Un juste retour des choses, 500 ans après

Fribourg: Remise d’une parcelle de la relique de St Nicolas à l’abbaye d’Hauterive

Fribourg, 6 décembre 2006 (Apic) Le 2 mars 1506, les reliques de St Nicolas étaient transférées de l’abbaye d’Hauterive à l’église de Fribourg, sur ordre du pape Jules II. 500 ans après ce don forcé, le Chapitre de la Cathédrale St-Nicolas a remis aux cisterciens une parcelle de ces reliques, en signe de »réparation partielle ».

La cérémonie de remise de ces reliques a eu lieu le matin du 6 décembre – jour de la St-Nicolas – à l’abbaye d’Hauterive, en présence de neuf chanoines de la cathédrale, des moines de la communauté d’Hauterive et d’une quarantaine de fidèles.

Dans son message d’accueil, le Père Abbé Mauro-Giuseppe Lepori a souligné que le « don » des importantes reliques le 2 mars 1506 – et non le 9 mai comme on l’a longtemps cru – a été effectué à contrecoeur par l’abbaye d’Hauterive. Le transfert a d’ailleurs eu lieu 8 mois après l’ordre donné par le pape Jules II.

Un acte dicté par prestige politique

« Ce n’est pas par pure piété, mais par honneur et calcul politique que Fribourg les a voulues, à une époque où le prestige politique passait aussi par le religieux », a lancé le Père Abbé. Fribourg tentait alors d’acquérir une notoriété aussi importante que celle de sa voisine Berne, laquelle disposait des reliques de St Vincent. Les effets ne se firent pas attendre. L’acte de transfert a rapidement permis à l’église St-Nicolas de devenir collégiale et de disposer d’un Chapitre des chanoines. Depuis ce jour-là, en signe de reconnaissance pour ce don forcé, une procession a eu lieu chaque année de Fribourg à Hauterive, le 9 mai, jusqu’en 1776. Pour Don Mauro, la vénération des reliques signifie que « le saint a atteint dans sa vie un état de don total de soi-même, jusque dans la mort ».

« Il a fallu 500 ans pour réparer partiellement ce qui fut une sorte d’enlèvement », a lancé Claude Ducarroz dans son homélie. « Ces reliques ne sont pas des choses, mais le mémorial d’un grand saint. Au delà de l’objet, il faut recueillir l’esprit qui animait le saint évêque de Myre, dans son corps, son coeur et son esprit », a expliqué le prévôt, pour qui « un saint et une sainte, c’est beaucoup plus qu’une relique. C’est l’évangile en chair et en os ».

Quatre remises de reliques en 2006

L’acte accompli à Hauterive donne suite à la remise d’un bout de fémur de St-Nicolas au métropolite biélorusse Philarète, le 22 février dernier, en vue d’être exposé à la Cathédrale orthodoxe du Saint-Esprit à Minsk. Dès ce moment, deux autres remises de reliques ont eu lieu, a révélé à l’Apic le prévôt Claude Ducarroz. Une demande a été adressée à Fribourg d’une communauté gréco-catholique, pour leur nouvelle église à Târgu-Mures en Transylvanie (Roumanie). Deux séminaristes de ce diocèse fréquentaient l’Ecole de la Foi, alors dirigée par Claude Ducarroz.

Puis, c’est sur la demande de Mgr Bernard Genoud, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, que le Chapitre de la Cathédrale a octroyé une parcelle de la relique à la communauté orthodoxe de Fribourg. Elle se trouve dans leur lieu de culte, à la chapelle de la Chassotte.

« Il s’agit à chaque fois d’une très petite parcelle placée dans un coffret. Ces dons n’ont pas dégarni les reliques préservées à la cathédrale », assure le prévôt Ducarroz, qui interprète les remises à des communautés biélorusse et roumaine comme un « retour de St Nicolas en Orient ». BB

Des reliques en provenance de Bari, via Rome

Les reliques de Saint Nicolas reposant à la cathédrale de Fribourg sont les plus substantielles du saint, après celles de Bari en Italie du Sud.

Saint Nicolas fut vénéré en Occident dès le temps des croisades, après le transfert par des marins italiens de son corps de Myre – en Asie mineure – sur le sol italien à Bari en 1087. Les Zähringen, fondateurs de la ville de Fribourg en 1157, vouaient un culte particulier au saint évêque de Myre. Ils placèrent l’église paroissiale sous sa protection.

A l’Abbaye cistercienne de Hauterive, on édifia dès 1320 une chapelle en l’honneur de Saint Nicolas. Les reliques actuelles furent apportées de Rome à Hauterive vers 1420 par l’abbé Pierre d’Affry. Pour obtenir leur transfert à l’église de Fribourg, l’avoyer et le conseil de la ville eurent recours à l’autorité du pape Jules II. Une bulle pontificale, datée du 2 juillet 1505, accordait ces reliques à Fribourg. Le transfert se fit le 2 mars 1506.

St Nicolas, évêque et personnage de légende

On ne sait pas grand-chose de St Nicolas. Son extraordinaire popularité, tant en Orient qu’en Occident, est due à sa légende, selon l’encyclopédie catholique THEO. Une certitude: il fut évêque de Myre, en Asie Mineure, dans l’actuelle côte ouest de la Turquie, au IVe siècle. Il aurait été emprisonné sous la persécution de Dioclétien et participé au concile de Nicée conte l’arianisme en 325. Parmi les légendes les plus connues sur sa personne figure la résurrection de trois enfants assassiné et mis au saloir par un boucher ou un aubergiste (selon les traditions), ainsi que l’épisode où il jette par la fenêtre trois bourses d’or chez un voisin qui, faute de dot, destinait ses filles à la prostitution. Fêté le 6 décembre, il est entre autres le saint patron de la Russie, des avocats, des enfants et des marins. (apic/bb)

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