Rome: Le pape demande aux évêques de réajuster l’expression latine ’pro multis’
Rome, 29 novembre 2006 (Apic) Le Saint-Siège demande aux Conférences épiscopales du monde entier de réajuster leur traduction de l’expression latine ’pro multis’ (pour beaucoup, ndrl), utilisée par le prêtre lors de la consécration des offrandes, durant la messe. Sur demande du pape, le cardinal Francis Arinze, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, a envoyé à cet effet aux différentes Conférences épiscopales, une lettre datée du 17 octobre 2006, dont I.Media s’est procuré des extraits.
« Un texte correspondant aux mots ’pro multis’, transmis par l’Eglise, constitue la formule en usage dans le rite romain en langue latine depuis les premiers siècles », rappelle la lettre, au sujet de l’expression utilisée dans la formule de la consécration du vin, durant la célébration de la messe : « Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela, en mémoire de moi ». Les catholiques croient que quand, au cours de la messe, le prêtre, étendant ses mains au-dessus du calice, répète ces paroles prononcées par le Christ, le vin présenté en offrande se transforme dans le sang du Christ. Il s’agit de la transsubstantiation.
Au cours de trente dernières années, depuis la réforme liturgique post-conciliaire permettant l’usage d’autres langues que le latin pour la célébration la messe, « certains textes approuvés dans des langues vernaculaires ont adopté la traduction interprétative ’for all’ (en anglais, ndlr), ’per tutti’ (pour tous, en italien, ndlr), ou d’autres semblables », constate le Saint-Siège. S’il n’y a « aucun doute concernant la validité de la célébration de la messe avec l’usage de la formule dûment approuvée, lorsque celle-ci contient une expression semblable à ’pour tous’ », puisqu’elle « correspondrait sans aucun doute à une interprétation correcte de l’intention du Seigneur », le Christ « est mort sur la croix pour tous les hommes », explique la Congrégation pour le culte divin, il y a « toutefois de nombreux arguments en faveur d’une manière plus précise de traduire la formule traditionnelle ’pro multis’ ».
Controverse chez les linguistes
En effet, d’une part, les Evangiles font référence « explicitement à la ’multitude’ pour laquelle le Seigneur offre le sacrifice », d’autre part « le rite romain en langue latine a toujours dit ’pro multis’ et jamais ’pro omnibus’ (pour tous, ndlr) pour la consécration du calice ». En outre, « les différents rites orientaux » utilisent « une formule équivalente du latin pro multis dans leurs langues respectives ».
« ’Pour la multitude’ est une traduction fidèle de ’pro multis’, tandis que ’pour tous’ est plutôt une explication qui appartient au domaine proprement dit de la catéchèse », poursuit-elle. En effet, tout en demeurant « ouverte à l’inclusion de chaque personne humaine singulière », elle reflète aussi le fait « que ce salut n’est pas accompli en quelque sorte d’une manière mécanique, sans la propre volonté ou la participation de la personne ».
S’appuyant sur l’Instruction Liturgiam authenticam promulguée en mai 2001 par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements « pour la correcte application de la Constitution sur la sainte liturgie du Concile Vatican II », le cardinal Arinze souligne alors « qu’on devrait s’efforcer de demeurer plus fidèles aux textes latins des éditions typiques ». C’est pourquoi, il demande « aux Conférences des évêques des pays où la formule ’pour tous’ ou ses équivalents est actuellement en usage », d’entreprendre, « durant les prochaines une ou deux années », « la catéchèse des fidèles nécessaire pour les préparer à l’introduction d’une traduction précise en langue vernaculaire de la formule pro multis (par exemple : ’for many’, ’per molti’, (pour beaucoup, nldr) dans la prochaine traduction du Missel romain.
Si les Conférences épiscopales locales sont responsables de la traduction du Missel dans leur langue vernaculaire, elles sont tenues de soumettre leur proposition de traduction au Saint-Siège. La Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements est l’instance responsable de la vérification de ces traductions. Il incombe directement au Saint-Siège de déterminer les traductions des paroles de la consécration des offrandes, durant la messe. C’est pourquoi le pape a demandé au cardinal Francis Arinze d’écrire aux Conférences épiscopales du monde entier pour leur demander de revoir leur traduction de l’expression ’pro multis’. Soucieux de la liturgie, Benoît XVI lui a demandé également d’écrire aux évêques américains afin qu’ils n’autorisent plus les laïcs à aider au nettoyage des calices et des ciboires utilisés au c ours de la messe.
Dans sa lettre apostolique Vicesimus quintus annus, de 1988, Jean Paul II avait demandé de retravailler sur les traductions du latin des textes liturgiques dans les langues vernaculaires, qui contenaient souvent des imprécisions. Pour certains, ces nouvelles initiatives de Benoît XVI dans la continuité de la pensée de son prédécesseur, manifeste un désir, voire un début, de réforme de la Réforme liturgique post-conciliaire.
L’expression ’pro multis’ a été le sujet d’un débat chez les linguistes et un sujet de contentieux pour les traditionalistes depuis les réformes de Vatican II. (apic/imedia/ar/pr)
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