Turquie: Le pape reçu à Istanbul par Bartholomée Ier
Istanbul, 30 novembre 2006 (Apic) Le pape Benoît XVI a rejoint mercredi Istanbul où il a retrouvé le patriarche Bartholomée Ier dans l’espoir de faire avancer la réconciliation avec les orthodoxes. Le pape a été accueilli à l’aéroport par le patriarche oecuménique de Constantinople et primat des Eglises orthodoxes, ainsi que par le patriarche arménien Mesrob II.
Le pape et le patriarche oecuménique de Constantinople ont affirmé ensemble l’urgence de la « réconciliation » des chrétiens, lors de leur première rencontre, à Istanbul, le 29 novembre 2006. Recevant Benoît XVI, Bartholomé Ier a invité son hôte à regarder « les étapes parcourues », de même que « les erreurs commises en cours de route ».
Lors de sa première rencontre avec le patriarche orthodoxe de Constantinople, Benoît XVI a souhaité que sa visite à Istanbul renforce « l’engagement commun à persévérer dans l’itinéraire qui mène à la réconciliation et à la paix des Eglises ». De son côté, le patriarche Bartholomé Ier a souligné « le besoin urgent » de répondre au « processus de réconciliation ».
Au cours de la prière commune organisée dans l’église Saint-Georges du patriarcat de Constantinople, le pape a en outre confié qu’il garderait pour toujours le souvenir de sa rencontre avec le patriarche, une rencontre « pleine d’une authentique bonne volonté et de signification ecclésiale ». Il a salué la « courageuse décision » de Paul VI et du patriarche Athénagoras, en 1965, de « lever la mémoire des anathèmes de 1054 ».
« Paul VI autant que Jean Paul II ont été reçus chaleureusement en tant que visiteurs de cette église Saint-Georges et se sont respectivement associés aux patriarches Athénagoras Ier et Dimitrios Ier pour renforcer la marche vers la compréhension réciproque et la recherche de la pleine unité », a rappelé Benoît XVI.
Parlant de la terre de Turquie, « étroitement liée avec la foi chrétienne » et « où de nombreuses Eglises ont fleuri anciennement », Benoît XVI a souligné la riche moisson de martyrs, de théologiens, de pasteurs, de moines, et de saints hommes et femmes que ces Eglises ont générées au long de siècles ». Il a également noté que « les sept conciles oecuméniques que les orthodoxes et les catholiques reconnaissent comme importants pour la foi et la discipline de l’Eglise » s’étaient déroulés dans cette partie du monde oriental.
Echange de cadeaux
« Nous devons nous rendre compte des étapes parcourues, de même que des erreurs commises en cours de route, dans notre effort d’obéir au commandement de notre Seigneur pour que ses disciples ’soient un’ », a déclaré pour sa part le patriarche Bartholomé Ier. Il s’est dit « reconnaissant » de la visite de Benoît XVI à Istanbul.
Les deux hommes ont participé à un moment de prière, une ’doxologie de paix’, au Phanar, le siège du patriarcat oecuménique de Constantinople, à Istanbul. Au cours de la prière chantée, ils ont vénéré les reliques du théologien saint Grégoire de Nazianze et de saint Jean Chrysostome. Ils se sont ensuite entretenu en privé et ont procédé à un échange de cadeaux.
A son arrivée à l’aéroport d’Istanbul, un peu plus tôt dans la soirée, Benoît XVI avait été accueilli par les autorités civiles de la ville, puis avait été salué par le patriarche de Constantinople, Bartholomé Ier et plusieurs autres leaders religieux. Au terme de la deuxième journée de son voyage en Turquie, le pape s’est rendu à la représentation pontificale d’Istanbul, la « casa Roncalli », pour y dîner et y passer la nuit. APIC
Encadré:
Mesures de sécurité draconiennes à Istanbul
Le long des rues, des tireurs d’élite ont pris place sur les toits. C’est l’ambiance à Istanbul pour l’arrivée du pape, après son séjour à Ankara puis à Ephèse. Annulant toutes les permissions, la police d’Istanbul a mobilisé tous ses effectifs, soit 12’000 hommes. Plusieurs centaines de personnels en renfort des provinces voisines ont été appelés. Plusieurs quartiers riverains des sites que visitera le pape ont été fermés à la circulation, les résidents devant se soumettre à des contrôles de sécurité à chacun de leur déplacement. Un dispositif que les autorités turques décrivent comme plus serré que lors de la visite du président américain George W. Bush en 2004, à l’occasion d’un sommet de l’Otan. Istanbul, une ville d’environ 12 millions d’habitants, héberge de nombreux groupes islamistes, d’extrême-gauche et des séparatistes kurdes. Le pape doit visiter deux lieux sensibles jeudi: la basilique-musée de Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue, les deux monuments les plus grandioses de la chrétienté et de l’islam à Istanbul. Il deviendra le deuxième pape à visiter une mosquée, après Jean Paul II en Syrie en 2001. APIC
Encadré:
Le Saint-Siège n’est pas préoccupé par les déclarations d’Al-Qaïda
Le Saint-Siège a affirmé ne pas être préoccupé après les déclarations d’Al-Qaïda concernant le voyage de Benoît XVI en Turquie, comparé à « la campagne des croisés contre l’Islam » dans un message diffusé sur Internet le 29 novembre 2006. Interrogé par quelques journalistes à Istanbul, le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège en a profité pour rappeler « l’urgence et l’importance de l’engagement commun de toutes les forces contraires à l’utilisation de la violence ».
« Il n’y a pas de préoccupation, ni de la part du pape, ni de la part de son entourage, pour ce type de messages qui confirment encore une fois l’urgence et l’importance de l’engagement commun de toutes les forces contraires à l’utilisation de la violence », a ainsi déclaré le père Lombardi. Selon le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, « le dialogue entre les croyants est également significatif pour déclarer de la façon la plus explicite que toutes les religions ne doivent pas utiliser la violence au nom de Dieu ».
Le père Federico Lombardi est intervenu à son arrivée à Istanbul avec le pape, à la demande de journalistes, après la publication sur Internet d’un communiqué publié par « l’Etat islamique en Irak ». Ce groupuscule, dominé par la branche irakienne d’Al-Qaïda, a dénoncé la visite du pape en Turquie, estimant qu’elle s’inscrivait dans « la campagne des croisés contre l’Islam ». « Après l’échec des dirigeants croisés en Irak et en Afghanistan (.), le pape du Vatican est venu en Turquie pour mobiliser pour la campagne des croisés contre l’Islam », aurait ainsi écrit le porte-parole de « l’Etat islamique en Irak ». A ses yeux, « cette visite vise également à éteindre la flamme de l’Islam chez nos frères musulmans en Turquie pour les maintenir dans les fanges de l’Etat laïque fondé par le juif Atatürk et les pousser dans le giron de l’Union européenne ». (apic/imedia/ag/ami/pr)
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