Turquie: L’oecuménisme de Bartholomée 1er toujours pas reconnu par Ankara
Ankara, 30 novembre 2006 (Apic) La Turquie a déclaré jeudi qu’elle n’avait aucune intention de reconnaître officiellement comme «oecuménique» – universel – le titre du patriarche orthodoxe grec de Constantinople Bartholomée 1er. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Namik Tan a indiqué que le «patriarcat est une institution turque et c’est comme cela que nos lois la considèrent».
Le patriarcat oecuménique d’Istanbul date de l’Empire byzantin grec orthodoxe, qui s’est effondré en 1453 lorsque les Turcs Ottomans conquirent Istanbul, alors appelée Constantinople. La République de Turquie, créé en 1923 sur les ruines de l’empire ottoman, interdit au Patriarche d’utiliser le titre oecuménique, lui refusant tout rôle politique et administratif. Bartholomée 1er, âgé de 66 ans, est de nationalité turque mais il appartient à la petite communauté orthodoxe grecque (2.000 membres) de Turquie. Il a été élu patriarche en 1991. Il est le primat d’honneur de dizaines de millions d’orthodoxes dans le monde.
L’Eglise de Constantinople est traditionnellement considérée comme ayant été fondée par l’apôtre André en l’an 31. En 325, le premier Concile oecuménique de Nicée avait reconnu un privilège d’honneur aux évêques d’Alexandrie, d’Antioche, de Jérusalem, de Rome et de Nicée, en leur accordant une ’chaire apostoliqué. Le 2e Concile oecuménique de Constantinople, en 381, étendit ce privilège au patriarche de la ville, l’élevant au deuxième rang après Rome. C’est donc lorsque l’empereur Théodose (379-395) fit de Constantinople la véritable capitale d’un Empire devenu byzantin, que la ’nouvelle Romé prit toute son importance.
En 518, le patriarche de Constantinople reçut officiellement le titre de ’patriarche oecuméniqué. En Occident, du 8e au 9e siècle, le pape prit peu à peu rang de chef politique. L’Etat pontifical se développa. L’Eglise romaine, forte de ce pouvoir temporel grandissant, intervint alors de plus en plus dans les affaires internes de l’Eglise d’Orient dirigée par le patriarche Nicolas (mort en 867), entraînant des tensions. A la même période, le patriarcat envoya saint Cyrille (827-869) et saint Méthode (815-885) évangéliser les Slaves.
Sujet sensible
En 1054, le schisme était consommé entre l’Eglise d’Orient et d’Occident pour des raisons théologiques mais aussi politiques : les croisades furent la première conséquence de cette séparation. En 1204, les croisés prirent Constantinople et le patriarcat fut détruit. Pendant 57 ans, le patriarche déménagea à Nicée.
En 1453, Constantinople fut prise par les Turcs. Sous Mahomet II, tous les chrétiens de l’Empire ottoman furent considérés comme une ’nation’. Le patriarche fut investi, en plus de son autorité spirituelle, du titre d’’ethnarqué, chef de la ’nation’ chrétienne, au sens musulman du terme, c’est-à-dire avec le caractère inséparable du civil et du religieux.
En 2006, Benoît XVI a renoncé au titre de patriarche de l’Occident. La première mention de ce titre se trouvait dans une lettre écrite en 450 par Théodose II (401-450) au pape Léon Ier le Grand (440-461). L’année suivante, eut lieu le concile de Chalcédoine (451) durant lequel le pape refusa l’égalité entre le patriarcat de Rome et celui de Constantinople.
Aujourd’hui, malgré la laïcité proclamée en 1922, le patriarcat vit en Turquie une situation relativement précaire et ce qui reste de l’orthodoxie y est souvent menacé. Selon le Traité de Lausanne de 1923, l’élection du patriarche est soumise à l’approbation de l’Etat turc.
La question du patriarcat est un sujet sensible en Turquie, pays laïque mais à écrasante majorité musulmane. Les milieux ultra-nationalistes notamment lui reprochent de s’engager dans des activités politiques. (apic/ag/imedia/pad)
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