Rome: Recep Erdogan demande au pape de soutenir «l’alliance des civilisations»

Benoît XVI ne se déplacera pas avec sa papamobile

Rome/Istanbul, 24 novembre 2006 (Apic) Le Premier ministre turc Tayyip Recep Erdogan a demandé au pape Benoît XVI de soutenir « l’alliance des civilisations » entre Occident et monde musulman lancée par Ankara et Madrid, dans un entretien à la télévision italienne rapporté vendredi par les médias italiens. Selon Joaquin Navarro-Valls, la célèbre papamobile ne sera pas du voyage.

« Le pape, personnalité aussi bien politique que religieuse, peut jouer un rôle important pour substituer au climat de guerre un climat de paix », a déclaré Erdogan. Qui confirme qu’il n’accueillera pas le pape à Ankara mardi parce qu’il sera « en Lettonie pour participer au sommet de l’OTAN ».

Interrogé sur la polémique provoquée par des propos du pape sur l’islam à Ratisbonne, le Premier ministre Erdogan a relevé: « Nous ne nous sommes jamais permis d’insulter les prophètes des autres religions. Notre foi nous commande même de les respecter. Nous avons donc le droit d’attendre le même traitement des membres d’autres religions ».

Un discours que les opposants à la visite du pape en Turquie ne vont pas manquer d’utiliser. Vendredi déjà, aux abords des mosquées d’Istanbul, des militants islamistes ont appelé les fidèles à protester massivement ce week-end. Des tracts appelant à manifester dimanche contre cette visite et « contre l’alliance des Croisés » ont été distribués.

Selon Joaquin Navarro-Valls, ancien directeur de la salle de presse du Saint-Siège, la célèbre papamobile ne sera pas utilisée lors des déplacements de Benoît XVI en Turquie. La presse turque a récemment indiqué que le pape pourrait se déplacer à bord d’un véhicule blindé déjà utilisé à l’occasion de la visite du président américain Bush, courant 2004. Selon l’ancien directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, l’absence de la papamobile est aussi liée à l’absence de la foule le long du parcours du pape.

A noter que Benoît XVI a fait un don de 7’000 euros aux sinistrés d’une inondation qui a frappé récemment une ville du sud du pays, a indiqué vendredi Luigi Padovese, vicaire apostolique d’Anatolie.

De Bartholomé Ier à Ephèse

Reste que le voyage que Benoît XVI s’apprête à effectuer en Turquie, du 28 novembre au 1er décembre 2006, vise essentiellement à répondre à l’invitation du patriarche orthodoxe de Constantinople, Bartholomé Ier. Cette visite, comme celle de Jean Paul II en 1979, est organisée autour de la date du 30 novembre, jour de la fête de saint André, patron du patriarcat.

Autre point fort de ce voyage: la visite de Benoît XVI au sanctuaire marial d’Ephèse. C’est dans la matinée du 28 novembre 2006 que le pape se rendra à ce sanctuaire. Il sera le troisième pape à s’y rendre, après Paul VI en 1967 et Jean-Paul II en 1979. Cette ville, théâtre d’un important concile dans les premiers temps de l’Eglise, abrite aussi le sanctuaire Meryem ana evi où se rendra Benoît XVI. Chaque année, un grand nombre de chrétiens et de musulmans viennent y vénérer la Vierge Marie, dont on dit qu’elle est venue y mourir.

L’histoire de la maison de la Vierge a Ephèse a commencé avec les visions d’une jeune femme, Anne-Catherine Emmerick (1774-1824). Cette grande stigmatisée de Dülmen (Allemagne) avait des visions si précises sur la vie de la Vierge Marie, qu’un prêtre français, l’abbé Gouyet, eu l’idée, en 1880, de se rendre à Ephèse pour constater sur place la véracité de ses propos et pour découvrir – peut-être – l’emplacement de la maison. Après quelques recherches, il découvrit une ruine et quand il demanda le nom de l’endroit, on lui répondit : Panaya Kapoulou, la ’porte de la Vierge’. De mémoire d’homme, les habitants de la région venaient y célébrer, le 15 août, l’Assomption de la Vierge, parce que, disaient-ils, c’était dans cette maison qu’elle était morte.

Les premières fouilles entreprises confirmèrent l’antiquité des fondations de la maison et la découverte fut authentifiée par Mgr Timoni, archevêque de Smyrne, en 1892. C’est ainsi que la Maison de la Vierge, où la Mère de Jésus vécut exilée auprès de saint Jean, est un sanctuaire marial depuis plus d’un siècle. Du fait de la vénération de l’Islam pour la Mère de Jésus, elle est devenue un lieu de rencontre exceptionnelle entre les chrétiens et les musulmans avec plus de 3 millions de pèlerins par an, en majorité des musulmans. Dans un livre de l’auteur suisse Frithjof Schuon (1907-1998), on peut lire que « les catholiques célèbrent la messe, tandis que les musulmans prient dans la chambre adjacente. Les divers ex-votos montrent que la Vierge accorde des miracles aux uns comme aux autres ».

Située a proximité de la ville actuelle d’Izmir (ancienne Smyrne), Ephèse (selçuk en turc) est une ville portuaire. Elle est connue pour ses sanctuaires, notamment le temple de la déesse Artémis qui compte parmi les sept merveilles du monde antique. Ephèse fut probablement fondée au 11e avant Jésus-Christ par des Grecs ioniens. Saint Paul la choisira pour y installer une congrégation chrétienne au Ier siècle et elle deviendra l’un des premiers centres du christianisme. (apic/ag/imedia/ami/pad/hy/ar/pr)

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