Canada: L’abbé Gravel élu député au Parlement fédéral pour le Bloc Québécois
Ottawa, 30 novembre 2006 (Apic) L’abbé Raymond Gravel, un prêtre contestataire du Québec, a été élu député dans la circonscription fédérale de Repentigny, dans Lanaudière, avec plus de 66% des suffrages.
Le prêtre de 53 ans, qui fera son entrée officielle aux Communes ces prochaines semaines, a remporté lundi soir les élections organisées pour succéder au député Benoît Sauvageau, décédé dans un accident de la route l’été dernier. Il est membre du Bloc Québécois, un parti politique souverainiste (séparatiste) québécois.
La candidature de l’abbé Gravel avait suscité la controverse quand certains journaux avaient écrit qu’il avait reçu le feu vert de son évêque et même du Vatican pour occuper le siège de député. Dans une mise au point publiée le 31 octobre dernier, son évêque, Mgr Gilles Lussier, du diocèse de Joliette, a précisé qu’aucun «feu vert» n’avait été donné par le Vatican. L’évêque de Joliette n’a reçu «aucune permission de la part des Autorités romaines concernant le projet de l’abbé Raymond Gravel, a-t-il écrit, car la législation de l’Eglise est claire: «tout prêtre doit s’abstenir de tout engagement militant dans la politique».
Il souligne toutefois qu’il peut arriver que dans des circonstances concrètes et vraiment exceptionnelles, une telle chose soit possible. Il s’agit alors d’une dérogation à la norme commune. «C’est à l’autorité compétente, en l’occurrence l’évêque du diocèse, d’étudier la demande. Il doit prendre en considération tout spécialement le bien de la communauté ecclésiale et le bien commun de la société pour consentir, le cas échéant, à une telle dérogation».
A cette fin, il doit consulter son Conseil Presbytéral, c’est-à-dire les représentants du clergé diocésain qui assistent l’évêque dans la gouverne de son diocèse. «Dans le cas présent, ce n’est pas la situation dans notre pays qui justifie la dérogation à la règle commune telle que le droit de l’Eglise la définit», insiste Mgr Lussier. Qui relève qu’en faisant le choix de prendre une part active dans un parti politique, l’abbé Gravel conserve l’état clérical mais il est relevé de l’exercice du ministère sacerdotal. «Il ne peut exercer aucune activité en tant que prêtre durant le temps de son implication en politique. Cette mesure vise à éviter toute confusion chez les fidèles et à préserver la distinction entre la fonction politique et la religion».
Le curé des paroisses de Saint-Joachim-de-La Plaine, de L’Epiphanie, de Saint-Roch-de-l’Achigan et de Saint-Calixte ne pourra plus exercer son ministère sacerdotal durant le temps qu’il occupera le siège de député. L’abbé Gravel est connu au Québec pour avoir pris des positions très libérales et souvent opposées à la doctrine vaticane, notamment en ce qui concerne la liberté en matière d’orientation sexuelle et le mariage entre partenaires de même sexe.
Le 26 février dernier, avec 18 autres prêtres catholiques québécois, il avait signé une lettre ouverte dénonçant la position de l’Eglise catholique sur l’homosexualité. Les signataires affirmaient que «l’Eglise catholique ne détient pas la vérité sur l’être humain, et que la nature humaine évolue avec le temps».
Déjà en 1994, l’abbé Gravel avait exprimé son désaccord avec les arguments du pape Jean Paul II sur le sacerdoce des femmes et affirmait être favorable à l’ordination d’hommes et de femmes célibataires ou mariés. En 2003, il demandait que l’Eglise s’adapte en ce qui concerne les mariages «gays», tout en estimant que les évêques n’apportaient aucune solution au débat actuel et sur la reconnaissance sociale, juridique et religieuse des couples homosexuels. En décembre dernier, il a critiqué vertement le document romain excluant les homosexuels de l’accès à l’ordination sacerdotale. (apic/cns/ag/be)
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