy Mariol Ruano,14 ans, poignardée 76 fois et Mario Estuardo Esquivel, décapité, dont les assassins n’ont toujours pas été retrouvés.
L’hypocrisie des gouvernements
Ces enfants vivant dans la rue sont rarement considérés comme ayant des droits et sont souvent la cible de graves abus comme lors d’arrestations musclées. L’OMCT a ainsi récemment dénoncé les arrestations et détentions illégales de 220 enfants, dont une vingtaine âgés de moins de 5 ans, en République démocratique du Congo dont le seul tort est d’être trop pauvres pour vivre ailleurs que dans la rue.
Selon l’OMCT, les mineurs en conflit avec la loi et plus particulièrement ceux privés de liberté sont également fréquemment victimes d’une violence encore trop peu dénoncée. Comme l’ont démontrés plusieurs rapports alternatifs récents de l’OMCT sur le Bénin, le Kenya et le Chili, les pratiques judiciaires conduisent quasi-systématiquement à l’incarcération de ces enfants au détriment de peines de réinsertion alternatives à la privation de liberté.
L’OMCT regrette déplore enfin l’hypocrisie des Etats qui «sont capables de s’unir un jour pour dénoncer la violence contre les enfants et un autre pour refuser de prendre les mesures concrètes pour lutter contre». (apic/com/pr)
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