Accusé par la presse d’avoir collaboré avec le régime communiste

Pologne: Le Saint-Siège dit sa confiance dans le nouvel archevêque de Varsovie

Rome, 21 décembre 2006 (Apic) Le Saint-Siège a redit jeudi avoir « pleine confiance » dans le nouvel archevêque de Varsovie, accusé par la presse polonaise d’avoir collaboré avec le régime communiste au pouvoir de la fin de la guerre jusqu’en 1989.

Dans une déclaration publiée le 21 décembre 2006, Rome indique avoir toute confiance en Mgr Stanislaw Wielgus, nouvel archevêque de Varsovie, accusé par la « Gazeta Polska » de collaboration avec le régime communiste. Des journalistes de l’hebdomadaire polonais ont fait des recherches et ont découvert dans les archives communistes, affirme le journal, des documents qui prouveraient que Mgr Stanislaw Wielgus aurait collaboré avec les services secrets communistes pendant 22 ans, les informant sur les activités de l’Eglise catholique durant cette période.

Selon Tomasz Sakiewicz, rédacteur en chef de la « Gazeta Polska », Mgr Wielgus aurait été « l’un des plus importants collaborateurs des services secrets communistes au sein de l’Eglise ». Le prélat, qui nie les accusations portées contre lui et qui qualifie les documents qui le compromettent de « faux », a reconnu avoir eu des contacts, comme de nombreux autres prêtres, avec ces services durant le régime communiste. Mais il affirme n’avoir jamais agi contre l’Eglise. L’Institut de la mémoire nationale à Varsovie, qui est chargé d’enquêter sur cette époque, n’a pas commenté les affirmations de la « Gazeta Polska ». Le 6 décembre dernier, le prélat a été nommé par Benoît XVI archevêque de la capitale polonaise pour remplacer le cardinal Jozef Glemp, atteint par la limite d’âge.

« Le Saint-Siège, en décidant de la nomination du nouvel archevêque métropolite de Varsovie, a pris en compte toutes les circonstances de sa vie, parmi lesquelles celles concernant son passé », a ainsi indiqué le Bureau de presse du Saint-Siège dans sa déclaration. « Cela signifie que le pape nourrit une pleine confiance envers Mgr Stanislaw Wielgus et, qu’en pleine conscience, il lui a confié la mission de pasteur de l’archidiocèse de Varsovie », peut-on encore lire dans cette déclaration.

Une « lustration sauvage »

Parallèlement, le Bureau de presse du Saint-Siège a publié un communiqué de la présidence de la Conférence épiscopale polonaise (KEP) daté du 20 décembre 2006. Les évêques réagissent ainsi aux accusations faites contre Mgr Wielgus par certains médias polonais et attirent l’attention sur leur « atteinte au droit à la bonne renommée » du prélat. Dans leur déclaration, les président, vice-président et secrétaire général de la KEP, Mgr Josef Michalik, Mgr Stanislas Gadecki et Mgr Piotr Libera, regrettent le malaise provoqué par des accusations qu’ils qualifient de « lustration sauvage » (*). Ce processus est destiné à mettre en lumière la collaboration avec les organes de sécurité du régime communiste. Il vise à interdire l’accès aux postes à responsabilité à des personnes suspectées d’avoir « collaboré ».

Pas de collaboration prouvée

« Une telle situation est particulièrement offensante dans le cas d’un ecclésiastique », estiment les évêques polonais, avant de préciser que la simple preuve d’une conversation d’un prêtre avec les responsables des services de sécurité communistes ne peut attester en elle-même une collaboration immorale. En effet, une telle conversation n’avait pas souvent de caractère officiel et devait être effectuée pour des raisons pastorales ou de déroulement d’études, « avec le consensus de l’évêque lui-même ».

Les évêques polonais demandent par conséquent que la décision du pape Benoît XVI, qui a manifesté sa confiance envers la personne nommée en lui confiant la charge d’archevêque métropolite de Varsovie, soit respectée. Les évêques polonais de la KEP ont également exprimé leur solidarité envers Mgr Wielgus. Ils se disent confiants que cette effervescence médiatique ne portera pas atteinte à l’atmosphère religieuse et familiale qui accompagne les fêtes de Noël.

Le 6 décembre dernier, Benoît XVI a nommé Mgr Stanislaw Wojciech Wielgus, jusque-là évêque de Plock, comme nouvel archevêque de Varsovie. Mgr Wielgus, né le 23 avril 1939, a été ordonné prêtre en juin 1962 et nommé évêque de Plock en 1999. Il a longtemps été professeur de philosophie à l’Université catholique de Lublin.

Début 2006, pour la première fois depuis la chute du communisme en Europe de l’Est, l’Eglise polonaise avait fait son mea culpa pour la collaboration de « certains » de ses prêtres avec la police secrète communiste. Elle avait alors demandé pardon aux victimes. « Dans le terrible système (communiste) qui brisait les consciences humaines, certains hommes de l’Eglise ont eux aussi failli aux attentes », avaient ainsi écrit les évêques polonais dans une déclaration. « Nous le regrettons et demandons pardon, surtout auprès de tous ceux qui ont souffert à cause d’eux ».

Un choc parmi les catholiques

Cette déclaration fait suite à la publication de révélations dans les journaux polonais de plusieurs cas de collaboration de prêtres du diocèse de Cracovie. C’est un choc dans un pays catholique à 90 %, où l’opposition emmenée par le syndicat libre « Solidarité » s’était beaucoup appuyée sur l’Eglise. Plus de 10% des prêtres polonais ont collaboré avec la police secrète communiste (SB), selon les estimations de l’Institut de la mémoire nationale qui est chargé d’enquêter sur les crimes nazis et communistes.

Pour calmer la chasse aux prêtres collaborateurs, l’archevêque de Cracovie, Mgr Stanislaw Dziwisz, avait ordonné, début mars 2006, la création d’une commission d’enquête, suivant l’exemple de trois autres diocèses polonais. Sa commission n’entend pas publier de liste des coupables. Mal à l’aise, l’Eglise polonaise s’indigne de se voir montrée du doigt alors que des anciens responsables du régime communiste n’ont pas été inquiétés après 1989. AR/AMI/JB

(*) Le terme « lustration » est utilisé dans certains anciens pays communistes d’Europe de l’Est. Il vient du latin « lustratio », un rituel de purification courant dans la Rome antique. (apic/imedia/ar/ami/be)

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