Vaud: Clôture des conférences consacrées aux apocryphes à Lausanne
Lausanne, 12 décembre 2006 (Apic) Le Centre catholique d’études de Lausanne et le Centre Vaudois de Formation Permanente ont terminé lundi soir la série de conférences qui avaient pour thème les apocryphes. Bref aperçu des textes encore sous-exploités selon Enrico Norelli, conférencier et professeur d’histoire du christianisme à l’Université de Genève.
Certains apocryphes peuvent donner l’impression d’en apprendre au lecteur sur Jésus. C’est le cas de ceux qui prétendent rapporter un enseignement ésotérique que le Christ aurait confié à un disciple particulier, tel Thomas. Le cas également de ceux qui, comme «les Actes de Pilate», transcrivent fidèlement le récit que deux ressuscités auraient fait de la visite de Jésus aux enfers.
D’autres, moins prétentieux, montrent un apôtre détournant la femme d’un haut fonctionnaire romain de ses devoirs conjugaux. L’exemple donné est celui des «Actes de Philippe». «Là, il faut chercher à voir le reflet de choix pratiques de morale sexuelle et une exhortation à faire acte de chasteté dans le mariage. Mais la tentation est grande d’y trouver des secrets ou des révélations cachées sur Jésus et ses disciples. Dans ce cas, il ne servirait à rien de lire les apocryphes», explique Enrico Norelli, professeur ordinaire d’histoire du christianisme antique à la Faculté de théologie de l’Université de Genève.
Dans sa conférence intitulée «Le fabuleux destin des apocryphes», le chercheur a insisté sur la richesse des écrits que les Vaudois ne connaissent pas encore. Pourtant, leur intérêt est bien indéniable dans la transmission de représentations que les chrétiens de divers lieux et de différentes époques se font de la personne de Jésus, des apôtres et de l’origine des Eglises locales.
Les apocryphes comme outils des scientifiques
Le conférencier a par ailleurs indiqué que certains apocryphes sont très anciens et reflètent des traditions contemporaines d’une partie de l’actuel Nouveau Testament. Pour les historiens et les biblistes, ils constituent une mine inépuisable et encore peu exploitée pour accéder à des traditions chrétiennes des origines. A un participant qui demandait pourquoi l’Eglise a entretenu un silence autour de ces écrits, l’historien a répondu que c’était surtout un problème lié au choix parmi une centaine d’apocryphes peu narratifs mais pleins de sens évangélique. A son avis, il n’y a aucune différence intrinsèque entre les écrits canoniques et les apocryphes. De nombreux chrétiens ignorent que les noms Balthazar, Gaspard et Melchior trouvent leur origine dans les apocryphes et que les trois mages qui portent ces noms font la richesse des peintures coptes dans l’oasis égyptienne de Bawit.
Ont-ils réellement une importance spirituelle? A cette question d’une intervenante, le conférencier a souligné combien ces textes marquent de leurs traces les symboles usagers des édifices religieux. «Les apocryphes sont particulièrement des outils qui transmettent des éclairages sur la vie et sur les croyances des premières communautés chrétiennes. Il ne faudrait y chercher aucun accès à la vérité historique sur Jésus et ses apôtres», a déconseillé l’universitaire recommandant de ne pas les rejeter non plus, de peur de condamner les vitraux des cathédrales et les fresques des églises romanes à l’oubli. DNG
Encadré
Trois questions à Philippe Baud, un des responsables du Centre catholique d’études
Q.: Pourquoi avez-vous choisi les apocryphes comme thème des différentes conférences?
R.: Nous voulions répondre à toutes les questions soulevées par l’Evangile de Judas. Le battage médiatique à ce sujet nous semblait disproportionné et nous voulions profiter de ces jours de Noël pour faire un retour aux sources et à la vérité historique. C’est donc pour donner une information équilibrée que nous avons organisée ces conférences.
Q.: Etes-vous de l’avis que l’Eglise catholique n’a pas caché les apocryphes?
R.: Le conférencier a répondu a cette question. Il n’y a jamais eu d’intention tactique de cacher les apocryphes mais plutôt une intention pédagogique.
Q.: Avez-vous l’impression que les chrétiens vaudois voulaient en savoir plus sur ce sujet?
R.: A chaque nouvelle conférence, nous avons été obligés de chercher de nouvelle salle de conférence et parfois même de nouvelles chaises parce que la place nous manquait. Avec 80 participants à la conférence de lundi soir, je pense que cela montre que nous ne nous sommes pas trompés, ni de cible, ni de sujet. Notre objectif de créer une confrontation entre foi et culture des chrétiens a réussi. (apic/dng/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/vaud-cloture-des-conferences-consacrees-aux-apocryphes-a-lausanne/