La sécurité et l’ordre pour contenir les opposants à cette visite

Voyage du pape en Turquie: Saint-siège, gouvernement et patriarcat: même préoccupation

Istanbul, 24 novembre 2006 (Apic) Saint-Siège, gouvernement turc et patriarcat orthodoxe ont sans doute en commun la préoccupation d’un voyage du pape en Turquie sans incident. Benoît XVI se rendra certes en Turquie à l’invitation du patriarche oecuménique Bartholomée Ier. Il n’empêche, Ankara est partie prenante dans cette visite, qui sera observée de près par Bruxelles.

Athènes n’a pas manqué d’enfoncer le clou en estimant jeudi qu’Ankara perdait des points en Europe du fait de son attitude envers le patriarcat oecuménique orthodoxe, siégeant à Istanbul, où doit se rendre notamment le pape Benoît XVI lors de sa visite en Turquie la semaine prochaine.

En dépit de pressions, la Turquie se refuse toujours à reconnaître le caractère « oecuménique » du patriarcat orthodoxe, qui date de Byzance (IIIe siècle) et lui refuse de faire fonctionner un séminaire pour assurer le renouvellement de son clergé.

Il y a bientôt 40 ans, en juillet 1967, Paul VI avait été le premier pape à se rendre à Istanbul à la rencontre du patriarche orthodoxe de l’époque, Athénagoras. Un voyage de deux jours, axé autour des relations oecuméniques. Au début de son pontificat, en 1979, Jean Paul II avait effectué la même démarche, durant trois jours, en allant à la rencontre de Dimitrios Ier. Benoît XVI, peu après son élection, a été invité par Bartholomée Ier pour le 30 novembre 2005, à l’occasion de la fête de saint André, le patron du patriarcat oecuménique de Constantinople.

Une invitation que les autorités turques ont mal digéré, puisque c’est un an plus tard que le président turc Ahmet Necdet Sezer lancera son invitation au pape, infligeant ainsi un camouflet à Bartholomée Ier. Ce dernier est contesté par le patriarcat orthodoxe russe et la visite du pape menace d’envenimer les relations de Rome avec Moscou.

Benoît XVI aura certainement un discours très mesuré sur la question religieuse et devra éviter les faux-pas autant que certains gestes déplacés. Le premier discours du pape sera prononcé d’ailleurs lors de sa rencontre avec le chef du département des Affaires religieuses, le musulman Ali Bardakoglu. Le même qui avait dénoncé avec vigueur les propos du pape à Ratisbonne.

Une question, deux avis

Ce voyage, à n’en pas douter, sera suivi de près par Bruxelles, à l’heure où la Turquie frappe à la porte de l’Union européenne. Officiellement, le Saint-Siège indique qu’il est « neutre » sur cette question. Le secrétaire d’Etat, le cardinal Tarcisio Bertone, a ainsi récemment rappelé que « le Saint-Siège n’a et ne veut aucun droit de veto contre qui que ce soit pour une adhésion à l’Union européenne ». Son point de vue n’a pourtant pas été partagé par un autre membre de la curie, quelques mois plus tôt. En juillet dernier, le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, affirmait en effet que la Turquie ne devait pas entrer dans l’Europe tant que la liberté religieuse n’y était pas assurée.

Pour les observateurs, les minorités religieuses, et pas uniquement, font face à de sérieux problèmes en Turquie. La présence catholique y est très faible, 0,04% de la population, avec quelque 32’000 membres, sur une population de 72 millions de personnes, à plus de 95% musulmanes. Pourtant, estime le cardinal Ignace Moussa Daoud, la lente disparition de la présence catholique en Turquie semble définitivement révolue. Le préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales s’exprimait le 23 novembre 2006 sur les ondes de Radio Vatican à quelques jours de son départ pour la Turquie avec le pape. Il a souhaité que la Turquie, « berceau de la chrétienté, reste un terrain de dialogue fraternel entre les religions et les cultures ».

Le cardinal Daoud fera partie de la délégation des cinq cardinaux qui accompagneront Benoît XVI lors de son voyage en Turquie, du 28 novembre au 1er décembre prochains, tout comme le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens. Pour la première fois, le cardinal Tarcisio Bertone accompagnera Benoît XVI en tant que secrétaire d’Etat du Saint-Siège. Le cardinal Paul Poupard, à la fois président des Conseils pontificaux de la culture et pour le dialogue interreligieux fera aussi partie de la suite papale, ainsi qu’un autre Français, le cardinal Roger Etchegaray, ancien président des Conseils pontificaux Justice et Paix et Cor Unum, largement impliqué dans le dialogue oecuménique et interreligieux.

Mesures de sécurité exceptionnelles

En attendant, la Turquie met en place d’importantes mesures de sécurité en prévision de cette visite. La crainte de réactions violentes est bien réelle contre les remarques du pape sur l’islam et après des récentes attaques visant des prêtres chrétiens dans ce pays.

Jusqu’à 12’000 policiers, dont des tireurs isolés positionnés sur les toits, devraient être mobilisés à Istanbul. Les autorités prévoient de bloquer deux quartiers dans le district où le pape séjournera.

Le patriarche Bartholomée Ier, primat de l’Eglise orthodoxe de Constantinople, qui sera l’hôte de Benoît XVI à Istanbul, a averti que tout « désagrément » durant la visite du pape aura des répercussions sur la tentative d’adhésion de la Turquie à l’UE.

Coïncidence du calendrier; le procès de deux Turcs chrétiens accusés d’avoir insulté l’islam et l’identité nationale turque au cours d’activités missionnaires s’est ouvert jeudi à Istanbul. Tous deux membres de l’église protestante d’Istanbul, ils ont été inculpés par la justice turque après le dépôt de plaintes relatives à « leurs activités missionnaires » parmi les écoliers de Silivri, un faubourg d’Istanbul. Selon accusation, les deux hommes auraient déclaré que « l’islam est une religion primitive et une imposture, une source de terrorisme », et que les Turcs, « qui ont commis de nombreux massacres de chrétiens dans l’Histoire. » (apic/ag/imedia/ami/ar/pr)

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